Il n’y a pas de sujet en peinture

Apprendre le métier de peintre est une aventure personnelle, les rencontres et les lectures ne sont que de faibles lueurs dans une obscurité où ne peut jaillir que de soi, la lumière.

Et c’est par l’acte de peindre que l’on devient peintre. La peinture aujourd’hui reste un drôle de médium. On pourrait la croire vétuste, la photographie et la vidéo font largement leurs offices en terme de reproduction d’image, assez similaire voir parfois plus performante que notre œil humain.

La France qui plus est, a pris le partie de mettre en avant davantage l’art contemporain, qui est plus un style d’œuvre qu’une dénomination temporelle, au détriment de la peinture. A moins que la peinture soit dans le style contemporain qu’elle aborde des idées (voir des concepts si l’artiste est aussi philosophe).

C’est ici que c’est intercalé une question qui m’a fait longuement tourné en rond. « Ah, tu veux faire de la peinture, et qu’est ce que tu veux peindre? »

qui me pose la question et pourquoi ?

Je trouve qu’en ce qui me concerne ce fut une erreur de penser à la fois le sujet et le médium. La primauté de la représentation annihile la subjectivité du peintre, et donc empêche ce dernier de produire quelque chose qui le dépasse. Comme si le sujet se devait d’être la motivation du peintre à faire cette toile. Or, pour moi, ce n’est pas la toile que je fais qui m’importe, mais ce qu’elle m’apprend pour la prochaine. C’est de continuer l’exploration plastique qui m’appelle et non réaliser cette image précisément.

Avec les mots d’aujourd’hui, la peinture se retrouve à nouveau prisonnière d’une hiérarchie de représentation. Avec les valeurs contemporaines d’originalité quand quelques siècles auparavant il s’agissait d’une hiérarchie de représentation historique, mythologique…

Bien que certains peintres non dupes m’est soufflé l’idée que le sujet était une fausse route. Ces bien faibles lueurs ne m’ont pas empêché de stationner dans une impasse aux sables mouvant.

Car si le sujet à de l’importance, alors il faut chercher un motif original, quelque chose que l’on ne voit pas dans le banal, dans le quotidien enfermé dans sa laideur. Il faut user de la photo et faire un collage d’idées.

Quel intérêt ?

La peinture est une transcription en 2D de ce que nous voyons en 3D. La peinture est un prétexte pour donner image à ce que nous voyons dans toute la subjectivité possible. Sans idées, sans mentaliser systématiquement en analysant, comme si l’analyse par le langage nous permettait de posséder ce qui s’échappe de soi.

Le quotidien est le présent, il n’y a que lui, le passé et le futur sont des projections de notre mental. Les philosophies orientales n’ont de cesse de le rappeler. Or, s’échapper de la contemplation du quotidien pour faire des images idées transposées par la peinture est pour moi une fuite dangereuse. Une illusion de l’image qui nous trompe. Il n’y a rien à voir, rien à chercher que ce qui est déjà là, de prêter attention au chant du monde, à la poésie du quotidien. C’est avec cette poésie qu’on échappe à l’absurdité, à Ubu Roi, au non sens et à la panique générale.

Ne pas être présent, et la tête part en voyage, laissant le corps fumé sa clope
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