Morceaux de Sirène

Il était une fois un vieux pécheur qui vivait avec sa vielle femme, dans une vieille demeure au bord de la mer. Le vieux partait à la pêche tout les jours, pendant que la vieille faisait l’intendance de la maison, tenant tant bien que mal parmi les vieilleries.

Un jour, le pécheur lança ses filets loin à travers la mer, et il n’y trouva que de la vase. Ne se laissant pas décourager, il recommença une deuxième fois, et le filet revint chargé d’algues marines. Il recommença une troisième fois, et le filet fut cette fois bien lourd. Il avait attrapé une sirène.

Elle supplia le pêcheur : « Bon vieux pécheur, laisse-moi partir et j’exaucerai un vœu, n’importe lequel, tu pourras obtenir tout ce que tu désir ! « 

Le vieux pécheur, pourtant aguerri par la mer, n’avait jamais de ses yeux vu, vu une sirène et encore moins taillé le bout de gras avec. Se rappelant vaguement les légendes, il lui dit « Soit, je te libère, va nager librement ».


Le vieux pécheur rentra chez lui, et raconta à sa vieille femme ce qui venait de lui arriver.  » J’ai pris aujourd’hui, dit-il, une merveilleuse sirène, qui parlait bien tout comme nous, demandant que je la laisse retourner dans la mer bleue ; et m’offrant bonne rançon : pour rachat elle exhaussait un vœux. Et je n’ai pas osé lui demander rançon. Je l’ai tout simplement rejeté dans la mer. »
Alors la vieille se mit à hurler « Vieux cornichon ! Comment as tu pu être aussi naïf, ne vois-tu pas que nous sommes des miséreux ! Retourne la bas et va lui demander de réparer nos vieilleries, je veux pouvoir recevoir nos voisines dans de la belle vaisselle ! »

Voici le vieux qui s’en vient tout au bord de la mer, mer qui n’est plus aussi calme que le matin, une houle s’est levée, légère. Il appelle la sirène, qui arrive et lui demande :
« Que veux tu de moi, bon vieux ? »
Avec un profond salut, le vieux lui répondit alors :
 » Ayez pitié de moi, Madame la Sirène. C’est que ma vieille femme m’asticote le chou pour de la vaisselle neuve… »
 » Ne te chagrine pas, lui répond la sirène. Retourne chez toi et tu auras de la vaisselle neuve »

Arrivé chez lui, il vit sa vieille femme occupée à contempler la vaisselle neuve, dont les yeux d’ordinaire bleus comme la mer semblaient maintenant noirs de colère. Elle entendit les pas du vieux pécheur, et avant même qu’il n’ait franchi la porte de la maison, elle dit. « Vieux radis ! Tu crois que nous pouvons recevoir sous ces murs croulant ! Va donc demander une maison neuve avec de beaux murs en parpaing frais ! »

Morceau de Sirène, Huile sur Coquille Saint Jacques 2021

Voici le vieux qui s’en va tout au bord de la mer bleue. Il voit que sur la mer bleue le trouble des eaux grandit. À haute voix, il appelle la sirène, qui arrive vers lui et demande :
 » Que veux tu de moi, bon vieux ? »
Avec un profond salut, le vieux alors lui répondit :  » Ayez pitié de moi, Madame la Sirène, cette fois ma vieille femme veut une maison neuve… »
« Ne te chagrine pas, lui répond la sirène, va et qu’il en soit donc ainsi »

A peine arrivé au portail il entend une voix aigrie qui lui dit « Vieille citrouille, croit tu que je vais recevoir les mendiantes que nous avons pour voisines, je veux rentrer dans le grand monde ! »

Le vieux s’en retourne à la mer, qui s’agite de plus en plus. À haute voix il appelle la sirène qui arrive et demande :
« Que veux tu de moi, bon vieux ? »
Avec un profond salut, le vieux alors lui répondit :
« Ayez pitié de moi, Madame la Sirène, c’est que voyez vous maintenant qu’on a toutes ces belles choses, on peut plus tenir le crachoir aux clodo du coin…. »

« Ne te chagrine pas, lui répondit la sirène. Va ! »


Le vieux rentre chez lui, mais la maison est devenu si grande, qu’il n’y trouve personne, des serviteurs rodent dans la maison, en apercevant le maître il s’agitent. Le Vieux se glissent de pièce en pièce, il trouve la vieille méconnaissable sous son fard, mangeant un cochon de lait. Le Vieux attiré par l’odeur y trempe la langue.

Puis une idée lui arrive. Il repart au bord de la mer, qui gronde, et appelle la sirène. Elle arrive et lui demande :

« Que veux tu de moi bon vieux ? »

« C’est que ma femme, voyez, elle aimerait bien être Reine, et du coup, bah moi être Roi, Voyez… »

« Va. » Lui répondit la Sirène.

Passe une semaine, puis une autre. Le vieux et la vieille oublient toute raison, la Terre n’étanche plus leur soif de pouvoir, le monde de la Mer leur semble à portée de main.

Alors, la Vieille pousse le vieux à demander à la sirène de régner sur la Mer comme sur la Terre.

La tempête gronde mais le vieux va quand même au bord de l’eau, rapidement ses vêtements deviennent lourd, il appelle sans fin la sirène. Il hurle son désir. Alors la Sirène attrape le vieux « Si tel est ton désir je te montre l’empire du monde aquatique, REGARDE pour la seule et unique fois. » Le Vieux voit un monde tant remplis de mystère et de beauté qu’il en perd la vue. La sirène repose l’aveugle sur la plage et s’en va.

La Vieille qui avait vu la scène de loin, s’approcha du vieux, le ramena à la vieille chaumière, et l’assit près du feu au milieu des vieilleries.

Morceau de Sirène, Huile sur Coquille Saint Jacques

Lecture hypnotique de la sirène : méditation guidée pour se relaxer.

Cette semaine, je vous propose de continuer avec les sirènes, je vous raconte une histoire pour vous relaxer.

Il y a quelques années, j’ai vu passer sur le Net des femmes qui exerçaient littéralement le métier de sirène. L’idée m’a plu, et quand est venu le moment d’écrire un scénario, naturellement m’est venue à l’esprit la phrase « mais dites-moi, que penseriez vous d’introduire un personnage « sirène »? » L’idée plut autour, et la sirène s’incarna.

Elle n’avait pas pour autant dit son dernier mot, j’ai déménagé en bordure de l’océan et les mythes qu’elles nourrissent sont devenu chaque jour un peu plus vivant.

Exerçant sur moi leur fascination, j’ai recherché leur profonde symbolique et leurs représentations diverses qui sont entres-autres : l’amour, la beauté, le mystère, l’intimité, la sensualité, les émotions, la féminité, la persuasion et la perception. Elles sont souvent associées aux divinités tel qu’Amphitrite, Téthys, Calypso et Ranh et évidemment Aphrodite, ainsi qu’aux Ondines.

La sirène incarne la dualité entre la vie organique et la vie spirituelle, en soulignant les aspiration spirituelles (partie poisson) : élevées mais qui sont souvent empêchées par des pulsions de la matière (partie femme – vie organique). Ainsi que le pouvoir et l’indépendance des femmes.

Autrefois, elles incarnaient différentes croyances ; celle de la guérison, (par prière au divinités féminines à proximité d’une source d’eau) ; des pouvoirs surnaturels (par l’usage d’un peigne en arête de poisson (qui contrôle les tempêtes)) ; invisible, car connaissant à la perfection le cœur des hommes, elles se laissent voir seulement en présence d’un véritable cœur pur, à l’aube ou au crépuscule, heures traditionnelles entre le jour et la nuit où toutes les visions sont possibles. Ces deux moments de transition de la journée marquent le début et l’arrêt des actions en court, cet instant fugace ou l’esprit prend conscience de ses propres limites.

Il y a deux représentations de sirène. Dotée d’une queue, elle représente « l’ombre » : les voluptés du monde et le mal en général, avec comme arme létale son chant.

Avec deux queues : elle représente la fécondité (l’eau est source de vie) : lorsque elle les relève, elle met en lien gestation et naissance.

Le conte est issu de la tradition orale, il est riche d’une multitude de significations, à mon tour je vous le transmet de manière orale à ma façon.

La sirène est pour moi une enseignante de l’amour, au cœur des profondeurs de l’océan (symbolique de l’inconscient). Elle permet par ses mouvements hypnotiques de faire comprendre de manière corporelle un enseignement parfois trop abstrait par les mots ; j’ai voulu retrouver ces mouvements d’ondulation par la réalisation d’un texte qui se base sur la relaxation, où son propre souffle devient l’ondulation marine. L’intégralité du conte se concentre sur la relaxation pour rejoindre dans la douceur son « moi profond », je l’ai adapté pour qu’il puisse transmettre une notion d’amour. Je vous laisse le découvrir, en prenant soin en premier lieu de vous allongez ou de bien vous caler dans votre fauteuil.  

Sirène

Cette semaine, je vous propose non pas un article traditionnel, mais une lecture du conte de la Petite sirène, d’Andersen.

Pourquoi ce conte : Citadine de naissance, j’ai souhaité activé mon GPS, en partant vivre loin de la ville et plus près de l’océan. L’orientation dans la nature tel est mon défi : dans la forêt ou sous l’océan ! La première fois que j’ai mis la tête sous l’eau, le contraste entre le désert de la surface et la vie qui s’épanouit sous la surface m’enivra à en entendre le chant des sirènes.

Symbole d’une dualité entre vie organique (partie humaine) et vie spirituelle (partie poisson) c’est essentiellement un symbole de la femme et de la guérison. Envoûtante à en perdre la tête et dans un même temps véritable harpie envers ceux qu’elle ne peut pas sentir, la Sirène est une créature double qui m’obsède ces derniers temps.

Je vous partage un lien vers un film que j’ai vu, sur la thématique de la sirène, un très bon conte initiatique, sur la quête de soi. « À Kiryat Yam, petite station balnéaire au nord d’Israël, tout semble s’être arrêté. Lana, 16 ans, s’est jurée de lutter contre l’immobilisme et la résignation. Elle est loin d’imaginer que la rumeur d’une sirène va réveiller sa ville de sa torpeur et lui permettre enfin de vivre. »

Anatomie d’une sirène, pour les curieux.