Travailler son imagination dans le processus créatif

Je vous présente ici une série de vidéos réaliser par un peintre sur le thème de l’imagination dans le processus de création. J’ai trouvé cette série très pertinente et pouvant s’adapter aux différents médiums artistiques.

L’imagination ne s’exerce indépendamment de toute mémoire que lorsqu’elle s’efforce de nous représenter quelque chose que nous n’avons jamais vu…

L’imagination créative produit des images contenantes et transformatrices de l’expérience. Elle favorise un mouvement de séparation et aide aussi à maîtriser les pertes quand elle est associée au champ du langage.

L’activité imaginaire n’est pas sans destinataire. Elle s’adresse à l’Autre. Elle est donc aussi une demande sur les origines, sur ses origines, sur sa provenance, sur le « quoi en son comment » : elle porte sur les désirs de l’autre, les images manquantes, les formes incomplètes, la fonction d’origine. L’imagination est à penser dans ce jeu avec l’absence, dans son rapport à l’inconnu. Elle vise l’autre de la représentation. L’énigme excite l’imagination qui devient en ce sens une réponse du sujet au réel. L’imagination est ici nécessaire à l’invention du roman privé, intime, pour « reconstruire ainsi la vie et les pensées des siens, leurs amours, leurs entreprises, leurs bonheurs réels ou rêvés, leurs déceptions, leurs projets inavoués ou inassouvis, leurs échecs, leurs jugements sur moi, sur eux (…) La vie autre de moi-même, la vie autre des autres » (Anzieu).

L’imagination qui comprend en elle les expériences du rêve et de la création, transforme ainsi ce à quoi elle est confrontée : elle traite, lie, socialise les excitations et sensations originaires ; elle donne sens aux expériences et rend possible la création de symboles.

Intuition

L’intuition est difficilement définissable, de par son originalité intrinsèque et son fonctionnement. Elle est aux antipodes de la pensée dominante valorisant la fonction intellectuelle, logique, analytique et causale.

Une fonction n’est pas meilleure qu’une autre, elles se complètent. Toutefois, la pensée dominante, trop mise en avant, conduit à une quête frénétique de la maîtrise des lois causales, pensant de ce fait retarder sa désintégration. Comme toute chose, elle est vivante, et comme toute chose elle devra mourir.

De cette dynamique émane une angoisse, cachée par la cupidité et l’impérialisme. L’intellect est exacerbé dans sa fonction de réduction et de discrimination, séparant les parties du tout et passant à côté de sa créativité.  

Pour retrouver cette créativité, il est donc indispensable de se connecter à son intuition.

L’intuition, selon D. Rudhyar (l’astrologie de la personnalité), est cette capacité à s’identifier au pouvoir créateur du temps. De voir toute situation nouvelle dans sa globalité, et y réagir instantanément.

Pour Jung : « c’est une sorte d’appréhension de n’importe quel contenu, subitement et de forme définitive ».  

L’intuition est la perception holistique, la conscience de l’être : la faculté de prendre conscience de l’identité (intégrité) d’un tout.

 Rachel Rose, Autoscopic Egg, 2017, installation unique, œuf en résine et vidéo.

L’intuition est impalpable, ce qui la rend difficilement appréhendable, comme le sont également les sensations. Toutefois, ces dernières sont toujours fragmentaires, et recourent à une logique causale pour assurer leur coordination, ce qui est dans une certaine mesure un fonctionnement parallèle à la fonction intellectuelle.

L’intuition ne repose pas sur la logique causale.

Elle est une assimilation qui passe de l’inconscient au conscient et est donc indissociable de l’image mentale de l’objet concerné, prenant tout son sens par rapport à elle.

Faire preuve d’intuition, c’est donc faire preuve d’un esprit de synthèse pour qui le tout prévaut sur les parts : le psychologique sur l’intellectuel : de mécaniste, l’esprit devient holistique.

Une fois que l’esprit cesse de discriminer les objets, il s’intériorise. De ce fait, il « sent » la force vivante de l’instant à travers les symboles. Ainsi les rêves, visions mystiques, astres, cartes, chiromancies, recouvrent un sens. Il devient dès lors possible de devenir interprète et prophète car le monde devient un ensemble signifiant. L’intuition devient certitude comme l’instinct à l’animal, et se pénètre de l’énergie créatrice de tout.

L’intellect ne connaît une telle certitude qu’en la logique et les mathématiques pures.

L’animal interprète son instinct parce qu’il s’est identifié dans l’instant à ses besoins, mais en toute ignorance.

Nul système symbolique est nécessaire avec une telle intuition.

La question se pose lorsqu’il s’agit de communiquer à propos de ce qu’elle a à dire ; de ce point de vue, il devient une nécessité de faire appel à un système interprétatif composé de symboles, qui deviennent, pour nous ici présent, le langage des astres, de la chiromancie ou des cartes du tarot, basé sur la logique intuitive et sur la cohérence fonctionnelle, faisant appel à une logique intuitive authentique, aussi logique que la logique intellectuelle. Elle reste créatrice, sans être pour autant rigide et irréductible, et ainsi devient une fonction de la vie dans son évolution.

A l’image de la logique de l’instinct, elle s’adapte à des situations et des plans d’existences nouveaux. Ses formes sont multiples, mais son essence reste inchangée.