qu’est ce que le libre arbitre ?

Libre arbitre de l’homme ?

Au détour d’une conversation, d’une vidéo, d’un film, à la fin d’une affirmation nous rappelant combien nous devons suivre les conseils avisés ou faire ce qui nous est demandé, il y souvent l’ajout de la phrase « faites ce que vous voulez, vous êtes libre ! », presque comme une ponctuation naturelle, comme une caution à des dires qui pourraient apparaître contradictoires.

Lorsqu’il est par exemple sujet d’astrologie, j’entends beaucoup ce « vous êtes libre ». On m’assure toujours que peu importe ce que disent les étoiles, de toute manière, mon libre-arbitre est toujours à l’arrivée le vecteur décisionnaire. Or, c’est à la fois oublier un peu vite et reconnaître indirectement que notre analyse des choix qui nous sont proposés se base sur notre éthique personnelle, elle-même déterminée en amont par notre personnalité et notre parcours de vie, auxquelles les étoiles ne semblent pas étrangères : on arrive donc très vite à la question de l’œuf ou de la poule. A l’instant T, j’ai effectivement une multitude de choix possibles, mais en définitive, ma décision finale découlera d’un processus mental que je serais bien en peine de remonter à la source, de justifier objectivement, rationnellement. Dans ces conditions, suis-je libre ? Les philosophes s’étant cassés les dents sur cette question, je ne risquerais donc pas les miennes, déjà bien amochées, à un avis tranché, et vous laisse vous faire votre propre opinion sur les réflexions développées ci-dessous.

Dédale et Icare

Libre arbitre vs déterminisme

« Libre arbitre ». Cette expression m’évoque l’image d’un arbitre sportif qui sifflerait dès lors que je dépasserais les limites du terrain, les bornes de la « liberté », tel un chien de berger signifiant, par de menus aboiements, à une brebis aventureuse l’inanité de ses velléités exploratrices.

Mais ce « libre arbitre », j’en entends parler depuis beaucoup plus longtemps, dès mes études de psychologie notamment. En 2012, à la fac, j’écoutais mon professeur de psychologie sociale disserter, quand fut prononcé le verdict fatal : le libre arbitre n’existe pas, emballer c’est peser, au revoir mesdames et messieurs !  

La psychologie étant assez déterministe, ce qui n’est pas mon cas, ce jour-là, j’ai su qu’elle et moi avions besoin d’une pause, ce désaccord théorique nuisant fortement à notre entente.

Que dit précisément la psychologie du libre arbitre ?

« La croyance en l’existence du libre arbitre est liée au sentiment d’être en mesure d’exercer un certain contrôle sur son comportement ». Cette définition de la croyance au libre arbitre reflète la manière dont celle-ci émerge d’une interaction complexe entre l’individu et son milieu écologique. De récents travaux en psychologie sociale et neurosciences semblent montrer que cette croyance est illusoire et manipulable. »

Pour les curieux la suite de l’article : ici

Avant de nous affoler par des dires aussi péremptoires, essayons de nuancer.

Je pense que l’on sous-estime beaucoup l’impact de nos conditionnements qui tendent à une certaine solidité intérieure de la société, mais aussi à la solidité de chaque individu confronté à cette même société.

Que sont précisément ces conditionnements sociaux ?

Dans une logique d’économie d’énergie, nous avons tendance à faire des raccourcis, c’est-à-dire prendre des décisions, non pas mus par une réflexion adaptée aux circonstances présentes, mais par des processus automatiques et inconscients, qui firent preuves d’efficacité par le passé et qui depuis sont plus ou moins stables.

A tout conditionnement se produit un comportement automatique :  il y a « un stimulus », c’est-à-dire un agent externe ou interne opérant avec soudaineté, et capable de provoquer une réponse, ou bien un « réflexe », c’est-à-dire une réaction automatique et immédiate.

Les conditionnements sont partout, de la langue que nous parlons (nous utilisons souvent les mêmes mots, reliés aux mêmes émotions, et finalement nous ruminons le tout ensemble) aux pensées héritées de notre éducation, de nos expériences, donc tout ce que nous faisons sans la longue élaboration d’une décision.

Un « conditionnement social » pousse l’individu à contrôler ses pulsions et à codifier son comportement. La société conditionne « l’espace mental » de l’enfant pour qu’il ait des réflexes et des automatismes autorisés par la société dans laquelle il vit.

Sans ces décisions rapides, nous passerions la journée à tester le café, puis le thé avant de revenir au café, sans pouvoir prononcer la moindre parole. Nous serions incapables de conduire, de cuisiner… En cas de danger ou plus simplement, pour une vie en vitesse de lecture normale, nous avons besoin de nos conditionnements pour participer sans « s’écrouler » à la vie sociale dont nous avons un fort besoin.

Ces conditionnements peuvent prendre l’apparence de comportements donnés en fonction de nos identités sociales et collectives.

Je reprendrai rapidement une formulation de Jung, quant à la société à qui on confie le soin de se laisser différencier par elle, alors que c’est la tâche de l’individu de se tenir sur ses pieds et de se différencier des autres. Toutes les identités collectives, quelles qu’elles soient (organisation, religion en isme…) sont des béquilles pour les paralytiques, des boucliers pour les anxieux, des canapés pour les paresseux, des pouponnières pour les irresponsables, mais tout autant des auberges pour les pauvres et les faibles, un havre protecteur pour qui ont fait naufrage, le sein d’une famille pour les orphelins, un but glorieux et ardemment escompté pour ceux qui ont erré et qui sont déçus, elles sont une terre promise pour les pèlerins harassés, un troupeau, une clôture sûre pour brebis égarées,  et elles sont une mère, qui signifie nourriture et croissance.

Faisons preuves de compassion à l’égards de ceux-là, car il serait erroné de considérer cette façon de faire comme un obstacle, car cela représente la seule possibilité d’existence de l’individu qui, aujourd’hui plus que jamais, se retrouve menacé d’anonymat. Cette appartenance à une organisation collective est si importante à notre époque qu’avec un certain droit elle paraît à beaucoup être un but définitif, tandis que toute tentative de suggérer à l’homme l’éventualité d’un pas de plus sur la voie de l’autonomie personnelle est considérée comme présomption ou défi prométhéen, comme phantasme ou comme impossibilité. 

Nous sommes des êtres complexes et contradictoires, la recherche d’équilibre est donc primordiale entre nos besoins et nos aspirations. Nous avons besoins de nos conditionnements pour interagir, mais aussi un besoin vital de nous différencier.

Nous changeons à tout instant les conditionnements arrivés à date de péremption. Par exemple, quand nous déménageons, nous créons de nouveaux itinéraires et oublions les anciens. Quand la nécessité l’impose, nous agissons, nous pourrions dire, presque par réflexe. 

Un destin responsable

Dans une certaine mesure, à tout instant nous sommes libres, libres de choisir de prendre conscience, de changer un conditionnement. Toutefois il y a des conséquences et donc il faut être responsable : prendre l’audace de sa vie en main.

La responsabilité est pour moi le mot clef du libre arbitre. C’est en faisant nos choix en conscience de leurs conséquences, nous procurant ainsi une maturité à les assumer, que cela nous pousse à exercer notre libre arbitre. La liberté est une notion qui demande de l’entrainement, ce n’est pas une valeur innée, elle est acquise et se détaille à toute instant. Elle se vit avec les autres, par une responsabilité accrue de chacun.

Il serait en effet, « trop facile » de remettre à des causes extérieures son destin : cela entraînerait un dépérissement de notre identité profonde, et nous conduirait à la dépendance psychologique, soit par la peur, soit par la démission ; car cela revient à se décharger de sa responsabilité sur une entité extérieure à soi.

Il importe de rester son propre capitaine, responsable de sa vie, pour garder ouverte une porte vers l’espoir, qui aide à avoir plus de courage.

Je me permets d’apporter une nuance au terme de l’espoir : quand celui-ci est un refuge qui dispense d’agir, il est inutile. Croiser les bras et soupirer « j’espère » ne vaut ni un « faire », ni une prière.

Toutefois, quand il est moteur d’action, quand il permet d’échapper à la résignation, quand il accepte le désespoir et cesse de lutter contre lui, alors l’espoir s’étire et change de rime : il devient l’espérance.

Je ne verrais donc pas du déterminisme dans la psychologie et l’astrologie, car cela ne rend pas justice à l’élégance de ces disciplines. La psychologie souligne la complexité et la richesse de la vie intérieure de l’homme, lui rendant ses lettres de noblesse par la beauté de sa conscience, et l’astrologie nous enseigne la signification des instants et des cycles tels qu’ils sont vécus ou vont être vécus. L’astrologie dévoile la nature d’instants particuliers, et de cycles plus vastes imbriqués en eux.

Pour conclure, je tiens à apporter une nuance qui me semble importante : il est important de prendre de la distance et de ne pas appliquer des raisonnements intellectuels, spirituels, dans une vision par trop tangible. C’est-à-dire, de ne pas s’en remettre à une croyance aveugle en une idée de toute puissance extérieure, sans toutefois ne pas tomber dans le self made man, et nier l’influence des facteurs extérieurs qu’on ne peut contrôler. C’est pourquoi le libre arbitre, permettant de toucher un point d’équilibre entre ces deux tendances, c’est-à-dire une responsabilité de ses actes dans l’instant de la vie, me paraît être une façon de vivre plus indépendante vers une individualité plus marquée.

L’importance de la vie psychique

« La vie intérieure fonctionne à bas bruit, elle est faite de tout ce qui spontanément n’attire pas notre attention. Cette discrétion vient de ce que, souvent, les choses importantes s’accomplissent dans le secret et le silence. Nous devrions faire plus souvent l’effort de distinguer l’urgent de l’important. » Christophe André

Christophe André est un psychiatre, grand nom connu en psychologie, que je connais depuis longtemps. Lorsque j’étais un tout nouvel apprenant, en questionnement avec mon temps, la psychologie se mêlait à un besoin d’ancrage, et représentait simultanément un questionnement et une recherche sur le bouddhisme.

Un des ouvrages de Christophe André en était la parfaite synthèse. J’ai donc, en 2011, lu et pratiqué « la méditation jour après jour ». Bien qu’ayant depuis évoluée sur le fil de ma pensée, il reste toujours un précieux guide dans les moments difficiles, car tel est son usage.

Depuis, la méditation est encore plus à la mode, et Christophe André en est devenu l’égérie car il occupe le terrain médiatique : Chroniques radios, conférences, interviews…

Nous restons dans un système social très préoccupé des questions économiques dont les choix découlent et dont le questionnement du sens, du spirituel, se conjuguent avec les euros.

Ce n’est ici pas mon propos.

Le sujet ici, l’importance de la vie psychique (interview assez longue), permet au psychiatre de développer, avec calme et bienveillance, l’utilité de la vie intérieure.

Je pense qu’un auteur n’a que peu d’idées fortes et qu’il les décline en fonction de leur affinement au fil de ses ouvrages. Pour moi, Christophe André alerte sur la facilité avec laquelle on balaye du revers de la main sa vie intérieure.

Il définit la vie intérieure par tout ce qui est vivant à l’intérieur de soi, tout ce qui est perceptible lorsque nous nous arrêtons quelques instants : les sensations corporelles, les ressentis émotionnels, les pensées, les impulsions, les envies, les inquiétudes, les peurs…c’est un flot ininterrompu de rumeurs perpétuelles.

La principale difficulté de la vie intérieure est qu’elle peut apparaître a priori moins intéressante, ou plus difficile, que ne l’est la vie extérieure et le rapport aux autres.

Toutefois, en faisant l’effort de l’explorer, par des méthodes douces, tel que la méditation, l’écriture d’un journal intime, la prière, l’introspection, propre et adapté à chacun, nous pouvons aller vers une recherche d’unité avec cette richesse intérieure, dans le but de se réaliser pleinement. Alors s’accroit ses chances d’être heureux et généreux. Car nous nous écoutons et prêtons intérêt aux autres.

La méditation souffre de son a priori sur l’arrêt des pensées, or la vie intérieure est  bien plus complexe qu’un système Pensée /Non Pensée, car la souffrance et la tristesse sont des émotions qui sont le pendant au bonheur. Sans elle, nous perdons une part d’humanité, il ne s’agit donc pas de vouloir supprimer les pensées tristes et nostalgiques, mais plutôt d’accepter de les héberger sans crainte, de prendre le temps de les observer et de trouver le meilleur usage à en faire. Alors, tranquillement, nous nous recentrons sur le moment présent, l’avenir et le passé sont des temporalités qui nous sont incertaines et lourdes d’émotions. Par un pas de légèreté, savourons le bonheur de l’instant, habitons pleinement notre quotidien, et réjouissons-nous d’être bien vivants.

Voici une interview de Christophe André, sur son dernier livre, « la vie intérieure ».

Vertus thérapeutiques de l’écriture

Est-il vraiment si difficile de croire que les artistes mystiques et les penseurs visionnaires puissent avoir, à propos de la vie et de l’âme, des idées meilleures que les conclusions issues de la synthèse des données d’expériences menées dans les universités sur des échantillons choisis au hasard ? J’ai besoin de théories qui font bouger l’intellect, comme le peut faire l’art, non de théories qui figent nos intellects » (Hillman, 2005)

L’écriture est pour un moi un moyen simple, accessible pour tous ceux qui en ont la volonté, de toucher une part d’esthétique et de création agrandie à sa propre vie. Créer représente donc la restitution d’une manière originale, avec ce que l’on sent pour pouvoir rentrer en contact avec le monde externe.

La création à travers l’expérience esthétique représente un pont idéal entre nous et les autres. Paolo Quattrini. « Esthétique vient du grec aisthanomai, je sens. L’esthétique est la mesure de la qualité du ressenti, c’est la mesure du goût, et elle est donc indispensable à la qualité de la vie »

Ecrire devient alors un miroir aux multiples bienfaits, c’est une catharsis qui permet de déverser librement ses émotions sans jugement et sans autocensure, faisant un pont entre le conscient et l’inconscient. Puis le temps de la relecture ouvre vers une vision claire de son état émotionnel, et permet de s’en libérer. L’écriture est ici axée sur l’introspection et le questionnement intérieur. Elle permet de s’écouter et de laisser s’exprimer des parties inconscientes de soi.

On peut alors se servir de l’écriture pour :

  • Apaiser la souffrance morale ;
  • Diminuer l’anxiété et améliorer le sommeil ;
  • Raconter son histoire, partager avec les autres ;
  • Obtenir un dédommagement, une réparation ou une reconnaissance ;
  • Prendre du recul sur soi et comprendre ce qui ne va pas ;
  • Initier des changements dans son comportement ;
  • Développer sa créativité ;
  • Réaliser un projet.
Students with pointy noses. Leiden, University Library, MS BPL 6 C (13th century).

Différentes études scientifiques de psychologie ont démontré les différents impacts positifs de l’écriture.  

Notamment pour soulager les douleurs du corps, écrire régulièrement sur sa souffrance physique aide à se sentir mieux, à moins prendre de médicaments et moins voir le médecin. L’écriture expressive a un effet positif sur la tension artérielle et la fréquence cardiaque.

Cet effet positif se retrouve également sur les douleurs morales comme la dépression, écrire permet d’être attentif à ses émotions, de parvenir à les accueillir avec bienveillance avant de coucher sur le papier des événements durs, traumatisants, pour mieux les dépasser.

Les chercheurs supputent que « l’écriture de soi » favorise une forme de désinhibition individuelle et sociale. L’écriture permet de mettre des mots sur les émotions ressenties et modifie la mémoire de travail.

De plus, écrire permet de prendre du recul face aux stress du quotidien. L’écriture expressive permet d’améliorer la conscience et l’acceptation de soi, mais aussi de lutter contre les ruminations, les pensées négatives envahissantes, l’anxiété et les stratégies d’évitement (c’est-à-dire ces actions que nous mettons en place pour échapper aux facteurs de stress et qui peuvent considérablement compliquer nos vies). Cela permet de faire baisser la pression et renforce l’optimisme. 

Naturellement, apaiser les tensions favorise le sommeil, et aide donc à atteindre ses objectifs car noter est un premier pas, une forme d’engagement, parce que cela nous oblige à rationaliser, prioriser, et nous rappelle le point à atteindre.

Le point de vue des neurosciences 

Les études fonctionnelles cérébrales confirment l’étrange rapport des mots aux marques neurologiques des traumatismes émotionnels. Dans le cerveau de patients qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique, le souvenir de l’événement s’accompagne d’une activation du cortex visuel ( » l’image inoubliable « ), et des noyaux limbiques responsables des émotions et de leurs manifestations dans le corps. Simultanément, le centre de l’expression du langage – l’aire dite de Broca – est désactivé. Tout se passe comme si la nature physique des souvenirs traumatiques dans le cerveau était incompatible avec les mots ( » Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai vécu… « ). L’écriture modifie peut-être l’équilibre entre les différentes aires de représentation qui s’activent pour un souvenir donné. Redonner naissance aux mots semble aider les émotions bloquées à se diffuser et libérer les énergies intérieures.

Les bénéfices ne concernent pas seulement les individus dépressifs. Elle est aussi utile pour les troubles psychiatriques, au terme de leur thérapie. Cette fois-ci l’écriture prend le parti de se focaliser sur les aspects favorables de la vie quotidienne : les événements positifs ou les moments de bien-être, en mettant en évidence les compétences et les possibilités d’action du participant face à ces événements.

Les résultats mettent en évidence une atténuation significative de l’état dépressif. Il suffit pour les ex-patients de faire des exercices d’écriture d’une durée de 15 à 30 minutes, trois fois toutes les semaines, pendant quatre semaines, pour obtenir un résultat. De plus, les chercheurs ont confirmé que la pratique de l’écriture de soi permet de réguler plus efficacement les émotions. Le fait de devoir considérer les événements positifs récents permet d’élaborer des stratégies, de réévaluer des situations difficiles jugées autrefois particulièrement anxiogènes et insolubles.

Si le participant a recours à un grand nombre de stratégies pour résoudre un problème ou pour réagir face à une émotion intense, il sera en mesure d’identifier avec précision les différents facteurs de stress, et se montrera moins anxieux et moins agressif.

La pratique de l’écriture, orientée sur la reconnaissance et l’analyse des éléments positifs de sa vie, n’a pas que des avantages d’ordre strictement thérapeutiques. Elle peut être utile à tous.

Leiden, Universiteitsbibliotheek, BPL MS 111 I, 14th-century doodle.

La pratique du Carnet

Écrire et lire sont des activités de synthèse qui sont intimement liées et dans lesquelles la cognition et les émotions jouent un rôle important. Tenir un carnet est une véritable discipline. Et ceux qui s’y astreignent évitent de perdre le fil imprévisible des idées qui se présentent souvent de manière aléatoire et qui s’empressent de disparaître si elles ne sont pas notées.

Un carnet bien tenu risque de nous surprendre comme un creuset fertile duquel surgissent, s’il est bien nourri, des idées qui risquent de nous étonner. Un tel carnet recèle des solutions imprévues et insoupçonnées. Le carnet peut devenir le transcripteur de nos pensées. Et, comme on le sait, nous sommes constamment en dialogue avec nous-mêmes. Nous nous racontons des histoires.

Le carnet est un aide-mémoire, mais aussi un terrain pour revisiter nos idées, élaborer nos projets, confronter nos découvertes, dénicher de nouvelles idées ou simplement constater que ce que nous venons de réaliser n’est pas nouveau et fait écho à un concept que nous avions noté quelques mois, voire quelques années auparavant.

Car l’écriture est un fil de vie qui respire et bouge au fur et à mesure des évènements de la vie : les ruptures et les deuils sont des passages uniques et ils servent à changer de dimension, approchant des petites morts, ou des morts véritables. L’écriture en ce cas, serait de laisser filer ce qui vient, ce qui sort, un torrent de mots qui peuvent se dérégler, autant dans le vocabulaire que dans la syntaxe. Sans tomber dans l’écriture automatique, nous pouvons lever la censure du langage écrit et de ses codes. Nous pouvons laisser la rage, la colère, l’impuissance vivre son rythme et déformer, laisser déformer nos lettres.

Processus d’individuation : partie 3 : le soi

Théo Mercier, le Solitaire (détail), 2010, spaghettis, 170 x 200 x 230 cm.

Maintenant que nous avons vu les principales étapes du processus d’individuation, voyons le but : l’individualisation du moi

Le « moi » possède son propre savoir et pouvoir. Toutefois, il peut faire surgir quelque chose de plus flamboyant ; entrer en contact avec le transcendant, sans que n’interfère une doctrine ou un dogme sans nom et qui naturellement nous amène à l’archétype « Selbst », traduit par le Soi, ou soi-même.

Une fois les 4 étapes réalisées, toutes les structures de l’individu commencent à se réorganiser autour d’une nouvelle énergie, « l’archétype cosmique », qui dirige tous les processus psychiques en spirale vers le soi. Il s’agit d’une manière complètement nouvelle et différente de rencontrer notre être propre, indescriptible, qui est le plus intime de notre intimité.  

Le SOI est le pont entre le monde tangible et le monde intérieur, c’est une construction destinée à exprimer une essence non préhensile, qui dépasse notre capacité de compréhension.

Nous entrons ici dans une dimension « irrationnelle » de la vie (qui n’a pas de lien causal, contrairement à la pensée scientifique dominante), le soi est indéfini, il est une sensation à travers laquelle le moi entre en relation avec le soi dans une dynamique d’union.

Jung donne le nom Soi au « Dieu en nous », au « feu central » de notre participation au divin, c’est notre point central. Il n’est pas démontrable scientifiquement car il ne peut être vécu que dans l’intimité du cœur, il représente une notion « hors limite » du fait de sa propre transcendance.

Le Soi transfère vers un autre lieu le centre psychique, ce qui bouleverse en la renouvelant complètement la personnalité, et en transformant radicalement l’attitude envers la vie, car une nouvelle conscience émerge ou l’objet et le monde extérieur sont dans une relation indissoluble. Non que cela signifie un arrêt définitif de la souffrance, les conflits et la souffrance sont intrinsèques à l’humain, vouloir y échapper peut conduire à la maladie, mais l’être singulier ne cède plus à la sensiblerie des événements, il est affecté dans les plans inférieurs et non dans les plans supérieurs. Dans ce que les anciens appelaient « la force d’âme », que l’on pourrait traduire aujourd’hui en « force morale ».

Cette dernière donne la force de nager à contre-courant des valeurs collectives. La cohérence avec le Soi étant plus forte que la volonté de satisfaire autrui et ses désirs sur ses propres actions.

Il est alors possible de vivre en harmonie avec le cosmos, de vivre une fraternité mystérieuse avec les animaux et les dieux, les cristaux et les astres. Peu sont nombreux à franchir cette étape, car « ce sentier est aussi étroit que le fil de la lame ».

Comment ça marche ?

Qu’est ce que le Tarot de Marseille ?

mode d’emploi du Tarot de Marseille

La pratique du Tarot est, dans une première lecture, hermétique ; il faut donc développer une relation de confiance envers celui qui nous tire les cartes. Pour cela, je vous invite à toujours vous renseignez avant de vous livrer à une consultation. Un tirage n’est pas un acte anodin, les mots sont puissants, et celui qui le fait doit en retour de votre confiance faire preuve de responsabilité.

Une vie ne suffit pas pour apprendre l’art de lire les cartes, chaque praticien se place dans une tradition, y ajoute sa part, rendant le Tarot toujours aussi vivant siècle après siècle. Les ouvrages d’apprentissages sont avant tout, des propositions de significations globales pour orienter son intuition et trouver ses propres traductions.

Le Tarot comme langage

Une fois adopté, le Tarot devient notre propre miroir, parlant un langage qui n’est connu que de soi. Le Tarot est visible, palpable, il est l’instrument d’incarnation des archétypes inconscients, sous forme de représentation archétypique. Son but est de révéler ce qui nous trouble inconsciemment pour le mener à la conscience et agir, il nous permet de nous unifier de son « moi » à son « soi ».

En psychologie psychanalytique, le « moi » est une entité emplie de représentations et d’opinions de la conscience collective, il est le mode par défaut de notre logiciel. Ce « moi » s’identifie à ses représentations et pour cela perd de son importance pratique, il est aspiré par les opinions et les tendances de la conscience collective, donnant naissance à l’homme de masse, qui devient victime d’un -isme quelconque. Difficile, à l’époque de la Modernité qui prône l’identification sans réserve de l’individu à « une vérité » unilatérale, et qui de ce fait arrête le développement spirituel. Ainsi, on passe de la connaissance à la conviction ; plus confortable certes, mais d’une certaine façon stérile, alors que le but est le développement spirituel, d’aller vers l’unité de soi, en soi et avec le monde. Comme l’illustre ce poème :

« Sois paisible pour connaître l’absolu.
Sois actif pour connaître l’extérieur.
Les deux surgissent de la même source,
Tout ce qui fait la vie est une totalité. »

Il est nécessaire de se reconnecter au vivant, de se souvenir de notre corps et de l’énergie qu’il a produit ces derniers jours et ces dernières nuits pour simplement nous maintenir en vie. Cette énergie n’est pas seulement corporelle, elle est aussi psychique. La psyché déploie son énergie au travers du mental et de nos interactions avec le monde extérieur « pour le changer ».

« Le changer » peut apparaître sémantiquement un peu fort, et pourtant, Jung, dans les racines de la conscience, illustre ce changement du monde par la bombe atomique. En faisant la comparaison entre la Nature, du point de vue de la physique, qui n’est pas en mesure de faire exploser des formules mathématiques créées par une pure activité psychique et de tuer ainsi 78 000 personnes d’un coup.

La psyché, elle, peut le faire, et l’a fait. La pensée mathématique (fonction psychique) met en ordres les atomes pour qu’ils éclatent ce qu’ils n’auraient pas eu l’idée de faire naturellement sous cette forme.

De ce fait, la psyché est une perturbatrice du cosmos (cosmos régit par des lois naturelles), elle est le pivot du monde. Ce qui importe c’est l’usage qu’on en fait, qui est conditionné par l’état mental du moment.

C’est justement cette psyché qui nous intéresse. La notion se rapproche, dans les civilisations orientales, du qi, l’énergie vitale qui anime le corps, et est donc de fait au cœur de pratiques centenaires tel le qi gong ou le shiatsu, ces deux disciplines partant de mouvements spécifiques guidant l’énergie dans le but d’harmoniser le corps.

J’indique à l’esprit, avec le Tarot, des mouvements spécifiques, par les images, pour harmoniser son énergie, son ombre et sa lumière, et aller ainsi vers l’unité.

Attention aux prophéties

J’attire l’attention sur un point : Le Tarot « révèle » ce qui va se passer si nous continuons le chemin énergétique choisi, en aucun cas il ne révèle l’Avenir.  

Savoir le futur présuppose que tout est écrit d’avance, il n’y aurait donc pas de libre arbitre et donc en définitive pas de responsabilités ; c’est donc la porte ouverte au n’importe quoi. Les véritables prophéties sont rares et dangereuses : telle n’est pas la leçon que JK Rowling insuffle dans sa saga Harry Potter ? Appliquer à la lettre une prophétie érigée en dogme nous conduit à devenir Voldemort, qui passe sa deuxième vie à chasser un enfant, au lieu de réaliser ses dessins originaux.

Contes de Fée et le flow, un chemin vers la spiritualité

Asseyez vous, j’ai une histoire à raconter !

Les croyances aux fées et aux esprits de la nature sont si anciennes qu’il parait démesurément orgueilleux pour un esprit extérieur de les voir ainsi condamnés aujourd’hui par l’esprit rationaliste et matérialiste de l’homme du XIX et XXème siècle. Cette condamnation est principalement la conséquence des subterfuges d’évincement et de diabolisation des mythologies païennes, mis en place par l’Eglise pour stabiliser son pouvoir politique au profit de sa propre spiritualité.

Aujourd’hui, la modernité évince au profit de la science toutes les formes de créatures magiques et irrationnelles, sans remplacer cela par une autre spiritualité. Il devient alors bien plus difficile de trouver ce qui donne un sens à la vie.

La pensée occidentale subit depuis lors un appauvrissement continu en symbole, ce qui pour Jung a un sens : « tout ce sur quoi l’homme ne pensait rien et qui s’est ainsi trouvé privé de connexion avec la conscience tandis qu’elle continuait à se développer, tout cela a été perdu ». « C’est pourquoi les dieux meurent de temps en temps, parce qu’on a subitement découvert qu’ils ne signifient rien, qu’ils sont des inutilités faites de la main de l’homme et taillées dans le bois ou la pierre. En réalité, l’homme a simplement découvert qu’il n’avait jusqu’alors rien pensé à ce sujet de ses images. Et quand il se met à réfléchir il le fait à l’aide de ce qu’il appelle la « raison » qui n’est au fond, rien d’autres que la somme de ses idées préconçues et de ses vues étroites »

L’Homme se retrouve habité alors par des reliquats de folklore et un déguisement de spiritualité orientale, refuge de ceux en mal de spiritualité (dont j’ai fait partie), sans comprendre que les dangers de cette décontextualisation culturelle et sociale l’éloignent d’autant plus de son intériorité. Jung précise qu’il « serait bien préférable de se résoudre à confesser l’indigence spirituelle de l’absence de symbole au lieu de s’arroger une richesse illusoire dont on n’est en aucun cas l’héritier légitime ».

L’Eglise, bien que toujours frileuse quant au petit peuple, malgré l’intégration des sylphes métamorphosés en anges, reste aujourd’hui la gardienne de la spiritualité judéo-chrétienne, avec sa part de magie et d’irrationnel.

A cela, j’ajoute les contes de fées. Issus d’une tradition orale perpétrée depuis des générations ancestrales, ils sont la transmission d’un matériau symbolique extrêmement riche, un enseignement spirituel offert à tous les enfants pour éveiller les hommes qu’ils deviendront. Chaque aventure donnant un prototype de mode d’emploi aux situations qu’ils rencontreront tout au long de leur vie, cela les encourage à cultiver des valeurs telles que la foi, le courage, la générosité et ainsi expérimenter la vie avec toute la force dont ils sont capables.

Bien que la moindre allusion un peu ésotérique sur le sujet semble être jugée instantanément comme de la fumisterie, la culture anglo-saxonne, qui est dominante, n’a jamais mis au banc « Le petit Peuple » (nom donné à toute les créatures magiques, comme les elfes, les fées, les gnomes…), en témoigne aujourd’hui les succès mondiaux des œuvres tels que Game of Thrones, le seigneur des anneaux, ou encore Harry Potter.

Cette vivacité témoigne de l’importance des fées et des différents esprits, car ils représentent le principe de la vie et de la créativité à l’état brut.

Pour mieux cerner ces deux dynamiques, et en particulier celle de la créativité à l’état brut, j’introduis ici une notion de psychologie positive. Cette branche de la discipline s’intéresse surtout à ce qui rend l’humain heureux, l’hypothèse prenant à contre-pied l’habituelle dynamique en étudiant non pas les psychopathologies mais les capacités de résilience de certains, pour trouver les moyens de développer ces qualités chez tout à un chacun.

Pour avoir personnellement expérimenté la créativité au travers de l’art, l’énergie de cette dernière à l’état brut m’a fait penser au « flow ».  Csikszentmihalyi, son auteur, le définit en 1975 comme « un état d’activation optimale dans lequel le sujet est complètement immergé dans l’activité. L’expérience trouve sa fin en elle-même ». Les indicateurs qui indiquent l’expérience sont :

  • Une perception d’un équilibre entre ses compétences personnelles et le défi à relever ;
  • Une centration de l’attention sur l’action en cours ; sens du contrôle, perte de conscience de soi
  • Des feedback clairs et instantanés ; clarté du but.
  • Des sensations de contrôle sur les actions réalisées et sur l’environnement ;
  • L’absence de stress, d’anxiété et d’ennui ainsi que la perception d’émotions positives (comme le bien-être, le plaisir).

La psychologie, encore une fois, est le langage moderne des anciennes idées, mais il me semble pertinent de bien décrire cet état que nous retrouvons parfois, pour nous guider vers un meilleur accomplissement de soi.

Dans les contes, les fées sont bien plus que les productrices d’un simple état psychologique : elles sont des appuis spirituels, elles ont un corps et une action dans les contes. Elles ne servent pas l’ambition, le pouvoir ou la richesse matérielle, elles nous aident à devenir nous-même.

Les fées sont les héroïnes des légendes et contes qui, reliés à la grande tradition originelle, forment une voie d’initiation, un savoir ésotérique puissant voilé par un propos enfantin pour nous être accessible dès le plus jeune âge, afin que s’ancrent des mécanismes qui nous seront utiles lors de nos futures traversées du désert (qui ne manqueront pas d’arriver).

En lien, je vous laisse découvrir des contes norvégiens, afin qu’inédits ils puissent vous transporter dans un monde merveilleux qui change de l’ordinaire.  

Sources :

Je m’appuie ici sur le livre d’Edouard Brasey « Enquête sur l’existence des fées et des esprits de la nature » paru en 1996, ce livre reprend ce qui était déjà formulé, dès les années 70, comme critique du monde rationaliste et de la tournure libérale que prenait le Monde, puis sur un article scientifique publié sur le site de base de données scientifique Cairn.fr : Le concept de « flow » ou « état psychologique optimal » : état de la question appliquée au sport Pascale Demontrond et Patrick Gaudreau Dans Staps 2008/1 (n° 79), pages 9 à 21.

Pour en savoir plus sur la créativité je vous invite à lire : La créativité de Mihaly Csikszentmihalyi, ed Robert Laffon, 2009.

Et enfin, un ouvrage référent pour moi : Jung, les racines de la conscience, ed Buchet/Chastel Paris 1971.

Intelligences multiples

Non pas une mais des intelligences

« Tout le monde ne voit pas les choses comme toi… »

Phrase oh combien agaçante à entendre lors d’une discussion musclée, et pourtant si pleine de bon sens.

Définition de l’intelligence :

L’intelligence est une notion très moderne qui ressort à toutes les sauces. Cependant, en s’attardant sur sa définition précise, la notion semble disparaître dans une nébuleuse de concepts qui s’entrelacent (la psychologie, la biologie, la philosophie, et même la chimie), en oubliant principalement que tout, y compris l’intelligence, s’ancre dans un contexte socio-culturel. Le « self made man » est un fantasme, une société est facteur d’énergie pour la réalisation de chacun de ses maillons. Un individu se définit dans un prisme de conformité sociale (adaptation d’un comportement vis-à-vis de la norme de son groupe social), puis construit son individualité en fonction des normes de sa société.

L’intelligence peut aussi prendre différents aspects que nous pouvons aussi retrouver dans la nature. Pour citer, Michael Roads, dans Talking with Nature, « Au yeux des hommes, le règne végétal est inférieur au règne de l’humanité ; cette croyance les empêche de prendre conscience du fait que l’humanité est une synthèse du règne minéral, du règne végétal et du règne animal. Ils croient que les plantes sont dépourvues d’émotions et d’intelligence consciente. Mais le fait qu’ils ne croient pas à l’existence de l’intelligence des animaux, des plantes et des roches n’empêche pas cette intelligence d’ETRE. »

Alors l’intelligence, qu’est-ce que c’est ? Au plus simple, le mode d’appréhension du réel d’un individu donné, qui s’inscrit dans une dimension innée (hérédité, facteurs sociaux facilitant (un enfant né dans une famille de musicien aura plus de facilité à faire de la musique) et d’acquis (l’utilisation de ses forces personnelles pour apprendre une nouvelle technique. Par exemple, avec passion et discipline, tout le monde peut apprendre à dessiner)). Il y a donc autant d’intelligence que d’individus aux modes de vie différents.   

Pascal Haudressy, Suspended, 2012 © Pascal Haudressy

Elle n’est donc pas un chiffre de QI. Souvent le sujet d’amalgame, le test de QI (Quotient Intellectuel) est un outil pour diagnostiquer un retard ou une avance mentale, principalement chez l’enfant.

Le nombre 100 est une valeur repère qui permet de rendre significatifs les opposés, c’est-à-dire, en dessous de 75 et au-dessus de 125. Entre les deux nombres est la norme. Toutefois, la mesure du QI se réfère principalement à une façon spécifique de « penser » : la plus valorisée dans notre société, c’est à dire l’intelligence logico-mathématique, et non tous les types d’intelligences possible, comme le propose pourtant Gardner en 1983 avec sa théorie des intelligences multiples, qui part du postulat de l’intelligence comme : « un potentiel biopsychologique ; c’est-à-dire que chaque membre de l’espèce a la potentialité d’exercer l’éventail des facultés intellectuelles propres à l’espèce. (Pour plus de renseignement je conseille son ouvrage : Gardner, Howard. Les intelligences multiples. Pour changer l’école : la prise en compte des différentes formes de l’intelligence. Paris, Retz, 1996)  

La psychologie est ici le langage moderne d’une réactualisation d’une perception humaine ancestrale des différentes façons d’appréhender le réel. Il n’est pas question ici d’un caractère, mais d’une façon de procéder mentalement, qui s’inscrit comme composante individuelle dans un tout. En d’autres mots : il s’agit de laisser toutes les expressions de vies s’exprimer de différentes façons au regard des multiples possibilités de forme de vie pour former un tout fonctionnel.

Attention toutefois, sont présentés ici des exemple « type » ; l’humain étant une créature hybride mélangeant avec plus ou moins d’intensité ses intelligences en fonction de ce qui est valorisé dans son expérience de vie et au sein de sa société. Je vous mets en téléchargement un questionnaire assez court afin que vous puissiez faire l’expérience, par vous-même, de l’intelligence la plus prégnante chez vous.

8 formes d’intelligences :

L’intelligence verbale / linguistique :

Utiliser le langage pour comprendre les autres et pour exprimer ce que l’on pense, les phrases sont claires et bien construites. C’est l’intelligence des sonorités.

L’intelligence musicale :

Le langage se fait rythme et mélodie.

L’intelligence kinesthésique :

Utiliser son corps ou une partie de son corps pour communiquer, mais aussi avoir une aisance pour les tâches faisant appel à la motricité fine, ou la compréhension instinctives des activités physiques.

L’intelligence visuo-spatiale :

Se représenter spatialement le monde dans son esprit, elle permet de penser en images harmonieuses.

L’intelligence logico-mathématique :

Le langage se fait chiffres, il s’agit ici de manier les chiffres au travers d’opérations mathématiques pour comprendre les phénomènes complexes grâce à ses capacités de logique, d’analyse, d’observation, pour résoudre des problèmes, analyser les causes et conséquences d’un fait, faire des hypothèses.  

L’intelligence intrapersonnelle :

Se comprendre soi-même, grâce à ses capacités d’introspection, voir ce que l’on est capable de faire, de constater ses limites et ses forces, d’identifier ses désirs, ses rêves et de comprendre ses réactions. C’est aussi la capacité d’aller chercher de l’aide en cas de besoin.

L’intelligence interpersonnelle : 

Résoudre des problèmes liés aux relations avec les autres, grâce aux capacités sociales permettant à l’individu d’agir et de réagir avec les autres de façon correcte, en constatant les différences de caractère, de nature, de motifs d’action entre les individus. Elle mène naturellement vers l’empathie, la coopération, et la tolérance.

L’intelligence naturaliste :

Le langage devient Nature : facilité à classifier, à discriminer, à reconnaître et utiliser ses connaissances sur l’environnement naturel, sur les animaux, sur les végétaux ou sur les minéraux.

Psychologie ?

Définition de la psychologie

La psychologie est une discipline scientifique enseignée en université qui étudie la psyché (ensemble des mécanismes conscients et inconscients qui forment la personnalité d’un individu). Elle étudie le rapport de l’individu face à ses semblables et son environnement, au travers de quatre angles principaux et complémentaires : l’angle clinique, l’angle social, l’angle du Développement et l’angle cognitif. Le programme s’enrichit par l’ouverture vers d’autres disciplines telles que l’ethnologie, la sociologie, ou bien encore la philosophie. Il y a aussi des options complémentaires et obligatoires que sont les statistiques, l’anglais et la biologie.

La lecture des grands auteurs ayant formé la psychologie est fortement conseillée pour comprendre l’essence de l’enseignement (Freud, Piaget, Lacan, Winnicott, Wallon, entres autres). Toutefois, l’enseignement tant à se diversifier en fonction des universités et certains auteurs sont plus valorisés que d’autres.

La littérature et l’art sont considérés comme des déversoirs à névrose, la création et le spirituel n’étant pas au cœur des thématiques étudiées. La discipline tient à être le plus scientifique possible et ne peut donc se permettre des ouvertures qui seraient certes très pertinente, mais qui donneraient en retour à ses détracteurs des armes supplémentaires.

Les enseignants-chercheurs, maîtres de conférences ou doctorants qui l’enseignent, ont pour principale mission sa sauvegarde et sa légitimation. En effet, acculé par bien des sciences « dures » pour son absence de résultats tangibles, elle a alors tendance à avoir un recours parfois excessif aux statistiques et aux neurosciences pour justifier ses résultats. Malgré ces avancées, les biais étant nombreux car le sujet délicat, elle peine à trouver sa place, passant en un battement de cil d’explication du monde à gourou.

Différentes formations pour différents types de psychologues :

Le métier de psychologue s’exerce après une formation universitaire de type master II basées sur une des quatre branches principales, ou sur une sous-branche, qui sont :  

  • Psychologue clinicien : étudie l’individu dans sa psyché individuelle, ses psychoses et ses névroses ; axé sur les techniques thérapeutiques cognitivo-comportementales courtes, qui se proposent de régler un trouble en peu de temps (environs 6 mois).
  • Psychologue clinicien psychanalytique : axé sur les techniques de psychanalyse : transfert, rêves, associations libres, sur les premières expériences fondatrices dans l’enfances. La cure par la parole permet de remonter aux origines d’un trouble pour pouvoir le soigner.
  • Psychologue social : étudie l’individu en groupe : les règles sociales : préjugés, stéréotypes, consommation, agro-alimentaire, formation de l’identité… cherche à expliquer et comprendre les mécanismes qui entrent en jeu lors d’un choix comportemental de l’individu face à la société.
  • Psychologue du développement de l’enfant : étudie les différents stades du développement psychique de l’enfant et de l’apprentissage (davantage fait pour repérer les retards mentaux).
  • Psychologue cognitiviste : étudie les processus mentaux à l’âge adulte : la créativité, l’apprentissage, la mémoire, l’intelligence… cherche à comprendre comment ces derniers fonctionnent, comment les améliorer, et comment détecter une anomalie.
  • Psychologue neuroscience : s’appuie sur la biologie via son étude des systèmes nerveux et endocriniens pour établir un lien avec le psycho-moteur, principalement pour mieux comprendre et traiter les maladies neuro-dégénératives ou bien l’autisme.
  • Psychologue du Travail : très souvent en entreprise, au service des ressources humaines : repense les relations au travail, les méthodes de recrutement et le bien-être au travail.
  • Psychologue du travail/Ergonome : adapte le poste de travail au travailleur et non le travailleur au poste de travail.
  • Psychologue de l’orientation : à l’aide de différents outils, cherche à trouver une adéquation entre le tempérament de l’individu et un emploi en fonction du marché du travail.

La mission principale d’un psychologue est de diagnostiquer. Il travaille le plus souvent pour des institutions afin d’apporter son expertise et aider à une prise de décision plus juste et adaptée. Il se doit de respecter un code déontologique : https://www.aepu.fr/index.php/la-deontologie/18-le-code-de-deontologie

Le psychologue clinicien s’appuie sur le DSM V, qui pourrait se rapprocher dans sa définition du VIDAL. Il permet de diagnostiquer les pathologies mentales rencontrées, il est mis à jour régulièrement en fonction des évolution sociétales et de la recherche scientifique.

Si un psychologue clinicien souhaite exercer en tant que soignant thérapeutique, il lui faudra impérativement avoir obtenu un diplôme universitaire d’une technique particulière dont il aura une connaissance académique.

Autres cursus de formation en psychologie

L’université forme, mais d’autres écoles aussi, avec chacune leurs particularités.

  • Psychanalyste : il peut avoir un master II en psychologie clinique orientation psychanalytique. Toutefois, il est préférable d’avoir fait une école de Psychanalyse, en fonction de la tradition dans laquelle il s’inscrit. Ici par exemple des écoles en fonction des trois grandes traditions : Freudienne : https://epsf.fr/ Lacanienne : http://ecole-lacanienne.net/ ; Jungienne : https://cgjungfrance.com/accueil/devenir-psychanalyste-jungien/ donnant aussi un grade de master II, mais dont la richesse des connaissances est incomparable. De plus, il faut impérativement avoir suivi une analyse psychanalytique pendant au minimum 8 ans.
  • Psychopraticien : se forme par une école (https://www.psycho-prat.fr/) pendant 5 ans, et obtient un grade de master II. Le cursus est beaucoup plus soutenu que l’universitaire et conduit directement à exercer en tant que thérapeute. Il sera ensuite un référent pour les élèves tout au long de sa carrière, cela lui permettant de se tenir informer des avancées du métier.  
  • Psychiatre : est un médecin qui a étudié la médecine pendant 8 ans et qui se spécialise en dernière année de médecine par un cursus de psychologie. Il est le seul à être habilité à délivrer des médicaments. 

Élargir ses connaissances psychologiques

La psychologie fait face ces dernières années à un engouement dû au dogme du développement personnel. Ce dernier visant en définitive à un renforcement de l’égo, il est donc parfois question de nuance et de fausse route quand il se propose en remplacement du développement spirituel, qui vise quant à lui à un abaissement de l’égo.  

Il est possible, comme je l’ai fait, d’étudier la discipline de la psychologie sans forcément finir psychologue. Cela permet l’acquisition d’une grille de lecture pour comprendre le monde, puis sur des bases solides, se constituer son propre point de vue, et reconnaître la valeur des auteurs sur lesquelles s’appuyer avec raison, comme je le fais avec Jung. Cela permet également de distinguer le marasme du développement personnel, et celui de la psychologie de comptoir.

Développer des qualités d’écoute et de compréhension est toujours utile pour tout rapport humain. Ces qualités, qui de priment abord ont une polarité féminine, sont souvent complémentaires dans des milieux qui de prime abord s’orientent plus vers polarités masculines.

Pyramide de Maslow et connaissance de soi

Comment comprendre la pyramide de Maslow en la réactualisant ?

«Il y a plus de deux mille ans,
Platon concluait déjà que la tâche
la plus difficile consiste à se
connaître soi-même. Cette vérité
doit être continuellement
redécouverte; ses implications sont
loin d’avoir été pleinement
réalisées.»
Edward Twitchell Hall (1914 -2009)

La pyramide de Maslow : définition par la psychologie sociale :

La psychologie, telle que nous la connaissons et telle qu’elle est enseignée, est très imprégnée d’une pensée pragmatique nous venant des Etats-Unis. Sa naissance contemporaine remonte à la fin de la seconde guerre mondiale, et elle connut son apogée dans les années 60.

La pensée pragmatique inhérente à la psychologie se présente comme une solution plus rapide et efficace que l’ancienne psychanalyse, cette dernière étant à l’époque présentée comme source principale du soin psychique. Le nouvel avantage de la psychologie réside dans une immédiateté de la guérison des symptômes ; toutefois, ne pas guérir le mal à la racine tend à le voir réapparaître parfois plus fortement encore que le trouble qui fut soigné en tout premier lieu.

La pensée d’Abraham Maslow (1908-1970) est à l’image de la psychologie contemporaine. Psychologue américain renommé, il développa une théorie de la motivation en hiérarchisant les besoins humains sous la forme d’une pyramide : dans celle-ci, la réalisation de chaque étage est primordiale pour passer à l‘étage supérieur.

Aujourd’hui, cette pyramide est vivement critiquée, notamment sur son manque de représentation des subtilités formant la complexité de la pensée humaine : différences entre besoins et désirs, importance de la culture…

De plus, son utilisation a franchi les limites du soin psychique pour être utilisé dans les théories de management, car elle permet de façon simple, et sans nécessairement un bagage psychologique, de déterminer un cadre mercantile où positionner l’homme :  mieux connaître les besoins pour y répondre permet de vendre la nécessité.

Maslow lui-même éprouve les limites de son modèle vers la fin de sa vie, en y ajoutant une étape de plus : la transcendance, la recherche spirituelle.

Les besoins de la pyramide sont :

Besoins physiologiques : manger, boire, dormir

Besoins de sécurité : dormir sous un toit, avoir un toit, avoir des ressources financières et affectives.

Besoin d’appartenance : groupe social, ethnie, qui suis-je socialement ? Qui sont mes pairs ?

Besoins d’estime : je vaux quelque chose pour mes pairs, je suis admis et estimé par mon groupe.  

Besoins d’accomplissement : je fais quelque chose d’utile pour mes pairs.

Bonus : Besoins de transcendance : je cherche Dieu.

La connaissance de soi :

Ce dernier besoin pointe ici la connaissance de soi, qui nécessite une certaine stabilité psychique : il est en effet difficile de faire face à soi sans céder au chant des sirènes de la valorisation sociale.

Cette lucidité objective au possible, juge et parti, permet de se sentir authentique dans sa propre vie, et d’ainsi faire des choix qui nous correspondent véritablement, réduisant de fait l’anxiété due au décalage entre ses aspirations profondes et les aspirations sociétales. Ainsi, nous entrons dans ce que Jung appelle le processus d’individuation (sujet d’un prochain article).

La connaissance de soi trouve des appuis spirituels dans la culture occidentale, qui est une lecture gnostique de la Bible (pour rappel, la Gnose est une philosophie qui conçoit que par la connaissance arrive le divin). Cette quête du divin au travers de l’étude des textes sacrés ne se trouve pas être une des formes du prosélytisme chrétien, mais plus une proposition différente au spirituel, permettant de trouver des réponses sur le sens, et de contrer ainsi le danger d’un individualisme chaotique,

Jung fait un rapprochement entre l’effondrement du christianisme et l’effondrement du monde romain : la désorientation spirituelle faisant suite au déclin du paradigme, dans chacun des cas, conduisit l’Autorité à lutter à la fois contre ses ennemis déclarés, et contre la redondance de pensées irrationnelles (pensées magiques) au sein de sa population, qu’elle avait pourtant elle-même prodigué dans ses débuts. Dans les deux situations, il a donc fallu valoriser le rationalisme de l’esprit humain pour se maintenir. Dans le cas de l’effondrement du christianisme, cette dynamique nous a conduit à une rationalisation extrême, autant de la raison que de l’intellect, détruisant de fait toute porte de sortie vers l’irrationnel, et conduisant en guise de finalité à une croyance aveugle dans le scientisme. Paradoxalement, c’est en redécouvrant les textes sacrés de notre tradition chrétienne avec le prisme de la psychologie que nous pouvons y puiser une ressource nouvelle pour le spirituel.