qu’est ce que le libre arbitre ?

Libre arbitre de l’homme ?

Au détour d’une conversation, d’une vidéo, d’un film, à la fin d’une affirmation nous rappelant combien nous devons suivre les conseils avisés ou faire ce qui nous est demandé, il y souvent l’ajout de la phrase « faites ce que vous voulez, vous êtes libre ! », presque comme une ponctuation naturelle, comme une caution à des dires qui pourraient apparaître contradictoires.

Lorsqu’il est par exemple sujet d’astrologie, j’entends beaucoup ce « vous êtes libre ». On m’assure toujours que peu importe ce que disent les étoiles, de toute manière, mon libre-arbitre est toujours à l’arrivée le vecteur décisionnaire. Or, c’est à la fois oublier un peu vite et reconnaître indirectement que notre analyse des choix qui nous sont proposés se base sur notre éthique personnelle, elle-même déterminée en amont par notre personnalité et notre parcours de vie, auxquelles les étoiles ne semblent pas étrangères : on arrive donc très vite à la question de l’œuf ou de la poule. A l’instant T, j’ai effectivement une multitude de choix possibles, mais en définitive, ma décision finale découlera d’un processus mental que je serais bien en peine de remonter à la source, de justifier objectivement, rationnellement. Dans ces conditions, suis-je libre ? Les philosophes s’étant cassés les dents sur cette question, je ne risquerais donc pas les miennes, déjà bien amochées, à un avis tranché, et vous laisse vous faire votre propre opinion sur les réflexions développées ci-dessous.

Dédale et Icare

Libre arbitre vs déterminisme

« Libre arbitre ». Cette expression m’évoque l’image d’un arbitre sportif qui sifflerait dès lors que je dépasserais les limites du terrain, les bornes de la « liberté », tel un chien de berger signifiant, par de menus aboiements, à une brebis aventureuse l’inanité de ses velléités exploratrices.

Mais ce « libre arbitre », j’en entends parler depuis beaucoup plus longtemps, dès mes études de psychologie notamment. En 2012, à la fac, j’écoutais mon professeur de psychologie sociale disserter, quand fut prononcé le verdict fatal : le libre arbitre n’existe pas, emballer c’est peser, au revoir mesdames et messieurs !  

La psychologie étant assez déterministe, ce qui n’est pas mon cas, ce jour-là, j’ai su qu’elle et moi avions besoin d’une pause, ce désaccord théorique nuisant fortement à notre entente.

Que dit précisément la psychologie du libre arbitre ?

« La croyance en l’existence du libre arbitre est liée au sentiment d’être en mesure d’exercer un certain contrôle sur son comportement ». Cette définition de la croyance au libre arbitre reflète la manière dont celle-ci émerge d’une interaction complexe entre l’individu et son milieu écologique. De récents travaux en psychologie sociale et neurosciences semblent montrer que cette croyance est illusoire et manipulable. »

Pour les curieux la suite de l’article : ici

Avant de nous affoler par des dires aussi péremptoires, essayons de nuancer.

Je pense que l’on sous-estime beaucoup l’impact de nos conditionnements qui tendent à une certaine solidité intérieure de la société, mais aussi à la solidité de chaque individu confronté à cette même société.

Que sont précisément ces conditionnements sociaux ?

Dans une logique d’économie d’énergie, nous avons tendance à faire des raccourcis, c’est-à-dire prendre des décisions, non pas mus par une réflexion adaptée aux circonstances présentes, mais par des processus automatiques et inconscients, qui firent preuves d’efficacité par le passé et qui depuis sont plus ou moins stables.

A tout conditionnement se produit un comportement automatique :  il y a « un stimulus », c’est-à-dire un agent externe ou interne opérant avec soudaineté, et capable de provoquer une réponse, ou bien un « réflexe », c’est-à-dire une réaction automatique et immédiate.

Les conditionnements sont partout, de la langue que nous parlons (nous utilisons souvent les mêmes mots, reliés aux mêmes émotions, et finalement nous ruminons le tout ensemble) aux pensées héritées de notre éducation, de nos expériences, donc tout ce que nous faisons sans la longue élaboration d’une décision.

Un « conditionnement social » pousse l’individu à contrôler ses pulsions et à codifier son comportement. La société conditionne « l’espace mental » de l’enfant pour qu’il ait des réflexes et des automatismes autorisés par la société dans laquelle il vit.

Sans ces décisions rapides, nous passerions la journée à tester le café, puis le thé avant de revenir au café, sans pouvoir prononcer la moindre parole. Nous serions incapables de conduire, de cuisiner… En cas de danger ou plus simplement, pour une vie en vitesse de lecture normale, nous avons besoin de nos conditionnements pour participer sans « s’écrouler » à la vie sociale dont nous avons un fort besoin.

Ces conditionnements peuvent prendre l’apparence de comportements donnés en fonction de nos identités sociales et collectives.

Je reprendrai rapidement une formulation de Jung, quant à la société à qui on confie le soin de se laisser différencier par elle, alors que c’est la tâche de l’individu de se tenir sur ses pieds et de se différencier des autres. Toutes les identités collectives, quelles qu’elles soient (organisation, religion en isme…) sont des béquilles pour les paralytiques, des boucliers pour les anxieux, des canapés pour les paresseux, des pouponnières pour les irresponsables, mais tout autant des auberges pour les pauvres et les faibles, un havre protecteur pour qui ont fait naufrage, le sein d’une famille pour les orphelins, un but glorieux et ardemment escompté pour ceux qui ont erré et qui sont déçus, elles sont une terre promise pour les pèlerins harassés, un troupeau, une clôture sûre pour brebis égarées,  et elles sont une mère, qui signifie nourriture et croissance.

Faisons preuves de compassion à l’égards de ceux-là, car il serait erroné de considérer cette façon de faire comme un obstacle, car cela représente la seule possibilité d’existence de l’individu qui, aujourd’hui plus que jamais, se retrouve menacé d’anonymat. Cette appartenance à une organisation collective est si importante à notre époque qu’avec un certain droit elle paraît à beaucoup être un but définitif, tandis que toute tentative de suggérer à l’homme l’éventualité d’un pas de plus sur la voie de l’autonomie personnelle est considérée comme présomption ou défi prométhéen, comme phantasme ou comme impossibilité. 

Nous sommes des êtres complexes et contradictoires, la recherche d’équilibre est donc primordiale entre nos besoins et nos aspirations. Nous avons besoins de nos conditionnements pour interagir, mais aussi un besoin vital de nous différencier.

Nous changeons à tout instant les conditionnements arrivés à date de péremption. Par exemple, quand nous déménageons, nous créons de nouveaux itinéraires et oublions les anciens. Quand la nécessité l’impose, nous agissons, nous pourrions dire, presque par réflexe. 

Un destin responsable

Dans une certaine mesure, à tout instant nous sommes libres, libres de choisir de prendre conscience, de changer un conditionnement. Toutefois il y a des conséquences et donc il faut être responsable : prendre l’audace de sa vie en main.

La responsabilité est pour moi le mot clef du libre arbitre. C’est en faisant nos choix en conscience de leurs conséquences, nous procurant ainsi une maturité à les assumer, que cela nous pousse à exercer notre libre arbitre. La liberté est une notion qui demande de l’entrainement, ce n’est pas une valeur innée, elle est acquise et se détaille à toute instant. Elle se vit avec les autres, par une responsabilité accrue de chacun.

Il serait en effet, « trop facile » de remettre à des causes extérieures son destin : cela entraînerait un dépérissement de notre identité profonde, et nous conduirait à la dépendance psychologique, soit par la peur, soit par la démission ; car cela revient à se décharger de sa responsabilité sur une entité extérieure à soi.

Il importe de rester son propre capitaine, responsable de sa vie, pour garder ouverte une porte vers l’espoir, qui aide à avoir plus de courage.

Je me permets d’apporter une nuance au terme de l’espoir : quand celui-ci est un refuge qui dispense d’agir, il est inutile. Croiser les bras et soupirer « j’espère » ne vaut ni un « faire », ni une prière.

Toutefois, quand il est moteur d’action, quand il permet d’échapper à la résignation, quand il accepte le désespoir et cesse de lutter contre lui, alors l’espoir s’étire et change de rime : il devient l’espérance.

Je ne verrais donc pas du déterminisme dans la psychologie et l’astrologie, car cela ne rend pas justice à l’élégance de ces disciplines. La psychologie souligne la complexité et la richesse de la vie intérieure de l’homme, lui rendant ses lettres de noblesse par la beauté de sa conscience, et l’astrologie nous enseigne la signification des instants et des cycles tels qu’ils sont vécus ou vont être vécus. L’astrologie dévoile la nature d’instants particuliers, et de cycles plus vastes imbriqués en eux.

Pour conclure, je tiens à apporter une nuance qui me semble importante : il est important de prendre de la distance et de ne pas appliquer des raisonnements intellectuels, spirituels, dans une vision par trop tangible. C’est-à-dire, de ne pas s’en remettre à une croyance aveugle en une idée de toute puissance extérieure, sans toutefois ne pas tomber dans le self made man, et nier l’influence des facteurs extérieurs qu’on ne peut contrôler. C’est pourquoi le libre arbitre, permettant de toucher un point d’équilibre entre ces deux tendances, c’est-à-dire une responsabilité de ses actes dans l’instant de la vie, me paraît être une façon de vivre plus indépendante vers une individualité plus marquée.

Sorcière qui es-tu ?

Si je lis le Tarot en regardant les étoiles, buvant ma tisane aux herbes, suis-je une sorcière ?

Dans la culture populaire, le parcours de sorcière est un combat féministe. Si je ne fais pas la sorcière, je ne suis pas féministe. Suis-je obligée d’être une sorcière pour être féministe ? Une féministe est-elle une sorcière ?

En quelques années, la sorcellerie est devenue une pratique spirituelle, un acte de résistance politique, une mode, puis un business rentable, véritable « filon commercial » comme le décrit Mona Chollet dans Sorcières. « Avec son insistance sur la pensée positive et ses invitations à “découvrir sa déesse intérieure”, la vogue de la sorcellerie forme aussi un sous-genre à part entière dans le développement personnel ».

Cette mode connaît aujourd’hui un essor sans précédent sur Internet, Instagram en tête. En témoignent les hashtags #witchesofinstagram (plus de 6 millions de publications), #witch ou encore #witchy (respectivement 14 millions et 3 millions d’occurrences).

Sur internet, le Witch Casket, un abonnement de boite mensuelle (environ 40 euros), propose d’envoyer régulièrement le nécessaire pour se faire son propre petit kit de sorcière domestique, tout cela saupoudré d’une légère dose de véganisme. Ce kit est notamment plébiscité par une communauté de « sorcières-youtubeuses », qui dévoilent chaque mois face caméra le contenu de ces fameuses boites. Les produits-phares sont les cristaux, l’encens et les herbes. La clientèle cible est la jeune femme entre 18 et 30 ans. 

Nous pouvons aussi noter Etsy, la plateforme de vente en ligne d’objets faits-main ou vintage. La recherche du mot-clé « sorcellerie » fait ainsi remonter plus de 160 000 occurrences.

Sorcière d’où vient tu ?

La figure de la sorcière ressurgit dans la culture par une réminiscence régulière (et magique ?) tous les 20 ans (pensons aux séries comme Sabrina des années 90, remises au gout du jour). Je me suis appuyée sur deux auteurs, Markale « les mystères de la sorcellerie » et Freud « Totem et Tabou », pour l’étudier.

Qu’est-ce que la sorcellerie ?

La sorcellerie est une tentative de s’approprier en tant qu’humain des pouvoirs sensés appartenir à des entités invisibles, ombres symboliques renvoyant à l’énergie cosmique vitale qui anime les êtres et les choses.

Définition de la Sorcière

Dans la langue française, la sorcière est une humaine qui cherche à connaître le sort des individus qui l’entourent et qui, le cas échéant, prétend le modifier par ses sortilèges et envoûtements. Elle influe de la sorte les êtres humains, les animaux, les lieux eux-mêmes, voire de simples objets qui, alors, servent d’intermédiaires et de « charges », ces fameux « voults » dont la tradition populaire est si riche d’exemples variés, allant de la plume « travaillée » dispersée dans un oreiller à la poupée de cire percée d’épingles, le tout pour le plus grand malheur de la personne visée, et le plus grand bénéfice des commanditaires de l’opération.

Au contraire de la fée, déesse ravalée au rang d’humaine mais ayant gardé des caractéristiques divines, la sorcière n’est qu’une femme, mortelle, qui tend à s’emparer des pouvoir jadis dévolus à la divinité.

Et l’on a peut-être raison de représenter, très souvent, la sorcière comme une vieille femme laide et repoussante, alors que la fée est magnifiée, parée de vêtements étincelants, et bien entendu radieuse et très belle. Ces symboles, bien qu’habituels, n’en demeurent pas moins important dans l’imaginaire collectif. Ainsi, celle qui défie les lois du divin se voit contraint de payer dans ses chairs la cupidité d’un pouvoir réservé normalement à une entité non-humaine.

Également, on pourrait supposer que cette déformation du corps est une nécessité pour atteindre des états de conscience différents, pensons aux Chamanes qui se détruisent la santé par l’usage de drogues, ou aux saintes qui torturent leur corps dans le vivant pour se magnifier dans la mort.

De plus, la sorcellerie ne peut être l’activité isolée d’un individu, c’est un phénomène purement collectif, et le Sorcier ne peut avoir d’existence en dehors de la société à laquelle il appartient, même de façon secrète et marginale, car il fait ses sorts pour ceux qui viennent lui quémander.

La différence entre la Magie et la Sorcellerie

La Magie est un authentique système philosophique concernant la causalité et la finalité de l’univers, tandis que la sorcellerie n’est qu’un ensemble de pratiques soi-disant efficaces, mais limitées à des buts immédiats, sans aucune référence à un ordre cosmique.

Si le magicien s’efforce de comprendre et d’expliquer l’univers pour influer sur lui, le Sorcier se borne à utiliser des forces invisibles, en lui ou en dehors de lui, afin d’aboutir à un résultat précis, généralement très matériel.

Certes, la Sorcellerie est constituée, comme la Magie, de nombreux rituels, souvent caricaturaux (formules répétées systématiquement, breuvages ou pommades relevant davantage de la médecine populaire que du « supranormal »), mais comme la magie se décompose en « magie blanche » (bénéfique) et en « magie noire » (maléfique), la frontière entre les deux disciplines est souvent imprécise, tandis que la Sorcellerie se veut exclusivement maléfique. Les gentilles sorcières, comme les gentils vampires, n’existent que dans notre culture contemporaine anachronique.

Les Sorciers ne seraient-ils pas des Magiciens dégénérés, ou n’ayant point franchi toutes les étapes d’une initiation intégrale nécessaire ?

Pensons à Harry Potter, dont l’initiation se fait à travers une éducation pour maitriser ses pouvoirs, et où la répétition des sorts s’apparente beaucoup à une technique. Dans cet univers, Dumbledore n’est-il pas considéré comme le plus grand mage de tous les temps ? Voldemort, restant un sorcier, est marginalisé, alors que Dumbledore occupe un poste prestigieux, qui lui permet d’exercer une véritable influence sur le monde par l’éducation ?

Au-delà de la fiction, comme ancrer dans notre temporalité cette composante mystérieuse ?

La voyante est-elle une sorcière ou une magicienne ?

Le médium (ou le clairvoyant), en abolissant le temps, en pénétrant dans le domaine du surnaturel, voire de la Mystique Religieuse, atteignent franchement l’irrationnel, tout au moins ce qui ne s’explique pas par une logique conventionnelle. Pénétrer le passé pré-utérin d’un individu, comme le prétendent les médiums, est un acte irrationnel au regard du réalisme dans lequel se sont construites les sociétés humaines dites civilisées. Il en est de même pour les prophètes qui, si on les croit, sillonnent en tous sens un temps linéaire ayant un début et une fin. Mais l’expérience des clairvoyants, des médiums et des prophètes est strictement individuelle et n’obéit à aucune règle fixée d’avance, à aucun rituel particulier, à aucun dogme préétabli, contrairement à ce qui se passe pour la Magie et la Sorcellerie, quand les gestes et les paroles deviennent contraignant.

Comment marche la Magie ?

Il me semble utile, pour comprendre les origines de la magie, de faire appel à un texte de Freud sur l’animisme. Le principe qui régit la magie, la technique du mode de pensée animiste, est celui de la toute-puissance des idées.

De tous les systèmes, l’animisme est peut-être le plus logique et le plus complet, celui qui explique l’essence du monde, sans rien laisser dans l’ombre. Or, cette première conception du monde par l’humanité est une théorie psychologique.

Qu’est-ce que l’animisme ?

L’animisme est la théorie des représentations concernant l’âme ; au sens large du terme, la théorie des êtres spirituels en général.

Ces représentations sont les produits psychologiques nécessaire à la conscience créatrice des mythes. L’animisme primitif doit être considéré comme l’expression spirituelle de l’état naturel de l’humanité, dans la mesure ou cet état est accessible à notre observation.

L’animisme est un système intellectuel qui permet de concevoir le monde comme un vaste ensemble à partir d’un point donné. L’humanité aurait, au cours des temps, connu successivement trois systèmes intellectuels, trois grandes conceptions du monde : conception animiste (mythologique), conception religieuse et conception scientifique.

Nous avons recours en l’animisme, qui est un système bien plus ancré et solide que ceux qui lui ont succédés (à savoir la religion et la science), quand nous doutons. Ce qui nous laisse une certaine plasticité, une souplesse. Être un roseau en cas de tempête car les certitudes sont parfois plus nocives que le doute. Ce n’est pas l’hésitation, l’incertitude, l’indécision, qui conduit à la folie, c’est de trop savoir, ou de trop croire qu’on sait, d’être sûr de savoir au point de ne plus douter du tout…
Bref, comme le dit Nietzsche, ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou.

Dans « Le Gai Savoir », Nietzsche parle des « dangereux peut-être » qui constituent le moteur de la recherche philosophique. Précisément parce que l’incertitude ou l’absence de réponse rend fou l’animal humain. Il faut combler cette ignorance, et ce que dit Nietzsche, c’est que la connaissance est une conséquence de la protection : le premier moteur de la connaissance c’est la crainte (de ne pas savoir, du lendemain…). On veut connaître parce qu’on a peur.

Le deuxième est celui de la volonté de maîtrise. Connaître, c’est s’approprier le monde de telle sorte que nous ayons un rapport viable au monde.

Cette viabilité passe par des falsifications qui font que notre point de vue sur le monde est toujours utilitariste, jusqu’à la logique, jusqu’aux sciences. Il y va de la survie psychique, l’homme est un animal inquiet de son destin, et la religion est l’exemple même d’une vérité destinée à apaiser la crainte.            

La Magie, la Voyance et l’Art ?

Le seul lien entre clairvoyance, médiumnité et prophétisme paraît être l’irrationnel : comme la poésie, la peinture, ou la musique, cela se sent, mais ne s’explique pas, et l’expérience individuelle ne peut en aucun cas, même au prix des pires méthodes inductives, devenir une expérience collective. Or, les sorciers et les Sorcières, appliquant une tradition recueillie et transmise, font œuvre commune, réduisant du même coup leur discipline à une véritable technologie acquise au cours d’une initiation, c’est-à-dire d’un apprentissage analogue à celui de tous les métiers passés, présents et à venir.

Le médium se rapproche de l’artiste, car ces deux disciplines poussées très loin dans l’expérience, transcendent les frontières du quotidien, donnant à l’homme une vision libérée de sa vie, loin des contraintes, comme le temps, comme le sens, qui forgent l’état de l’homme.

L’Art est le seul domaine ou la toute-puissance des idées se soit maintenue jusqu’à nos jours. Dans l’art seulement, il arrive encore qu’un homme, tourmenté par des désirs, fasse quelque chose qui ressemble à une satisfaction. Grâce à l’illusion artistique (c’est-à-dire que pour un temps donné, il « échappe » à sa condition, comme dans un rêve éveillé où tout devient possible), ce jeu produit les mêmes effets affectifs que s’il s’agissait de quelque chose de réel. C’est pour cela que l’on parle de magie de l’art.

Ce que nous projetons dans la réalité extérieure ne peut guère être autre chose que la connaissance que nous avons qu’à côté d’un état dans lequel la chose est perçue par les sens et par la conscience, il existe un autre état dans lequel cette même chose n’est que latente, tout en pouvant redevenir présente. Autrement dit, nous projetons notre connaissance de la perception et du souvenir où, pour nous exprimer d’une manière plus générale, notre connaissance de l’existence de processus psychique inconscient se trouve à côté de processus conscients.

On pourrait dire que l’esprit d’une personne ou d’une chose se réduit en dernière analyse à la propriété que possède cette personne ou cette chose d’être l’objet d’un souvenir ou d’une représentation, lorsqu’elle échappe à la perception directe.

L’âme animiste réunit plutôt les propriétés du conscient et de l’inconscient. Sa fluidité et sa mobilité, le pouvoir qu’elle possède d’abandonner le corps et de prendre possession, d’une façon permanente ou passagère, d’un autre corps, sont autant de caractères qui rappellent ceux de la conscience. Toutefois, la façon dont elle se tient dissimulée derrière les manifestations de la personnalité fait songer à l’inconscient ; aujourd’hui encore, nous n’attribuons pas l’immuabilité et l’indestructibilité aux processus inconscients, que nous considérons pourtant comme de véritables porteurs de l’activité psychique.  

Conclusion :

Je trouve qu’il est douteux d’associer la sorcière au combat féministe, transformer en « gentille » la sorcière revient à une inversion des valeurs. Une femme qui s’émancipe doit donc être « démoniaque et laide » ? Ou peut-être n’est-il pas besoin de véritablement sacrifier son apparence, la magie fait de la magie en elle-même, il n’y a donc pas de travail à fournir ?

Quand on ambitionne quelque chose d’aussi grand que maîtriser des natures non-humaines, il y a un prix à payer, comme dans toute quête. Cela ne laisse pas indifférent, l’esprit est reflété dans le corps.

Je ne suis personnellement pas prête à renoncer à mon rouge à lèvre et mes robes hautes en couleurs afin de convenir à une image plus « féministe ». Je ne suis pas chaman ou sainte, je ne suis pas intégrée dans la société par ce rôle-là. Mes transformations sont invisibles car mentales. Dans une société aussi demandeuse d’une réponse intellectuelle mais aussi poussée sur le plan sanitaire, il me semble que la définition de la magie devient un processus invisible.

Je m’identifie alors à la figure du mage, car ce qui m’importe avant tout est une compréhension de l’univers, une quête de savoir qui doit trouver sa place dans la société.

Dans la modernité, le sorcier serait l’ingénieur qui nous impressionne par ses prouesses, mais le mage serait le scientifique ou l’artiste, sans cesse à la recherche d’un futur qu’il explique au présent.

Alors, pour répondre à mes questions d’introduction, si être féministe équivaut à être une sorcière, alors je ne suis pas féministe. Je ne suis pas dans la suprématie des femmes sur les hommes, car c’est faire l’inverse exacte d’une réalité subie, et cela mène dans le mur.

Je suis une mage « I » sienne, féminine dans la recherche d’un équilibre des polarités masculine et féminine. Je cherche à faire un enchantement du monde, de l’Homme en qui je crois.