John Baldessari – l’appropriation en Art


Il est difficile de faire une présentation exhaustive de John Baldessari, c’est pourquoi j’ai choisi de parler, par son exemple de l’appropriation en art :

Quelle est la différence entre référence, appropriation et vol ?

C’est trois idées se côtoient pour donner vie à la création. En Art, on se positionne toujours dans la ligne chronologique : Qui a fait naître l’idée ? Qu’a-t-elle déclenché en nous ? Qu’en faisons-nous ?  

Quand je prends un pinceau, je me place dans la ligne des peintres, le choix de mon motif et même de ma technique dépendra de ceux dont j’ai étudié l’œuvre et qui ont réussi, par-delà la mort, à toucher les profondeurs de mon être pour y déclencher une action en lien avec mon expérience de vie. 

SI référence est un point de départ, la question est simple : Qui est ton maître ?

La référence peut rester là, sans aller plus loin que ce rappel, indiquant qu’une chaîne d’individus nous a précédé, en rendant vivant une nouvelle fois une œuvre qui nous a marqués. Cela permet da le transmettre à un autre, dire « cette idée vaut le coup d’être entendu une deuxième fois. »

De loin on dirait du vol, de près on y voit un affinement de l’idée par le prisme d’un autre être vivant.

Voler pour voler, sans toucher à l’œuvre, est malhonnête, déposséder quelqu’un de son bien a quelque chose de l’ordre de la violence et de la rupture de la confiance envers le genre humain. Nous pourrions dire que c’est une leçon difficile du lâcher prise, car elle oblige à faire le deuil et nous rend à notre propre mortalité. A notre mort aussi, des voleurs prendrons nos objets, le temps emporte avec lui nos pensées.

Que faire pour inscrire, pour planter un drapeau sur le sol lunaire de la temporalité ?

S’inspirer ! Inspirer c’est prendre de l’oxygène qui est déjà là, le prendre pour ces bons nutriments et la rejeter en dioxyde de carbone, pour qu’il soit assimilé par les plantes et transformé à nouveau en oxygène, s’inscrivant ainsi dans le cycle du vivant.

S’approprier, c’est continuer le fil de la pensée de l’auteur, attraper le reste de l’étoile filante, continuer sur le sentier de la beauté et le voir à travers ses propres lunettes.

Un travail d’héritage, qui permet de « faire » sous l’aile protectrice d’un mentor, pour devenir à notre tour un mentor.

L’appropriation permet de côtoyer le JE, d’aller au-delà de l’admiration pour le maitre, et de révéler une part qui émerge de la pénombre.

John Baldessari

John Baldessari est pour moi un des exemples de l’appropriation. Californien, décédé en 2020, il est l’un des artistes les plus influents de sa génération. Véritable pionnier de l’art conceptuel dans les années 1960, alliant à la fois texte, peinture et photographie.

Passant tout d’abord par la peinture, il a ensuite tourné son attention vers la photographie en incorporant souvent des images de films et des matériaux récupérés à partir desquels il créé ses célèbres “tableaux de photographies”.

Son intérêt prononcé pour le langage, écrit et visuel, a été à la source de son art et de son enseignement, à travers lesquels, depuis plus de trente ans, il a nourri et influencé des générations d’artistes dont, entre autres, Cindy Sherman, David Salle, et Barbara Kruger.

S’approprier c’est alors créer de nouveau, peaufiner une idée, rajouter, perfectionner, une des étapes qui nous conduirons vers une création aux références de plus en plus invisibles tant elles seront plus fines que l’épaisseur d’un cheveu.

La création commence par la référence, se continue par l’appropriation avant d’éclore sur son idée maîtresse.

J’encourage à s’approprier les images et les textes, à les détourner pour en découvrir le cœur de l’interrogation, la petite étincelle qui nourrira des grands feux.

Je vous invite à en savoir plus sur l’appropriation en Art sur cet article :

http://rhizomesonore.free.fr/contents/les-appropriations-dans-l-art.html

Voyant versus Médium : une explication artistique de la voyance. PARTIE 1

Vers une humanité réenchantée

Je vous propose de regarder d’un œil neuf, sans tomber dans un hermétisme mystique, les « médiums » et les « voyants : (clairvoyance, clair audience…) » à l’aube de la post-industrialisation.

La post-industrialisation, comme son nom l’indique, implique un monde après l’industrialisation, que nous imaginons en nous projetant dans une époque au-delà de la modernité, construisant au présent un avenir en regardant devant nous et non pas derrière nous.

Je suis sceptique quant à une marche du monde qui continue vers le libéralisme, s’engonçant dans la poursuite d’un monde désenchanté. Nous traversons différentes crises qui nous montrent un système à bout de souffle dont les valeurs sont dépassées. L’histoire de l’Homme sédentarisé s’étend sur 10 000 ans : au regard de l’âge planétaire, c’est peu. Nous pensons toujours être à la pointe du progrès, mais nous ne savons en réalité rien de l’évolution de l’humanité.

L’Homme se métamorphosera, comme il l’a toujours fait depuis l’apparition des premières formes humanoïdes il y a trois millions d’années, en fonction des aléas de la vie terrestre. Nous avons la même constitution que l’homme de Cro-Magnon. Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite, et soigner ce que nous avons à explorer au-dedans avant de se précipiter au dehors. Nous ne savons pas tout du mystérieux, de l’origine des choses, et je pense qu’il ne faut pas renier cette ignorance, mais l’embrasser.

Ce que je propose au travers de ce blog va bien au-delà de la simple voyance par un tirage de cartes ou des prévisions astrales. J’espère aller vers une humanité réenchantée, et non rester désenchantée. Je mets mon savoir et ma pensée intellectuelle au service d’une dimension qui se base sur l’intuitif pour la valoriser et l’ancrer dans le tangible.

Magritte : La clairvoyance 1936

Pour expliciter la voyance et son fonctionnement, je suis partie de cette question simple : quelle est la différence entre un médium et un (clair)voyant ?

En déplaçant sous le prisme de l’art la sémantique du mot « médium » pour mieux saisir sa signification, j’ai ensuite défini sous l’angle de la littérature les visionnaires (clairvoyants), pour dans une troisième partie aller plus loin sur l’intérêt de la voyance, et enfin conclure avec un schéma de mon idée.

Partie 1 : les médiums

L’Histoire retient les visionnaires, l’histoire retient les médiums. Car l’Histoire est une retranscription de la vie du Collectif, alors que l’histoire est une retranscription de la vie individuelle.

Les mediums s’adressent donc à tout un chacun dans sa spécificité individuelle.

Pour en arriver à prendre la forme que je vous présente, j’ai arpenté d’autres sentiers, et c’est d’abord sous le filtre de la peinture que j’ai défini le mot « médium ».

En peinture, le medium est avant tout un liant ; c’est lui qui permet à la peinture de passer de l’état de poudre à l’état de pâte. C’est lui qui permet une osmose qui engage vers un autre chemin. La peinture à l’état de pâte permet d’entrer dans la création de l’image. De tangible nous passons à la réalisation d’une image qui n’a d’utilité que pour les yeux, les mains et le tactile qui l’ont formé sont devenues obsolètes.

Si j’étire cette définition dans le contexte de la Voyance, un Médium (du latin milieu/centre) est un outil, un canal qui diffuse une idée de manière claire et tangible, il incarne l’idée à qui elle est destinée pour faire sens à son récepteur.

Je pense que nous rencontrons des médiums tous les jours, sous forme de « signes ». Des phrases ou des gestes qui font résonance et qui nous changent complètement une idée. Quand on part à sa rencontre, l’œuvre d’art est particulièrement propice à ce genre de phénomènes car nous percevons, dans notre sensibilité, les messages dont nous avons besoin à l’instant T.

Goya, le Colosse 1808-1812

L’Art n’est pas une chose obscure, cachée dans les musées ou les galeries d’art des métropoles qui font des transactions financières dont le but est le placement d’un capital. L’Art est une expression de l’Homme conduisant vers la magnificence du « vivant », de l’être qui vit et qui en a conscience. L’Art n’a pas d’utilité, c’est exactement pour cela qu’il est utile. Il nous permet de ne pas rentrer dans une dynamique uniquement utilitariste, mais nous rappelle l’insoutenable légèreté de l’être (lire le livre éponyme de Kundera).

L’art est un médium vers la transcendance. L’art nous permet d’être notre propre prophète, l’art nous permet de nous guider vers notre singularité en exprimant notre moi créateur.

Le but de l’artiste est de nous guider, au travers de son expérience, vers une conscience d’un sujet plus qu’un autre. C’est un éclaireur poétique qui nous détache un instant de nos préoccupations matérielles pour nous emmener vers l’important, pour ne pas renoncer à notre humanité. À nous de recevoir cette expérience, de l’intégrer et d’apporter un peu de pétillant dans notre vie, un peu de beauté, un peu d’invisible qui soigne l’âme humaine dans sa parfaite imperfection.

Tête de Taureau (selle de bicyclette en cuir et guidon rouillé) Picasso

Pour l’appliquer à un exemple concret, en l’occurrence mon individualité, je vous partage ici mon propre parcours en art qui condense une dizaine d’années d’expériences et de cheminements. Les messages que j’ai perçu dans les œuvres d’art ont éclairé mon chemin de vie en s’incarnant dans ma production, l’un se distinguant toutefois de l’autre. Il n’est pas nécessaire d’avoir la vocation d’artiste pour entrevoir ces messages, ils s’adressent à tout un chacun désireux d’entrer en contact avec sa profondeur et son moi créateur.

Lors de mon premier cours de peinture, on m’a prophétisé qu’il fallait 10 ans pour réellement maîtriser la peinture, comme je pense bon nombre de techniques. Effectivement au bout de 10 ans d’un dur labeur, j’ai répondu à mes questions fondamentales : Que m’apporte la peinture ? Quelle peintre suis-je ?  Pourquoi fais-je de la peinture ?

J’ai beaucoup peint et dessiné, et durant ces moments d’expression artistique, la question qui se posait était : la création du motif est-elle une nécessité ? Pour moi c’est non. Le dessin et la peinture sont des outils qui aident à connaître l’image pour composer une image. Mais voir l’image comme la représentation littérale d’une pensée qui se retrouve explicitée par une figure que l’on reconnaît est pour moi anachronique, inefficiente et juste une valorisation de l’ego de la technique.


 Nazanin Pouyandeh, J’ai été chassée du paradis, 2019, huile sur toile, 160 x 200 cm


Sophie Kuijken, S.I.H., 2019, huile et acrylique sur panneau de bois contreplaqué, 200 × 70 × 5 cm

Par exemple ; ci-dessus des peintures sont ici un objet de représentation, figuratif pourquoi pas mais surtout littéralement illustratif et non une exploration à travers l’image pour qu’elle devienne autre chose, par exemple un questionnement.

Il ne faut pas limiter la peinture à un aspect littéral, la peinture (au sens de l’œuvre) doit être indépendante pour devenir universelle.

Nous ne pouvons pas nier les méthodes de production d’images réalistes comme la photographie et le cinéma mais les condamner, comme la peinture, à une simple reproduction les ampute de leurs possibilités. Un peintre moderne est pour moi Wes Anderson, car la peinture ici se transfigure dans le cinéma, où la création d’images en mouvement est au service d’une histoire, qui est elle-même est au service d’une idée à transmettre. Il y a une adéquation entre le fond et la forme. Le cinéma apparaît alors pour moi comme une réinvention de la peinture, et donc un lieu de création qui me fut soudain peut-être plus approprié.

Autre artiste que je salue, John Baldessari. Il est connu pour son travail conceptuel d’appropriation des images, dans une époque qui en fabrique en quantité astronomique. Ce qui peut paraître évident aujourd’hui est pourtant le fruit d’un long travail de l’image. La peinture, notamment, s’explore par ce biais, jusqu’à en connaître les règles picturales et en éprouver les limites pour aller vers une structure de l’image qui permet une créativité et une pensée exponentielle. Le message que j’ai perçu de son travail était cette déculpabilisation à utiliser les images déjà faites, car j’ai perçu l’idée que « nous ne sommes propriétaires de rien donc propriétaires de tout », et qu’il faut avant tout s’amuser « I’ll not make anymore boring art ».

Vidéo de Baldessari, copiant « ses lignes » Je ne ferais plus d’art ennuyeux

Aujourd’hui, j’ai un savoir-faire professionnel, je peux enseigner le dessin et la peinture et les transfigurer en les mettant au service de mon sujet, au service des « mondes invisibles ». J’ai dépassé l’objet peinture pour créer picturalement avec les outils de mon époque. Je dessine mon tarot et je me tourne de plus en plus vers l’animation, pour ma chaine YouTube, avec un usage diversifié des images, pour être toujours au service de l’histoire. J’utilise et je valorise mes banques d’images, qui sont faites et refaites, et dont vous pouvez voir l’aperçu dans mon Pinterest et dans mon Instagram. J’élargis l’image, je joue avec, et suis très à l’aise avec cela. Ces images « déformées » me servent ensuite à imaginer mes propres images dans mes projets cinématographiques, pour développer et inscrire « une patte ».

Cet immense travail ne s’est pas fait seul, j’ai été très entourée par les vivants comme par les morts, chacun m’apportant le message dont j’avais besoin à l’instant T.

Baldessari 1971

GPS Astral tout droit réservé pour le texte