Les préraphaélites : qui sont ils ?

Ci-dessous un article résumant assez bien le mouvement de peinture anglaise

Les préraphaélites, enfants terribles de l’art anglais

John Everett Millais, Ophélie, vers 1851. Wikipédia

Laure Nermel, I-site Université Lille Nord Europe (ULNE)

Lorsque je suis allée à Londres seule pour la première fois, je suis tombée en admiration devant une toile de la Tate Britain. Le tableau représentait une jeune fille aux cheveux roux, sa robe flottant dans l’eau de la rivière, emportée par le courant. Il m’a fallu quelques secondes pour reconnaître Ophélie, la bien-aimée d’Hamlet conduite au suicide. Là où le peintre a innové, c’est en mettant un personnage shakespearien secondaire au premier plan. Son impact sur la scène artistique est considérable : à la fin du XIXe siècle, le public britannique se plaint de voir trop d’Ophélies aux expositions de la Royal Academy.

En France, l’art de la période victorienne a longtemps pâti d’une mauvaise réputation. De par son insularité et son histoire, le mouvement préraphaélite a été perçu comme rétrograde, notamment à cause de ses inspirations littéraires. On ne peut plus éloigné des considérations sociales qui animent les partisans du réalisme, comme Gustave Courbet. Et pourtant, les fondateurs du préraphaélisme s’employèrent à créer une nouvelle peinture, en réaction au conformisme académique.

Le goût du scandale

1848 : toute l’Europe est en effervescence sous l’effet de soulèvements révolutionnaires. Alors première puissance mondiale, le Royaume-Uni connaît une relative stabilité économique. L’urbanisation et l’industrialisation massives s’étendent comme une traînée de poudre, provoquant la destruction de l’environnement naturel. La condition du prolétariat se dégrade, fustigée par Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste.

La même année, trois étudiants de la Royal Academy, William Holman Hunt, John Everett Millais et Dante Gabriel Rossetti remettent en cause l’enseignement qu’ils reçoivent pour revenir à un art plus proche de la nature. L’école anglaise se trouve dans une impasse. La mode est à la peinture de genre, inspirée par l’apogée de la Renaissance italienne, dont les riches marchands bourgeois sont très friands.

Raphaël, La Transfiguration, 1518–1520 Huile sur de bois, 405 x 278 cm Musées du Vatican.

Art vulgaire, élitiste et moralisateur, selon Hunt, qui relate dans ses mémoires son dédain pour la Transfiguration de Raphaël : « nous la condamnions pour son mépris grandiose de la simplicité et de la vérité, la pose pompeuse des apôtres et l’attitude du Sauveur ». Hunt, Millais et Rossetti, rejoints par quatre amis, prennent pour modèle la peinture des Primitifs italiens et flamands, antérieurs à la Renaissance classique. La Confrérie préraphaélite est née.

Il y a dans cette société secrète un fort esprit de camaraderie. Les préraphaélites organisent des séances de dessin et posent entre eux pour ensuite s’offrir leurs esquisses en gage d’affection. C’est bien pratique : les modèles coûtent cher, ils ont des allures trop conventionnelles. Hyperréalisme, teintes contrastées, absence de perspective et profusion de détails : les premiers tableaux exposés font l’effet d’un pavé dans la mare. Comme si cela ne suffisait pas, les peintres signent avec les initiales P.R.B (Pre-Raphaelite Brotherhood), pour se moquer des académiciens, qui apposent le R.A (Royal Academy) au coin de leurs toiles.

Le scandale éclate au printemps 1850, lorsque l’Illustrated London News révèle la signification de l’acronyme. La critique, relayée par l’écrivain Charles Dickens, est sans appel : « un hideux garçonnet roux et pleurnichard au cou tordu, vêtu d’une chemise de nuit […] une femme agenouillée, si hideuse dans toute l’étendue de sa laideur qu’elle se démarque de la toile tel un monstre du plus vil des cabarets français ou de la plus sordide des caves à gin d’Angleterre ». C’est tout un vocabulaire de la difformité qui se déploie pour décrire la peinture préraphaélite. Millais avait effectivement commis l’impensable : désacraliser le religieux, le dépeindre de manière prosaïque.

John Everett Millais, Le Christ dans la maison de ses parents (l’atelier du charpentier), 1849-1850, huile sur toile.

Désirs de reconnaissance

Dans une lettre au Times de mai 1851, le théoricien et mécène John Ruskin prend la défense des préraphaélites pour avoir « posé en Angleterre les jalons de l’école d’art la plus noble que l’on ait connue depuis trois cents ans ». Ruskin l’a bien compris : les préraphaélites partagent sa vision d’un art authentique. Il s’agit de représenter la nature avec exactitude en sondant ses moindres détails, « en toute vérité de cœur, sans rien mépriser et sans rien choisir ». Contrairement aux idées reçues, la technique du plein air n’est pas née avec les impressionnistes. Bien avant les années 1870, Millais et Hunt se rendent sur les bords de la rivière Ewell pour peindre sur le motif. Ils cherchent à capturer les effets capricieux du climat britannique. La différence, c’est qu’ils adoptent une attitude quasi mystique face à une nature révélatrice de vérités supérieures.

William Holman Hunt, Nos côtes anglaises (les brebis égarées), 1852, huile sur toile.

Le dessin n’est plus une étape intermédiaire du processus créatif, mais un moyen en soi. Pour les tableaux de chevalet, les préraphaélites utilisent une préparation de vernis et de plâtre blancs. Ils appliquent l’huile avec des pinceaux très fins sur le support encore mouillé, ce qui rend les couleurs plus brillantes. Celles-ci sont rarement mélangées entre elles. À tel point qu’on se plaindra de ne voir plus que ces toiles quand elles seront exposées aux côtés d’autres œuvres.

La composition aussi est différente. Les préraphaélites adoptent un sens de la narration bien particulier, où chaque élément doit se lire comme un indice à décrypter. Par exemple, Nos Côtes anglaises fait écho aux craintes de se voir envahir par les troupes de Napoléon III, qui établit un régime autoritaire après son coup d’État. Hunt a choisi pour cadre Hastings, le lieu de la défaite du roi saxon Harold face aux Normands (1066).

Les préraphaélites sont témoins des mutations ambiantes. Avec Travail, Ford Madox Brown, ancien professeur de Rossetti, a pour ambition l’exécution d’une monumentale fresque satirique, qui dépeint toutes les couches de la société. Les riches, placés en haut de la composition, doivent s’arrêter parce que la route est en travaux. Au premier plan, on aperçoit des ouvriers, ainsi qu’une adolescente dont les maigres omoplates jaillissent d’une robe trop grande pour elle. Elle tente de discipliner son jeune frère. Dans ses bras, un nourrisson qui porte un ruban noir : les parents sont visiblement décédés, laissant leur progéniture dans la misère.

Ford Madox Brown, Travail, 1852-1863, huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Birmingham.

« La Table Ronde est dissoute »

À partir de 1854, les frères préraphaélites se séparent : leurs divergences professionnelles et personnelles sont trop importantes. Millais devient membre associé de l’Académie, Hunt part pour un long voyage spirituel en Terre sainte. Quant à Rossetti, qui n’expose plus en public et ne pratique plus l’huile depuis 1851, il cultive son attitude de marginal. Il n’admet dans son atelier qu’un petit groupe d’élus, comme sa compagne Elizabeth Siddal, avec qui il pose, dessine et peint de concert.

Elizabeth Siddal, Dame attachant un fanion à la lance d’un chevalier, vers 1856, aquarelle sur papier.

Les œuvres du couple ressemblent à des enluminures : les aires de nuances colorées sont bien délimitées, mais se répondent comme dans un vitrail. Siddal et Rossetti font un usage atypique de l’aquarelle : au lieu de l’employer comme un lavis, ils l’étalent presque à sec sur le papier, d’où son rendu mat. Chevaliers, gentes damoiselles et créatures fantomatiques peuplent un univers pictural à l’atmosphère mélancolique.

C’est bien par ce fantasme d’un Moyen-âge idéalisé qu’est assurée la relève du préraphaélisme. Pour le projet de décoration de la bibliothèque de l’Oxford Union en 1857, Rossetti fait appel à de nouvelles recrues comme Edward Burne-Jones et William Morris. La peinture n’étant pas vraiment son fort, Morris se tourne vers l’engagement politique – le socialisme – et les arts décoratifs.

Morris & Co, motif treillis, 1862-1864, papier peint. Victoria and Albert Museum

Fermement opposé à la Révolution industrielle, Morris réunit architectes, brodeurs, céramistes et ébénistes pour privilégier un mode de travail artisanal. Les motifs de végétaux stylisés des textiles Morris & Co continuent d’inspirer plusieurs générations de couturiers.

La même quête du Beau anime d’ailleurs les derniers souffles du préraphaélisme, qui glisse peu à peu vers un esthétisme raffiné. Selon les partisans de « l’art pour l’art », tel Oscar Wilde, toute notion de signification est à proscrire : une œuvre doit s’admirer pour l’harmonie de ses couleurs et de ses formes. Aussi Rossetti amorce-t-il une autre étape de sa carrière. Bien des toiles des années 1870 sont dépourvues de narration, centrées sur le plaisir des sens, notamment le lien entre la vue, le toucher et l’ouïe. Veronica Veronese, qui montre une femme perdue dans ses pensées, tapotant sur les cordes d’un violon, représente « l’âme de l’artiste en train de créer ».

Dante Gabriel Rossetti, Veronica Veronese, 1872&, huile sur toile. Delaware Art Museum

Le préraphaélisme est le premier courant de peinture britannique à prétention contestataire, qui s’est constitué en tant que tel. Il étendra son emprise jusqu’à la fin du XIXe siècle. C’est un art démocratique, au service de la justice, qui ne cherche pas à établir de hiérarchies entre les techniques et les sujets représentés.

Tombés dans l’oubli après la Grande Guerre, les préraphaélites ont été réhabilités par la contre-culture des années 60. Plusieurs musées et galeries se sont appliqués à rendre leurs œuvres plus savoureuses auprès du public. À travers de grandes expositions itinérantes, ou des produits de la culture populaire (films, séries, fictions), le préraphaélisme reprend ses lettres de noblesse pour apparaître révolutionnaire, bohème, voire fantasque.


Pour aller plus loin :
– Laurence Des Cars, « Les Préraphaélites : un modernisme à l’anglaise », Gallimard, 1999.
– William Holman Hunt, « Pre-Raphaelitism and the Pre-Raphaelite Brotherhood », Macmillan, 1905.
– Aurélie Petiot, « Le Préraphaélisme« , Citadelles et Mazenod, 2019.
– William Michael Rossetti, « Pre-Raphaelite Diaries and Letters », Hurst and Blackett, 1900.
– Alison Smith, « The Pre-Raphaelites : Victorian avant-garde », catalogue de l’exposition, Tate Publishing, 2012.

Laure Nermel, Doctorante en histoire de l’art, I-site Université Lille Nord Europe (ULNE)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Travailler son imagination dans le processus créatif

Je vous présente ici une série de vidéos réaliser par un peintre sur le thème de l’imagination dans le processus de création. J’ai trouvé cette série très pertinente et pouvant s’adapter aux différents médiums artistiques.

L’imagination ne s’exerce indépendamment de toute mémoire que lorsqu’elle s’efforce de nous représenter quelque chose que nous n’avons jamais vu…

L’imagination créative produit des images contenantes et transformatrices de l’expérience. Elle favorise un mouvement de séparation et aide aussi à maîtriser les pertes quand elle est associée au champ du langage.

L’activité imaginaire n’est pas sans destinataire. Elle s’adresse à l’Autre. Elle est donc aussi une demande sur les origines, sur ses origines, sur sa provenance, sur le « quoi en son comment » : elle porte sur les désirs de l’autre, les images manquantes, les formes incomplètes, la fonction d’origine. L’imagination est à penser dans ce jeu avec l’absence, dans son rapport à l’inconnu. Elle vise l’autre de la représentation. L’énigme excite l’imagination qui devient en ce sens une réponse du sujet au réel. L’imagination est ici nécessaire à l’invention du roman privé, intime, pour « reconstruire ainsi la vie et les pensées des siens, leurs amours, leurs entreprises, leurs bonheurs réels ou rêvés, leurs déceptions, leurs projets inavoués ou inassouvis, leurs échecs, leurs jugements sur moi, sur eux (…) La vie autre de moi-même, la vie autre des autres » (Anzieu).

L’imagination qui comprend en elle les expériences du rêve et de la création, transforme ainsi ce à quoi elle est confrontée : elle traite, lie, socialise les excitations et sensations originaires ; elle donne sens aux expériences et rend possible la création de symboles.

Coco Chanel, l’élégance en toute simplicité

« Les costumiers travaillent avec un crayon : c’est de l’art ; les couturiers avec des ciseaux et des épingles : c’est un fait divers. » Coco Chanel, Vogue français 1947.

Coco Chanel a connu les plus grands artistes de son temps, cependant ce n’était pas une collectionneuse d’art.

Coco Chanel avait aimé les artistes au-delà de leur œuvre. Elle les avait aimés sans autre désir que de de se laisser éblouir, sans autre fierté que de les avoir connus intimement et mieux découvert qu’un collectionneur avide de tout emporter. La différence entre certaine race d’amateurs, disons pour prendre un exemple, les collectionneurs types Gertrude Stein, et Gabrielle Chanel était plus qu’une autre sensible aux mystères du style. Elle en subissait l’envoûtement. Comportement donc l’explication réside dans l’immense respect que lui inspirait ce qui était fait main. La encore, il faut démonter le mécanisme de sa pensée en cherchant les ressorts. Sans doute trouverait-on, en guise d’explications certains moments d’elle-même oubliés […].

Toujours est-il qu’elle demeurait aussi étonnée qu’une enfant par ce qu’il y a d’enchanteur dans le geste de la main qui crée. L’évènement en soi lui suffisait, le moment bouleversant où… Eternelle orpheline devant le miracle. Avec, en sous-entendu, cette réserve que lui imposait son éducation, à savoir qu’un miracle vous éclaire, qu’on ne saurait le considérer comme un objet de fabrication banale, telle une robe, qu’il révèle pour une part de Dieu, et que jusqu’à nouvelle ordre, une enfant ayant grandi chez les sœurs, reste dans l’idée que Dieu ne s’achète pas. L’intrusion de tout ceci de l’orphelinat d’Aubazine et du couvent de Moulin est une évidence.

Ajoutons que le mépris de Gabrielle envers les gens qui s’obstinaient à vouloir posséder tout ce qu’ils admiraient avait de quoi surprendre. Et ce n’était pas faute d’argent qu’elle en était arrivée là. C’était une conception de l’Art, quelque chose qu’elle s’était prouvé à elle-même voilà tout […] conception qu’elle partagea avec Misia Sert […] telle était au départ leur vraie ressemblance : Elles éprouvaient un égal mépris à l’égard de ceux pour qui un tableau était seulement un tableau. D’être deux les confirmaient dans l’idée qu’elles ne se trompaient pas.

Extrait de l’irrégulière – l’itinéraire de Coco Chanel par Edmonde Charles-Roux

Au seuil du XXe siècle, la silhouette de la femme change radicalement. L’effet de cette transformation apparaît non seulement dans les modèles, mais aussi dans les pratiques : celle de l’amincissement en particulier, les corps étant moins dissimulés. Le couturier Poiret ose abolir le corset vers 1905 : il dessine des robes qui révèlent les formes. C’est sur cette évolution que s’inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, plus grande liberté de mouvements. Plus de poitrine projetée en avant, ni de croupe rejetée en arrière. Les corsages cintrés, affinant la taille et soulignant les hanches, passent de mode, et les femmes portent désormais des robes en tissu léger censées rappeler les tenues Empire, qui aplatissent les lignes sans plus marquer la taille. Une silhouette androgyne s’impose avec les premières robes-foulards ou chemisiers. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la verticalité domine. Cette évolution est clairement perceptible à travers les quatre œuvres choisies. la suite : https://histoire-image.org/de/etudes/evolution-mode-feminine-1880-1920

Ce que j’aime avec Chanel, c’est la nouvelle forme qu’elle donna au corps féminin et sans user de couleurs tapageuse mais de texture diverse, comme le tweed inventa quelque chose de son siècle. La forme plus rectangulaire me fait penser à la verticalité de l’être qui trouve son équilibre entre ciel et terre.

Bien sur il s’agit de l’évolution d’une époque, la photo de gauche date de 1954 et la photo de droite de 1900, je souligne ici l’évolution à travers le vêtement d’un autre rapport corporel au quotidien, plus aisé dans ces mouvements tout en gardant sa dignité et son intimité protégé (un mouvement brusque ou les éléments tels que le vent ou la pluie qui font apparaitre les sous-vêtements est très gênant pour celle qui les portent, à bon entendeur).

Les préraphaélites

La dynamique essentielle de la confrérie est faites de deux forces, apparemment contradictoire, en faite complémentaires, dont on peut résumer la nouveauté en deux mots : ceux de « réalisme symbolique ». On en trouve les principaux éléments dans l’évangile ruskinien exprimé dans Modern Painters. Il visent à ressusciter un art religieux didactique et du même coup la fonction quasi sacerdotale de l’artiste, tout en invitant ce dernier à puiser dans l’observation directe et minutieuse du réel (ou en termes religieux de la Création) les symboles nécessaires à l’expression de l’immanence du divin : une stratégie qui s’articule en conséquence sur le concept « moderne » de vérité, historique et scientifique. D’où l’émergence curieuse d’un premier type de production, essentiellement biblique.

D’où également le choc produit par la nouveauté de la fusion d’approches jusque là distinctes, de faits incompatibles pour les contemporains. C’est ainsi que les Préraphaélites atteignent un premier objectif : forcer le public à regarder des thèmes traditionnels avec des yeux neufs, en les « défamiliarisant » – procédé caractéristique de toute avant-garde.

Annuciation 1855 ; Dante Gabriel Rossetti

La cause préraphaélite : « servir l’humanité en lui élevant l’âme ». La première toile de Rossetti a beau ne pas faire scandale, elle est la plus séminale puisqu’elle semble avoir fourni une sorte de patron à tous ceux qui après lui, souhaitent rénover l’art sacré. Ce qu’elle contient d’authentiquement fort, de puissamment individuel, éclate toutefois avec plus d’audace Ecce Ancilla Domini, l’Annonciation que Rossetti entreprend presque exactement un an après The Girlhood (of Mary Virgin). Une fois encore, il peut prétendre innové.

Ecce Ancilla Domini
The Girlhood of Mary Virgin 1848-9 Dante Gabriel Rossetti 1828-1882 Bequeathed by Lady Jekyll 1937 http://www.tate.org.uk/art/work/N04872

Extrait « Les préraphaélites 1848 – 1884 » Danielle Bruckmuller-Genlot.

Morceaux de Sirène

Il était une fois un vieux pécheur qui vivait avec sa vielle femme, dans une vieille demeure au bord de la mer. Le vieux partait à la pêche tout les jours, pendant que la vieille faisait l’intendance de la maison, tenant tant bien que mal parmi les vieilleries.

Un jour, le pécheur lança ses filets loin à travers la mer, et il n’y trouva que de la vase. Ne se laissant pas décourager, il recommença une deuxième fois, et le filet revint chargé d’algues marines. Il recommença une troisième fois, et le filet fut cette fois bien lourd. Il avait attrapé une sirène.

Elle supplia le pêcheur : « Bon vieux pécheur, laisse-moi partir et j’exaucerai un vœu, n’importe lequel, tu pourras obtenir tout ce que tu désir ! « 

Le vieux pécheur, pourtant aguerri par la mer, n’avait jamais de ses yeux vu, vu une sirène et encore moins taillé le bout de gras avec. Se rappelant vaguement les légendes, il lui dit « Soit, je te libère, va nager librement ».


Le vieux pécheur rentra chez lui, et raconta à sa vieille femme ce qui venait de lui arriver.  » J’ai pris aujourd’hui, dit-il, une merveilleuse sirène, qui parlait bien tout comme nous, demandant que je la laisse retourner dans la mer bleue ; et m’offrant bonne rançon : pour rachat elle exhaussait un vœux. Et je n’ai pas osé lui demander rançon. Je l’ai tout simplement rejeté dans la mer. »
Alors la vieille se mit à hurler « Vieux cornichon ! Comment as tu pu être aussi naïf, ne vois-tu pas que nous sommes des miséreux ! Retourne la bas et va lui demander de réparer nos vieilleries, je veux pouvoir recevoir nos voisines dans de la belle vaisselle ! »

Voici le vieux qui s’en vient tout au bord de la mer, mer qui n’est plus aussi calme que le matin, une houle s’est levée, légère. Il appelle la sirène, qui arrive et lui demande :
« Que veux tu de moi, bon vieux ? »
Avec un profond salut, le vieux lui répondit alors :
 » Ayez pitié de moi, Madame la Sirène. C’est que ma vieille femme m’asticote le chou pour de la vaisselle neuve… »
 » Ne te chagrine pas, lui répond la sirène. Retourne chez toi et tu auras de la vaisselle neuve »

Arrivé chez lui, il vit sa vieille femme occupée à contempler la vaisselle neuve, dont les yeux d’ordinaire bleus comme la mer semblaient maintenant noirs de colère. Elle entendit les pas du vieux pécheur, et avant même qu’il n’ait franchi la porte de la maison, elle dit. « Vieux radis ! Tu crois que nous pouvons recevoir sous ces murs croulant ! Va donc demander une maison neuve avec de beaux murs en parpaing frais ! »

Morceau de Sirène, Huile sur Coquille Saint Jacques 2021

Voici le vieux qui s’en va tout au bord de la mer bleue. Il voit que sur la mer bleue le trouble des eaux grandit. À haute voix, il appelle la sirène, qui arrive vers lui et demande :
 » Que veux tu de moi, bon vieux ? »
Avec un profond salut, le vieux alors lui répondit :  » Ayez pitié de moi, Madame la Sirène, cette fois ma vieille femme veut une maison neuve… »
« Ne te chagrine pas, lui répond la sirène, va et qu’il en soit donc ainsi »

A peine arrivé au portail il entend une voix aigrie qui lui dit « Vieille citrouille, croit tu que je vais recevoir les mendiantes que nous avons pour voisines, je veux rentrer dans le grand monde ! »

Le vieux s’en retourne à la mer, qui s’agite de plus en plus. À haute voix il appelle la sirène qui arrive et demande :
« Que veux tu de moi, bon vieux ? »
Avec un profond salut, le vieux alors lui répondit :
« Ayez pitié de moi, Madame la Sirène, c’est que voyez vous maintenant qu’on a toutes ces belles choses, on peut plus tenir le crachoir aux clodo du coin…. »

« Ne te chagrine pas, lui répondit la sirène. Va ! »


Le vieux rentre chez lui, mais la maison est devenu si grande, qu’il n’y trouve personne, des serviteurs rodent dans la maison, en apercevant le maître il s’agitent. Le Vieux se glissent de pièce en pièce, il trouve la vieille méconnaissable sous son fard, mangeant un cochon de lait. Le Vieux attiré par l’odeur y trempe la langue.

Puis une idée lui arrive. Il repart au bord de la mer, qui gronde, et appelle la sirène. Elle arrive et lui demande :

« Que veux tu de moi bon vieux ? »

« C’est que ma femme, voyez, elle aimerait bien être Reine, et du coup, bah moi être Roi, Voyez… »

« Va. » Lui répondit la Sirène.

Passe une semaine, puis une autre. Le vieux et la vieille oublient toute raison, la Terre n’étanche plus leur soif de pouvoir, le monde de la Mer leur semble à portée de main.

Alors, la Vieille pousse le vieux à demander à la sirène de régner sur la Mer comme sur la Terre.

La tempête gronde mais le vieux va quand même au bord de l’eau, rapidement ses vêtements deviennent lourd, il appelle sans fin la sirène. Il hurle son désir. Alors la Sirène attrape le vieux « Si tel est ton désir je te montre l’empire du monde aquatique, REGARDE pour la seule et unique fois. » Le Vieux voit un monde tant remplis de mystère et de beauté qu’il en perd la vue. La sirène repose l’aveugle sur la plage et s’en va.

La Vieille qui avait vu la scène de loin, s’approcha du vieux, le ramena à la vieille chaumière, et l’assit près du feu au milieu des vieilleries.

Morceau de Sirène, Huile sur Coquille Saint Jacques

Sorcière qui es-tu ?

Si je lis le Tarot en regardant les étoiles, buvant ma tisane aux herbes, suis-je une sorcière ?

Dans la culture populaire, le parcours de sorcière est un combat féministe. Si je ne fais pas la sorcière, je ne suis pas féministe. Suis-je obligée d’être une sorcière pour être féministe ? Une féministe est-elle une sorcière ?

En quelques années, la sorcellerie est devenue une pratique spirituelle, un acte de résistance politique, une mode, puis un business rentable, véritable « filon commercial » comme le décrit Mona Chollet dans Sorcières. « Avec son insistance sur la pensée positive et ses invitations à “découvrir sa déesse intérieure”, la vogue de la sorcellerie forme aussi un sous-genre à part entière dans le développement personnel ».

Cette mode connaît aujourd’hui un essor sans précédent sur Internet, Instagram en tête. En témoignent les hashtags #witchesofinstagram (plus de 6 millions de publications), #witch ou encore #witchy (respectivement 14 millions et 3 millions d’occurrences).

Sur internet, le Witch Casket, un abonnement de boite mensuelle (environ 40 euros), propose d’envoyer régulièrement le nécessaire pour se faire son propre petit kit de sorcière domestique, tout cela saupoudré d’une légère dose de véganisme. Ce kit est notamment plébiscité par une communauté de « sorcières-youtubeuses », qui dévoilent chaque mois face caméra le contenu de ces fameuses boites. Les produits-phares sont les cristaux, l’encens et les herbes. La clientèle cible est la jeune femme entre 18 et 30 ans. 

Nous pouvons aussi noter Etsy, la plateforme de vente en ligne d’objets faits-main ou vintage. La recherche du mot-clé « sorcellerie » fait ainsi remonter plus de 160 000 occurrences.

Sorcière d’où vient tu ?

La figure de la sorcière ressurgit dans la culture par une réminiscence régulière (et magique ?) tous les 20 ans (pensons aux séries comme Sabrina des années 90, remises au gout du jour). Je me suis appuyée sur deux auteurs, Markale « les mystères de la sorcellerie » et Freud « Totem et Tabou », pour l’étudier.

Qu’est-ce que la sorcellerie ?

La sorcellerie est une tentative de s’approprier en tant qu’humain des pouvoirs sensés appartenir à des entités invisibles, ombres symboliques renvoyant à l’énergie cosmique vitale qui anime les êtres et les choses.

Définition de la Sorcière

Dans la langue française, la sorcière est une humaine qui cherche à connaître le sort des individus qui l’entourent et qui, le cas échéant, prétend le modifier par ses sortilèges et envoûtements. Elle influe de la sorte les êtres humains, les animaux, les lieux eux-mêmes, voire de simples objets qui, alors, servent d’intermédiaires et de « charges », ces fameux « voults » dont la tradition populaire est si riche d’exemples variés, allant de la plume « travaillée » dispersée dans un oreiller à la poupée de cire percée d’épingles, le tout pour le plus grand malheur de la personne visée, et le plus grand bénéfice des commanditaires de l’opération.

Au contraire de la fée, déesse ravalée au rang d’humaine mais ayant gardé des caractéristiques divines, la sorcière n’est qu’une femme, mortelle, qui tend à s’emparer des pouvoir jadis dévolus à la divinité.

Et l’on a peut-être raison de représenter, très souvent, la sorcière comme une vieille femme laide et repoussante, alors que la fée est magnifiée, parée de vêtements étincelants, et bien entendu radieuse et très belle. Ces symboles, bien qu’habituels, n’en demeurent pas moins important dans l’imaginaire collectif. Ainsi, celle qui défie les lois du divin se voit contraint de payer dans ses chairs la cupidité d’un pouvoir réservé normalement à une entité non-humaine.

Également, on pourrait supposer que cette déformation du corps est une nécessité pour atteindre des états de conscience différents, pensons aux Chamanes qui se détruisent la santé par l’usage de drogues, ou aux saintes qui torturent leur corps dans le vivant pour se magnifier dans la mort.

De plus, la sorcellerie ne peut être l’activité isolée d’un individu, c’est un phénomène purement collectif, et le Sorcier ne peut avoir d’existence en dehors de la société à laquelle il appartient, même de façon secrète et marginale, car il fait ses sorts pour ceux qui viennent lui quémander.

La différence entre la Magie et la Sorcellerie

La Magie est un authentique système philosophique concernant la causalité et la finalité de l’univers, tandis que la sorcellerie n’est qu’un ensemble de pratiques soi-disant efficaces, mais limitées à des buts immédiats, sans aucune référence à un ordre cosmique.

Si le magicien s’efforce de comprendre et d’expliquer l’univers pour influer sur lui, le Sorcier se borne à utiliser des forces invisibles, en lui ou en dehors de lui, afin d’aboutir à un résultat précis, généralement très matériel.

Certes, la Sorcellerie est constituée, comme la Magie, de nombreux rituels, souvent caricaturaux (formules répétées systématiquement, breuvages ou pommades relevant davantage de la médecine populaire que du « supranormal »), mais comme la magie se décompose en « magie blanche » (bénéfique) et en « magie noire » (maléfique), la frontière entre les deux disciplines est souvent imprécise, tandis que la Sorcellerie se veut exclusivement maléfique. Les gentilles sorcières, comme les gentils vampires, n’existent que dans notre culture contemporaine anachronique.

Les Sorciers ne seraient-ils pas des Magiciens dégénérés, ou n’ayant point franchi toutes les étapes d’une initiation intégrale nécessaire ?

Pensons à Harry Potter, dont l’initiation se fait à travers une éducation pour maitriser ses pouvoirs, et où la répétition des sorts s’apparente beaucoup à une technique. Dans cet univers, Dumbledore n’est-il pas considéré comme le plus grand mage de tous les temps ? Voldemort, restant un sorcier, est marginalisé, alors que Dumbledore occupe un poste prestigieux, qui lui permet d’exercer une véritable influence sur le monde par l’éducation ?

Au-delà de la fiction, comme ancrer dans notre temporalité cette composante mystérieuse ?

La voyante est-elle une sorcière ou une magicienne ?

Le médium (ou le clairvoyant), en abolissant le temps, en pénétrant dans le domaine du surnaturel, voire de la Mystique Religieuse, atteignent franchement l’irrationnel, tout au moins ce qui ne s’explique pas par une logique conventionnelle. Pénétrer le passé pré-utérin d’un individu, comme le prétendent les médiums, est un acte irrationnel au regard du réalisme dans lequel se sont construites les sociétés humaines dites civilisées. Il en est de même pour les prophètes qui, si on les croit, sillonnent en tous sens un temps linéaire ayant un début et une fin. Mais l’expérience des clairvoyants, des médiums et des prophètes est strictement individuelle et n’obéit à aucune règle fixée d’avance, à aucun rituel particulier, à aucun dogme préétabli, contrairement à ce qui se passe pour la Magie et la Sorcellerie, quand les gestes et les paroles deviennent contraignant.

Comment marche la Magie ?

Il me semble utile, pour comprendre les origines de la magie, de faire appel à un texte de Freud sur l’animisme. Le principe qui régit la magie, la technique du mode de pensée animiste, est celui de la toute-puissance des idées.

De tous les systèmes, l’animisme est peut-être le plus logique et le plus complet, celui qui explique l’essence du monde, sans rien laisser dans l’ombre. Or, cette première conception du monde par l’humanité est une théorie psychologique.

Qu’est-ce que l’animisme ?

L’animisme est la théorie des représentations concernant l’âme ; au sens large du terme, la théorie des êtres spirituels en général.

Ces représentations sont les produits psychologiques nécessaire à la conscience créatrice des mythes. L’animisme primitif doit être considéré comme l’expression spirituelle de l’état naturel de l’humanité, dans la mesure ou cet état est accessible à notre observation.

L’animisme est un système intellectuel qui permet de concevoir le monde comme un vaste ensemble à partir d’un point donné. L’humanité aurait, au cours des temps, connu successivement trois systèmes intellectuels, trois grandes conceptions du monde : conception animiste (mythologique), conception religieuse et conception scientifique.

Nous avons recours en l’animisme, qui est un système bien plus ancré et solide que ceux qui lui ont succédés (à savoir la religion et la science), quand nous doutons. Ce qui nous laisse une certaine plasticité, une souplesse. Être un roseau en cas de tempête car les certitudes sont parfois plus nocives que le doute. Ce n’est pas l’hésitation, l’incertitude, l’indécision, qui conduit à la folie, c’est de trop savoir, ou de trop croire qu’on sait, d’être sûr de savoir au point de ne plus douter du tout…
Bref, comme le dit Nietzsche, ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou.

Dans « Le Gai Savoir », Nietzsche parle des « dangereux peut-être » qui constituent le moteur de la recherche philosophique. Précisément parce que l’incertitude ou l’absence de réponse rend fou l’animal humain. Il faut combler cette ignorance, et ce que dit Nietzsche, c’est que la connaissance est une conséquence de la protection : le premier moteur de la connaissance c’est la crainte (de ne pas savoir, du lendemain…). On veut connaître parce qu’on a peur.

Le deuxième est celui de la volonté de maîtrise. Connaître, c’est s’approprier le monde de telle sorte que nous ayons un rapport viable au monde.

Cette viabilité passe par des falsifications qui font que notre point de vue sur le monde est toujours utilitariste, jusqu’à la logique, jusqu’aux sciences. Il y va de la survie psychique, l’homme est un animal inquiet de son destin, et la religion est l’exemple même d’une vérité destinée à apaiser la crainte.            

La Magie, la Voyance et l’Art ?

Le seul lien entre clairvoyance, médiumnité et prophétisme paraît être l’irrationnel : comme la poésie, la peinture, ou la musique, cela se sent, mais ne s’explique pas, et l’expérience individuelle ne peut en aucun cas, même au prix des pires méthodes inductives, devenir une expérience collective. Or, les sorciers et les Sorcières, appliquant une tradition recueillie et transmise, font œuvre commune, réduisant du même coup leur discipline à une véritable technologie acquise au cours d’une initiation, c’est-à-dire d’un apprentissage analogue à celui de tous les métiers passés, présents et à venir.

Le médium se rapproche de l’artiste, car ces deux disciplines poussées très loin dans l’expérience, transcendent les frontières du quotidien, donnant à l’homme une vision libérée de sa vie, loin des contraintes, comme le temps, comme le sens, qui forgent l’état de l’homme.

L’Art est le seul domaine ou la toute-puissance des idées se soit maintenue jusqu’à nos jours. Dans l’art seulement, il arrive encore qu’un homme, tourmenté par des désirs, fasse quelque chose qui ressemble à une satisfaction. Grâce à l’illusion artistique (c’est-à-dire que pour un temps donné, il « échappe » à sa condition, comme dans un rêve éveillé où tout devient possible), ce jeu produit les mêmes effets affectifs que s’il s’agissait de quelque chose de réel. C’est pour cela que l’on parle de magie de l’art.

Ce que nous projetons dans la réalité extérieure ne peut guère être autre chose que la connaissance que nous avons qu’à côté d’un état dans lequel la chose est perçue par les sens et par la conscience, il existe un autre état dans lequel cette même chose n’est que latente, tout en pouvant redevenir présente. Autrement dit, nous projetons notre connaissance de la perception et du souvenir où, pour nous exprimer d’une manière plus générale, notre connaissance de l’existence de processus psychique inconscient se trouve à côté de processus conscients.

On pourrait dire que l’esprit d’une personne ou d’une chose se réduit en dernière analyse à la propriété que possède cette personne ou cette chose d’être l’objet d’un souvenir ou d’une représentation, lorsqu’elle échappe à la perception directe.

L’âme animiste réunit plutôt les propriétés du conscient et de l’inconscient. Sa fluidité et sa mobilité, le pouvoir qu’elle possède d’abandonner le corps et de prendre possession, d’une façon permanente ou passagère, d’un autre corps, sont autant de caractères qui rappellent ceux de la conscience. Toutefois, la façon dont elle se tient dissimulée derrière les manifestations de la personnalité fait songer à l’inconscient ; aujourd’hui encore, nous n’attribuons pas l’immuabilité et l’indestructibilité aux processus inconscients, que nous considérons pourtant comme de véritables porteurs de l’activité psychique.  

Conclusion :

Je trouve qu’il est douteux d’associer la sorcière au combat féministe, transformer en « gentille » la sorcière revient à une inversion des valeurs. Une femme qui s’émancipe doit donc être « démoniaque et laide » ? Ou peut-être n’est-il pas besoin de véritablement sacrifier son apparence, la magie fait de la magie en elle-même, il n’y a donc pas de travail à fournir ?

Quand on ambitionne quelque chose d’aussi grand que maîtriser des natures non-humaines, il y a un prix à payer, comme dans toute quête. Cela ne laisse pas indifférent, l’esprit est reflété dans le corps.

Je ne suis personnellement pas prête à renoncer à mon rouge à lèvre et mes robes hautes en couleurs afin de convenir à une image plus « féministe ». Je ne suis pas chaman ou sainte, je ne suis pas intégrée dans la société par ce rôle-là. Mes transformations sont invisibles car mentales. Dans une société aussi demandeuse d’une réponse intellectuelle mais aussi poussée sur le plan sanitaire, il me semble que la définition de la magie devient un processus invisible.

Je m’identifie alors à la figure du mage, car ce qui m’importe avant tout est une compréhension de l’univers, une quête de savoir qui doit trouver sa place dans la société.

Dans la modernité, le sorcier serait l’ingénieur qui nous impressionne par ses prouesses, mais le mage serait le scientifique ou l’artiste, sans cesse à la recherche d’un futur qu’il explique au présent.

Alors, pour répondre à mes questions d’introduction, si être féministe équivaut à être une sorcière, alors je ne suis pas féministe. Je ne suis pas dans la suprématie des femmes sur les hommes, car c’est faire l’inverse exacte d’une réalité subie, et cela mène dans le mur.

Je suis une mage « I » sienne, féminine dans la recherche d’un équilibre des polarités masculine et féminine. Je cherche à faire un enchantement du monde, de l’Homme en qui je crois.

Daniel Arasse : histoire de peinture

Comprendre le monde de l’image par le prisme de la peinture « du passé »

Je continue avec la peinture, avec notre historien Daniel Arasse, qui explicite son intérêt historique pour la peinture de 1250 à 1920.

Une telle période se trouverait éloignée de nos conceptions modernes. Gardons à l’esprit que la construction de l’image est linéaire au temps. Notre société fabriquant d’image à ses échos dans un passé qui n’est pas si lointain.

La peinture (du XIIIème au XXème siècle) se fait sous le principe de l’imitation de la nature, l’aire de la représentation, avec une vérité de la représentation. La mise en forme du monde ne change pas fondamentalement du XVème siècle avec l’invention de la perspective, reprise par l’appareil photographique aujourd’hui. La peinture l’ayant délaissé pour poursuivre son chemin avec l’art abstrait.

La grande question, est la transformation de style sans changer l’idée principale : la perspective. La peinture est alors un prétexte, visuelle, pour observer le mouvement de la pensée humaine.

John Baldessari – l’appropriation en Art


Il est difficile de faire une présentation exhaustive de John Baldessari, c’est pourquoi j’ai choisi de parler, par son exemple de l’appropriation en art :

Quelle est la différence entre référence, appropriation et vol ?

C’est trois idées se côtoient pour donner vie à la création. En Art, on se positionne toujours dans la ligne chronologique : Qui a fait naître l’idée ? Qu’a-t-elle déclenché en nous ? Qu’en faisons-nous ?  

Quand je prends un pinceau, je me place dans la ligne des peintres, le choix de mon motif et même de ma technique dépendra de ceux dont j’ai étudié l’œuvre et qui ont réussi, par-delà la mort, à toucher les profondeurs de mon être pour y déclencher une action en lien avec mon expérience de vie. 

SI référence est un point de départ, la question est simple : Qui est ton maître ?

La référence peut rester là, sans aller plus loin que ce rappel, indiquant qu’une chaîne d’individus nous a précédé, en rendant vivant une nouvelle fois une œuvre qui nous a marqués. Cela permet da le transmettre à un autre, dire « cette idée vaut le coup d’être entendu une deuxième fois. »

De loin on dirait du vol, de près on y voit un affinement de l’idée par le prisme d’un autre être vivant.

Voler pour voler, sans toucher à l’œuvre, est malhonnête, déposséder quelqu’un de son bien a quelque chose de l’ordre de la violence et de la rupture de la confiance envers le genre humain. Nous pourrions dire que c’est une leçon difficile du lâcher prise, car elle oblige à faire le deuil et nous rend à notre propre mortalité. A notre mort aussi, des voleurs prendrons nos objets, le temps emporte avec lui nos pensées.

Que faire pour inscrire, pour planter un drapeau sur le sol lunaire de la temporalité ?

S’inspirer ! Inspirer c’est prendre de l’oxygène qui est déjà là, le prendre pour ces bons nutriments et la rejeter en dioxyde de carbone, pour qu’il soit assimilé par les plantes et transformé à nouveau en oxygène, s’inscrivant ainsi dans le cycle du vivant.

S’approprier, c’est continuer le fil de la pensée de l’auteur, attraper le reste de l’étoile filante, continuer sur le sentier de la beauté et le voir à travers ses propres lunettes.

Un travail d’héritage, qui permet de « faire » sous l’aile protectrice d’un mentor, pour devenir à notre tour un mentor.

L’appropriation permet de côtoyer le JE, d’aller au-delà de l’admiration pour le maitre, et de révéler une part qui émerge de la pénombre.

John Baldessari

John Baldessari est pour moi un des exemples de l’appropriation. Californien, décédé en 2020, il est l’un des artistes les plus influents de sa génération. Véritable pionnier de l’art conceptuel dans les années 1960, alliant à la fois texte, peinture et photographie.

Passant tout d’abord par la peinture, il a ensuite tourné son attention vers la photographie en incorporant souvent des images de films et des matériaux récupérés à partir desquels il créé ses célèbres “tableaux de photographies”.

Son intérêt prononcé pour le langage, écrit et visuel, a été à la source de son art et de son enseignement, à travers lesquels, depuis plus de trente ans, il a nourri et influencé des générations d’artistes dont, entre autres, Cindy Sherman, David Salle, et Barbara Kruger.

S’approprier c’est alors créer de nouveau, peaufiner une idée, rajouter, perfectionner, une des étapes qui nous conduirons vers une création aux références de plus en plus invisibles tant elles seront plus fines que l’épaisseur d’un cheveu.

La création commence par la référence, se continue par l’appropriation avant d’éclore sur son idée maîtresse.

J’encourage à s’approprier les images et les textes, à les détourner pour en découvrir le cœur de l’interrogation, la petite étincelle qui nourrira des grands feux.

Je vous invite à en savoir plus sur l’appropriation en Art sur cet article :

http://rhizomesonore.free.fr/contents/les-appropriations-dans-l-art.html

Voyant versus Médium : une explication artistique de la voyance. PARTIE 1

Vers une humanité réenchantée

Je vous propose de regarder d’un œil neuf, sans tomber dans un hermétisme mystique, les « médiums » et les « voyants : (clairvoyance, clair audience…) » à l’aube de la post-industrialisation.

La post-industrialisation, comme son nom l’indique, implique un monde après l’industrialisation, que nous imaginons en nous projetant dans une époque au-delà de la modernité, construisant au présent un avenir en regardant devant nous et non pas derrière nous.

Je suis sceptique quant à une marche du monde qui continue vers le libéralisme, s’engonçant dans la poursuite d’un monde désenchanté. Nous traversons différentes crises qui nous montrent un système à bout de souffle dont les valeurs sont dépassées. L’histoire de l’Homme sédentarisé s’étend sur 10 000 ans : au regard de l’âge planétaire, c’est peu. Nous pensons toujours être à la pointe du progrès, mais nous ne savons en réalité rien de l’évolution de l’humanité.

L’Homme se métamorphosera, comme il l’a toujours fait depuis l’apparition des premières formes humanoïdes il y a trois millions d’années, en fonction des aléas de la vie terrestre. Nous avons la même constitution que l’homme de Cro-Magnon. Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite, et soigner ce que nous avons à explorer au-dedans avant de se précipiter au dehors. Nous ne savons pas tout du mystérieux, de l’origine des choses, et je pense qu’il ne faut pas renier cette ignorance, mais l’embrasser.

Ce que je propose au travers de ce blog va bien au-delà de la simple voyance par un tirage de cartes ou des prévisions astrales. J’espère aller vers une humanité réenchantée, et non rester désenchantée. Je mets mon savoir et ma pensée intellectuelle au service d’une dimension qui se base sur l’intuitif pour la valoriser et l’ancrer dans le tangible.

Magritte : La clairvoyance 1936

Pour expliciter la voyance et son fonctionnement, je suis partie de cette question simple : quelle est la différence entre un médium et un (clair)voyant ?

En déplaçant sous le prisme de l’art la sémantique du mot « médium » pour mieux saisir sa signification, j’ai ensuite défini sous l’angle de la littérature les visionnaires (clairvoyants), pour dans une troisième partie aller plus loin sur l’intérêt de la voyance, et enfin conclure avec un schéma de mon idée.

Partie 1 : les médiums

L’Histoire retient les visionnaires, l’histoire retient les médiums. Car l’Histoire est une retranscription de la vie du Collectif, alors que l’histoire est une retranscription de la vie individuelle.

Les mediums s’adressent donc à tout un chacun dans sa spécificité individuelle.

Pour en arriver à prendre la forme que je vous présente, j’ai arpenté d’autres sentiers, et c’est d’abord sous le filtre de la peinture que j’ai défini le mot « médium ».

En peinture, le medium est avant tout un liant ; c’est lui qui permet à la peinture de passer de l’état de poudre à l’état de pâte. C’est lui qui permet une osmose qui engage vers un autre chemin. La peinture à l’état de pâte permet d’entrer dans la création de l’image. De tangible nous passons à la réalisation d’une image qui n’a d’utilité que pour les yeux, les mains et le tactile qui l’ont formé sont devenues obsolètes.

Si j’étire cette définition dans le contexte de la Voyance, un Médium (du latin milieu/centre) est un outil, un canal qui diffuse une idée de manière claire et tangible, il incarne l’idée à qui elle est destinée pour faire sens à son récepteur.

Je pense que nous rencontrons des médiums tous les jours, sous forme de « signes ». Des phrases ou des gestes qui font résonance et qui nous changent complètement une idée. Quand on part à sa rencontre, l’œuvre d’art est particulièrement propice à ce genre de phénomènes car nous percevons, dans notre sensibilité, les messages dont nous avons besoin à l’instant T.

Goya, le Colosse 1808-1812

L’Art n’est pas une chose obscure, cachée dans les musées ou les galeries d’art des métropoles qui font des transactions financières dont le but est le placement d’un capital. L’Art est une expression de l’Homme conduisant vers la magnificence du « vivant », de l’être qui vit et qui en a conscience. L’Art n’a pas d’utilité, c’est exactement pour cela qu’il est utile. Il nous permet de ne pas rentrer dans une dynamique uniquement utilitariste, mais nous rappelle l’insoutenable légèreté de l’être (lire le livre éponyme de Kundera).

L’art est un médium vers la transcendance. L’art nous permet d’être notre propre prophète, l’art nous permet de nous guider vers notre singularité en exprimant notre moi créateur.

Le but de l’artiste est de nous guider, au travers de son expérience, vers une conscience d’un sujet plus qu’un autre. C’est un éclaireur poétique qui nous détache un instant de nos préoccupations matérielles pour nous emmener vers l’important, pour ne pas renoncer à notre humanité. À nous de recevoir cette expérience, de l’intégrer et d’apporter un peu de pétillant dans notre vie, un peu de beauté, un peu d’invisible qui soigne l’âme humaine dans sa parfaite imperfection.

Tête de Taureau (selle de bicyclette en cuir et guidon rouillé) Picasso

Pour l’appliquer à un exemple concret, en l’occurrence mon individualité, je vous partage ici mon propre parcours en art qui condense une dizaine d’années d’expériences et de cheminements. Les messages que j’ai perçu dans les œuvres d’art ont éclairé mon chemin de vie en s’incarnant dans ma production, l’un se distinguant toutefois de l’autre. Il n’est pas nécessaire d’avoir la vocation d’artiste pour entrevoir ces messages, ils s’adressent à tout un chacun désireux d’entrer en contact avec sa profondeur et son moi créateur.

Lors de mon premier cours de peinture, on m’a prophétisé qu’il fallait 10 ans pour réellement maîtriser la peinture, comme je pense bon nombre de techniques. Effectivement au bout de 10 ans d’un dur labeur, j’ai répondu à mes questions fondamentales : Que m’apporte la peinture ? Quelle peintre suis-je ?  Pourquoi fais-je de la peinture ?

J’ai beaucoup peint et dessiné, et durant ces moments d’expression artistique, la question qui se posait était : la création du motif est-elle une nécessité ? Pour moi c’est non. Le dessin et la peinture sont des outils qui aident à connaître l’image pour composer une image. Mais voir l’image comme la représentation littérale d’une pensée qui se retrouve explicitée par une figure que l’on reconnaît est pour moi anachronique, inefficiente et juste une valorisation de l’ego de la technique.


 Nazanin Pouyandeh, J’ai été chassée du paradis, 2019, huile sur toile, 160 x 200 cm


Sophie Kuijken, S.I.H., 2019, huile et acrylique sur panneau de bois contreplaqué, 200 × 70 × 5 cm

Par exemple ; ci-dessus des peintures sont ici un objet de représentation, figuratif pourquoi pas mais surtout littéralement illustratif et non une exploration à travers l’image pour qu’elle devienne autre chose, par exemple un questionnement.

Il ne faut pas limiter la peinture à un aspect littéral, la peinture (au sens de l’œuvre) doit être indépendante pour devenir universelle.

Nous ne pouvons pas nier les méthodes de production d’images réalistes comme la photographie et le cinéma mais les condamner, comme la peinture, à une simple reproduction les ampute de leurs possibilités. Un peintre moderne est pour moi Wes Anderson, car la peinture ici se transfigure dans le cinéma, où la création d’images en mouvement est au service d’une histoire, qui est elle-même est au service d’une idée à transmettre. Il y a une adéquation entre le fond et la forme. Le cinéma apparaît alors pour moi comme une réinvention de la peinture, et donc un lieu de création qui me fut soudain peut-être plus approprié.

Autre artiste que je salue, John Baldessari. Il est connu pour son travail conceptuel d’appropriation des images, dans une époque qui en fabrique en quantité astronomique. Ce qui peut paraître évident aujourd’hui est pourtant le fruit d’un long travail de l’image. La peinture, notamment, s’explore par ce biais, jusqu’à en connaître les règles picturales et en éprouver les limites pour aller vers une structure de l’image qui permet une créativité et une pensée exponentielle. Le message que j’ai perçu de son travail était cette déculpabilisation à utiliser les images déjà faites, car j’ai perçu l’idée que « nous ne sommes propriétaires de rien donc propriétaires de tout », et qu’il faut avant tout s’amuser « I’ll not make anymore boring art ».

Vidéo de Baldessari, copiant « ses lignes » Je ne ferais plus d’art ennuyeux

Aujourd’hui, j’ai un savoir-faire professionnel, je peux enseigner le dessin et la peinture et les transfigurer en les mettant au service de mon sujet, au service des « mondes invisibles ». J’ai dépassé l’objet peinture pour créer picturalement avec les outils de mon époque. Je dessine mon tarot et je me tourne de plus en plus vers l’animation, pour ma chaine YouTube, avec un usage diversifié des images, pour être toujours au service de l’histoire. J’utilise et je valorise mes banques d’images, qui sont faites et refaites, et dont vous pouvez voir l’aperçu dans mon Pinterest et dans mon Instagram. J’élargis l’image, je joue avec, et suis très à l’aise avec cela. Ces images « déformées » me servent ensuite à imaginer mes propres images dans mes projets cinématographiques, pour développer et inscrire « une patte ».

Cet immense travail ne s’est pas fait seul, j’ai été très entourée par les vivants comme par les morts, chacun m’apportant le message dont j’avais besoin à l’instant T.

Baldessari 1971

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