Sorcière qui es-tu ?

Si je lis le Tarot en regardant les étoiles, buvant ma tisane aux herbes, suis-je une sorcière ?

Dans la culture populaire, le parcours de sorcière est un combat féministe. Si je ne fais pas la sorcière, je ne suis pas féministe. Suis-je obligée d’être une sorcière pour être féministe ? Une féministe est-elle une sorcière ?

En quelques années, la sorcellerie est devenue une pratique spirituelle, un acte de résistance politique, une mode, puis un business rentable, véritable « filon commercial » comme le décrit Mona Chollet dans Sorcières. « Avec son insistance sur la pensée positive et ses invitations à “découvrir sa déesse intérieure”, la vogue de la sorcellerie forme aussi un sous-genre à part entière dans le développement personnel ».

Cette mode connaît aujourd’hui un essor sans précédent sur Internet, Instagram en tête. En témoignent les hashtags #witchesofinstagram (plus de 6 millions de publications), #witch ou encore #witchy (respectivement 14 millions et 3 millions d’occurrences).

Sur internet, le Witch Casket, un abonnement de boite mensuelle (environ 40 euros), propose d’envoyer régulièrement le nécessaire pour se faire son propre petit kit de sorcière domestique, tout cela saupoudré d’une légère dose de véganisme. Ce kit est notamment plébiscité par une communauté de « sorcières-youtubeuses », qui dévoilent chaque mois face caméra le contenu de ces fameuses boites. Les produits-phares sont les cristaux, l’encens et les herbes. La clientèle cible est la jeune femme entre 18 et 30 ans. 

Nous pouvons aussi noter Etsy, la plateforme de vente en ligne d’objets faits-main ou vintage. La recherche du mot-clé « sorcellerie » fait ainsi remonter plus de 160 000 occurrences.

Sorcière d’où vient tu ?

La figure de la sorcière ressurgit dans la culture par une réminiscence régulière (et magique ?) tous les 20 ans (pensons aux séries comme Sabrina des années 90, remises au gout du jour). Je me suis appuyée sur deux auteurs, Markale « les mystères de la sorcellerie » et Freud « Totem et Tabou », pour l’étudier.

Qu’est-ce que la sorcellerie ?

La sorcellerie est une tentative de s’approprier en tant qu’humain des pouvoirs sensés appartenir à des entités invisibles, ombres symboliques renvoyant à l’énergie cosmique vitale qui anime les êtres et les choses.

Définition de la Sorcière

Dans la langue française, la sorcière est une humaine qui cherche à connaître le sort des individus qui l’entourent et qui, le cas échéant, prétend le modifier par ses sortilèges et envoûtements. Elle influe de la sorte les êtres humains, les animaux, les lieux eux-mêmes, voire de simples objets qui, alors, servent d’intermédiaires et de « charges », ces fameux « voults » dont la tradition populaire est si riche d’exemples variés, allant de la plume « travaillée » dispersée dans un oreiller à la poupée de cire percée d’épingles, le tout pour le plus grand malheur de la personne visée, et le plus grand bénéfice des commanditaires de l’opération.

Au contraire de la fée, déesse ravalée au rang d’humaine mais ayant gardé des caractéristiques divines, la sorcière n’est qu’une femme, mortelle, qui tend à s’emparer des pouvoir jadis dévolus à la divinité.

Et l’on a peut-être raison de représenter, très souvent, la sorcière comme une vieille femme laide et repoussante, alors que la fée est magnifiée, parée de vêtements étincelants, et bien entendu radieuse et très belle. Ces symboles, bien qu’habituels, n’en demeurent pas moins important dans l’imaginaire collectif. Ainsi, celle qui défie les lois du divin se voit contraint de payer dans ses chairs la cupidité d’un pouvoir réservé normalement à une entité non-humaine.

Également, on pourrait supposer que cette déformation du corps est une nécessité pour atteindre des états de conscience différents, pensons aux Chamanes qui se détruisent la santé par l’usage de drogues, ou aux saintes qui torturent leur corps dans le vivant pour se magnifier dans la mort.

De plus, la sorcellerie ne peut être l’activité isolée d’un individu, c’est un phénomène purement collectif, et le Sorcier ne peut avoir d’existence en dehors de la société à laquelle il appartient, même de façon secrète et marginale, car il fait ses sorts pour ceux qui viennent lui quémander.

La différence entre la Magie et la Sorcellerie

La Magie est un authentique système philosophique concernant la causalité et la finalité de l’univers, tandis que la sorcellerie n’est qu’un ensemble de pratiques soi-disant efficaces, mais limitées à des buts immédiats, sans aucune référence à un ordre cosmique.

Si le magicien s’efforce de comprendre et d’expliquer l’univers pour influer sur lui, le Sorcier se borne à utiliser des forces invisibles, en lui ou en dehors de lui, afin d’aboutir à un résultat précis, généralement très matériel.

Certes, la Sorcellerie est constituée, comme la Magie, de nombreux rituels, souvent caricaturaux (formules répétées systématiquement, breuvages ou pommades relevant davantage de la médecine populaire que du « supranormal »), mais comme la magie se décompose en « magie blanche » (bénéfique) et en « magie noire » (maléfique), la frontière entre les deux disciplines est souvent imprécise, tandis que la Sorcellerie se veut exclusivement maléfique. Les gentilles sorcières, comme les gentils vampires, n’existent que dans notre culture contemporaine anachronique.

Les Sorciers ne seraient-ils pas des Magiciens dégénérés, ou n’ayant point franchi toutes les étapes d’une initiation intégrale nécessaire ?

Pensons à Harry Potter, dont l’initiation se fait à travers une éducation pour maitriser ses pouvoirs, et où la répétition des sorts s’apparente beaucoup à une technique. Dans cet univers, Dumbledore n’est-il pas considéré comme le plus grand mage de tous les temps ? Voldemort, restant un sorcier, est marginalisé, alors que Dumbledore occupe un poste prestigieux, qui lui permet d’exercer une véritable influence sur le monde par l’éducation ?

Au-delà de la fiction, comme ancrer dans notre temporalité cette composante mystérieuse ?

La voyante est-elle une sorcière ou une magicienne ?

Le médium (ou le clairvoyant), en abolissant le temps, en pénétrant dans le domaine du surnaturel, voire de la Mystique Religieuse, atteignent franchement l’irrationnel, tout au moins ce qui ne s’explique pas par une logique conventionnelle. Pénétrer le passé pré-utérin d’un individu, comme le prétendent les médiums, est un acte irrationnel au regard du réalisme dans lequel se sont construites les sociétés humaines dites civilisées. Il en est de même pour les prophètes qui, si on les croit, sillonnent en tous sens un temps linéaire ayant un début et une fin. Mais l’expérience des clairvoyants, des médiums et des prophètes est strictement individuelle et n’obéit à aucune règle fixée d’avance, à aucun rituel particulier, à aucun dogme préétabli, contrairement à ce qui se passe pour la Magie et la Sorcellerie, quand les gestes et les paroles deviennent contraignant.

Comment marche la Magie ?

Il me semble utile, pour comprendre les origines de la magie, de faire appel à un texte de Freud sur l’animisme. Le principe qui régit la magie, la technique du mode de pensée animiste, est celui de la toute-puissance des idées.

De tous les systèmes, l’animisme est peut-être le plus logique et le plus complet, celui qui explique l’essence du monde, sans rien laisser dans l’ombre. Or, cette première conception du monde par l’humanité est une théorie psychologique.

Qu’est-ce que l’animisme ?

L’animisme est la théorie des représentations concernant l’âme ; au sens large du terme, la théorie des êtres spirituels en général.

Ces représentations sont les produits psychologiques nécessaire à la conscience créatrice des mythes. L’animisme primitif doit être considéré comme l’expression spirituelle de l’état naturel de l’humanité, dans la mesure ou cet état est accessible à notre observation.

L’animisme est un système intellectuel qui permet de concevoir le monde comme un vaste ensemble à partir d’un point donné. L’humanité aurait, au cours des temps, connu successivement trois systèmes intellectuels, trois grandes conceptions du monde : conception animiste (mythologique), conception religieuse et conception scientifique.

Nous avons recours en l’animisme, qui est un système bien plus ancré et solide que ceux qui lui ont succédés (à savoir la religion et la science), quand nous doutons. Ce qui nous laisse une certaine plasticité, une souplesse. Être un roseau en cas de tempête car les certitudes sont parfois plus nocives que le doute. Ce n’est pas l’hésitation, l’incertitude, l’indécision, qui conduit à la folie, c’est de trop savoir, ou de trop croire qu’on sait, d’être sûr de savoir au point de ne plus douter du tout…
Bref, comme le dit Nietzsche, ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou.

Dans « Le Gai Savoir », Nietzsche parle des « dangereux peut-être » qui constituent le moteur de la recherche philosophique. Précisément parce que l’incertitude ou l’absence de réponse rend fou l’animal humain. Il faut combler cette ignorance, et ce que dit Nietzsche, c’est que la connaissance est une conséquence de la protection : le premier moteur de la connaissance c’est la crainte (de ne pas savoir, du lendemain…). On veut connaître parce qu’on a peur.

Le deuxième est celui de la volonté de maîtrise. Connaître, c’est s’approprier le monde de telle sorte que nous ayons un rapport viable au monde.

Cette viabilité passe par des falsifications qui font que notre point de vue sur le monde est toujours utilitariste, jusqu’à la logique, jusqu’aux sciences. Il y va de la survie psychique, l’homme est un animal inquiet de son destin, et la religion est l’exemple même d’une vérité destinée à apaiser la crainte.            

La Magie, la Voyance et l’Art ?

Le seul lien entre clairvoyance, médiumnité et prophétisme paraît être l’irrationnel : comme la poésie, la peinture, ou la musique, cela se sent, mais ne s’explique pas, et l’expérience individuelle ne peut en aucun cas, même au prix des pires méthodes inductives, devenir une expérience collective. Or, les sorciers et les Sorcières, appliquant une tradition recueillie et transmise, font œuvre commune, réduisant du même coup leur discipline à une véritable technologie acquise au cours d’une initiation, c’est-à-dire d’un apprentissage analogue à celui de tous les métiers passés, présents et à venir.

Le médium se rapproche de l’artiste, car ces deux disciplines poussées très loin dans l’expérience, transcendent les frontières du quotidien, donnant à l’homme une vision libérée de sa vie, loin des contraintes, comme le temps, comme le sens, qui forgent l’état de l’homme.

L’Art est le seul domaine ou la toute-puissance des idées se soit maintenue jusqu’à nos jours. Dans l’art seulement, il arrive encore qu’un homme, tourmenté par des désirs, fasse quelque chose qui ressemble à une satisfaction. Grâce à l’illusion artistique (c’est-à-dire que pour un temps donné, il « échappe » à sa condition, comme dans un rêve éveillé où tout devient possible), ce jeu produit les mêmes effets affectifs que s’il s’agissait de quelque chose de réel. C’est pour cela que l’on parle de magie de l’art.

Ce que nous projetons dans la réalité extérieure ne peut guère être autre chose que la connaissance que nous avons qu’à côté d’un état dans lequel la chose est perçue par les sens et par la conscience, il existe un autre état dans lequel cette même chose n’est que latente, tout en pouvant redevenir présente. Autrement dit, nous projetons notre connaissance de la perception et du souvenir où, pour nous exprimer d’une manière plus générale, notre connaissance de l’existence de processus psychique inconscient se trouve à côté de processus conscients.

On pourrait dire que l’esprit d’une personne ou d’une chose se réduit en dernière analyse à la propriété que possède cette personne ou cette chose d’être l’objet d’un souvenir ou d’une représentation, lorsqu’elle échappe à la perception directe.

L’âme animiste réunit plutôt les propriétés du conscient et de l’inconscient. Sa fluidité et sa mobilité, le pouvoir qu’elle possède d’abandonner le corps et de prendre possession, d’une façon permanente ou passagère, d’un autre corps, sont autant de caractères qui rappellent ceux de la conscience. Toutefois, la façon dont elle se tient dissimulée derrière les manifestations de la personnalité fait songer à l’inconscient ; aujourd’hui encore, nous n’attribuons pas l’immuabilité et l’indestructibilité aux processus inconscients, que nous considérons pourtant comme de véritables porteurs de l’activité psychique.  

Conclusion :

Je trouve qu’il est douteux d’associer la sorcière au combat féministe, transformer en « gentille » la sorcière revient à une inversion des valeurs. Une femme qui s’émancipe doit donc être « démoniaque et laide » ? Ou peut-être n’est-il pas besoin de véritablement sacrifier son apparence, la magie fait de la magie en elle-même, il n’y a donc pas de travail à fournir ?

Quand on ambitionne quelque chose d’aussi grand que maîtriser des natures non-humaines, il y a un prix à payer, comme dans toute quête. Cela ne laisse pas indifférent, l’esprit est reflété dans le corps.

Je ne suis personnellement pas prête à renoncer à mon rouge à lèvre et mes robes hautes en couleurs afin de convenir à une image plus « féministe ». Je ne suis pas chaman ou sainte, je ne suis pas intégrée dans la société par ce rôle-là. Mes transformations sont invisibles car mentales. Dans une société aussi demandeuse d’une réponse intellectuelle mais aussi poussée sur le plan sanitaire, il me semble que la définition de la magie devient un processus invisible.

Je m’identifie alors à la figure du mage, car ce qui m’importe avant tout est une compréhension de l’univers, une quête de savoir qui doit trouver sa place dans la société.

Dans la modernité, le sorcier serait l’ingénieur qui nous impressionne par ses prouesses, mais le mage serait le scientifique ou l’artiste, sans cesse à la recherche d’un futur qu’il explique au présent.

Alors, pour répondre à mes questions d’introduction, si être féministe équivaut à être une sorcière, alors je ne suis pas féministe. Je ne suis pas dans la suprématie des femmes sur les hommes, car c’est faire l’inverse exacte d’une réalité subie, et cela mène dans le mur.

Je suis une mage « I » sienne, féminine dans la recherche d’un équilibre des polarités masculine et féminine. Je cherche à faire un enchantement du monde, de l’Homme en qui je crois.

Comment ça marche ?

Qu’est ce que le Tarot de Marseille ?

mode d’emploi du Tarot de Marseille

La pratique du Tarot est, dans une première lecture, hermétique ; il faut donc développer une relation de confiance envers celui qui nous tire les cartes. Pour cela, je vous invite à toujours vous renseignez avant de vous livrer à une consultation. Un tirage n’est pas un acte anodin, les mots sont puissants, et celui qui le fait doit en retour de votre confiance faire preuve de responsabilité.

Une vie ne suffit pas pour apprendre l’art de lire les cartes, chaque praticien se place dans une tradition, y ajoute sa part, rendant le Tarot toujours aussi vivant siècle après siècle. Les ouvrages d’apprentissages sont avant tout, des propositions de significations globales pour orienter son intuition et trouver ses propres traductions.

Le Tarot comme langage

Une fois adopté, le Tarot devient notre propre miroir, parlant un langage qui n’est connu que de soi. Le Tarot est visible, palpable, il est l’instrument d’incarnation des archétypes inconscients, sous forme de représentation archétypique. Son but est de révéler ce qui nous trouble inconsciemment pour le mener à la conscience et agir, il nous permet de nous unifier de son « moi » à son « soi ».

En psychologie psychanalytique, le « moi » est une entité emplie de représentations et d’opinions de la conscience collective, il est le mode par défaut de notre logiciel. Ce « moi » s’identifie à ses représentations et pour cela perd de son importance pratique, il est aspiré par les opinions et les tendances de la conscience collective, donnant naissance à l’homme de masse, qui devient victime d’un -isme quelconque. Difficile, à l’époque de la Modernité qui prône l’identification sans réserve de l’individu à « une vérité » unilatérale, et qui de ce fait arrête le développement spirituel. Ainsi, on passe de la connaissance à la conviction ; plus confortable certes, mais d’une certaine façon stérile, alors que le but est le développement spirituel, d’aller vers l’unité de soi, en soi et avec le monde. Comme l’illustre ce poème :

« Sois paisible pour connaître l’absolu.
Sois actif pour connaître l’extérieur.
Les deux surgissent de la même source,
Tout ce qui fait la vie est une totalité. »

Il est nécessaire de se reconnecter au vivant, de se souvenir de notre corps et de l’énergie qu’il a produit ces derniers jours et ces dernières nuits pour simplement nous maintenir en vie. Cette énergie n’est pas seulement corporelle, elle est aussi psychique. La psyché déploie son énergie au travers du mental et de nos interactions avec le monde extérieur « pour le changer ».

« Le changer » peut apparaître sémantiquement un peu fort, et pourtant, Jung, dans les racines de la conscience, illustre ce changement du monde par la bombe atomique. En faisant la comparaison entre la Nature, du point de vue de la physique, qui n’est pas en mesure de faire exploser des formules mathématiques créées par une pure activité psychique et de tuer ainsi 78 000 personnes d’un coup.

La psyché, elle, peut le faire, et l’a fait. La pensée mathématique (fonction psychique) met en ordres les atomes pour qu’ils éclatent ce qu’ils n’auraient pas eu l’idée de faire naturellement sous cette forme.

De ce fait, la psyché est une perturbatrice du cosmos (cosmos régit par des lois naturelles), elle est le pivot du monde. Ce qui importe c’est l’usage qu’on en fait, qui est conditionné par l’état mental du moment.

C’est justement cette psyché qui nous intéresse. La notion se rapproche, dans les civilisations orientales, du qi, l’énergie vitale qui anime le corps, et est donc de fait au cœur de pratiques centenaires tel le qi gong ou le shiatsu, ces deux disciplines partant de mouvements spécifiques guidant l’énergie dans le but d’harmoniser le corps.

J’indique à l’esprit, avec le Tarot, des mouvements spécifiques, par les images, pour harmoniser son énergie, son ombre et sa lumière, et aller ainsi vers l’unité.

Attention aux prophéties

J’attire l’attention sur un point : Le Tarot « révèle » ce qui va se passer si nous continuons le chemin énergétique choisi, en aucun cas il ne révèle l’Avenir.  

Savoir le futur présuppose que tout est écrit d’avance, il n’y aurait donc pas de libre arbitre et donc en définitive pas de responsabilités ; c’est donc la porte ouverte au n’importe quoi. Les véritables prophéties sont rares et dangereuses : telle n’est pas la leçon que JK Rowling insuffle dans sa saga Harry Potter ? Appliquer à la lettre une prophétie érigée en dogme nous conduit à devenir Voldemort, qui passe sa deuxième vie à chasser un enfant, au lieu de réaliser ses dessins originaux.

Contes de Fée et le flow, un chemin vers la spiritualité

Asseyez vous, j’ai une histoire à raconter !

Les croyances aux fées et aux esprits de la nature sont si anciennes qu’il parait démesurément orgueilleux pour un esprit extérieur de les voir ainsi condamnés aujourd’hui par l’esprit rationaliste et matérialiste de l’homme du XIX et XXème siècle. Cette condamnation est principalement la conséquence des subterfuges d’évincement et de diabolisation des mythologies païennes, mis en place par l’Eglise pour stabiliser son pouvoir politique au profit de sa propre spiritualité.

Aujourd’hui, la modernité évince au profit de la science toutes les formes de créatures magiques et irrationnelles, sans remplacer cela par une autre spiritualité. Il devient alors bien plus difficile de trouver ce qui donne un sens à la vie.

La pensée occidentale subit depuis lors un appauvrissement continu en symbole, ce qui pour Jung a un sens : « tout ce sur quoi l’homme ne pensait rien et qui s’est ainsi trouvé privé de connexion avec la conscience tandis qu’elle continuait à se développer, tout cela a été perdu ». « C’est pourquoi les dieux meurent de temps en temps, parce qu’on a subitement découvert qu’ils ne signifient rien, qu’ils sont des inutilités faites de la main de l’homme et taillées dans le bois ou la pierre. En réalité, l’homme a simplement découvert qu’il n’avait jusqu’alors rien pensé à ce sujet de ses images. Et quand il se met à réfléchir il le fait à l’aide de ce qu’il appelle la « raison » qui n’est au fond, rien d’autres que la somme de ses idées préconçues et de ses vues étroites »

L’Homme se retrouve habité alors par des reliquats de folklore et un déguisement de spiritualité orientale, refuge de ceux en mal de spiritualité (dont j’ai fait partie), sans comprendre que les dangers de cette décontextualisation culturelle et sociale l’éloignent d’autant plus de son intériorité. Jung précise qu’il « serait bien préférable de se résoudre à confesser l’indigence spirituelle de l’absence de symbole au lieu de s’arroger une richesse illusoire dont on n’est en aucun cas l’héritier légitime ».

L’Eglise, bien que toujours frileuse quant au petit peuple, malgré l’intégration des sylphes métamorphosés en anges, reste aujourd’hui la gardienne de la spiritualité judéo-chrétienne, avec sa part de magie et d’irrationnel.

A cela, j’ajoute les contes de fées. Issus d’une tradition orale perpétrée depuis des générations ancestrales, ils sont la transmission d’un matériau symbolique extrêmement riche, un enseignement spirituel offert à tous les enfants pour éveiller les hommes qu’ils deviendront. Chaque aventure donnant un prototype de mode d’emploi aux situations qu’ils rencontreront tout au long de leur vie, cela les encourage à cultiver des valeurs telles que la foi, le courage, la générosité et ainsi expérimenter la vie avec toute la force dont ils sont capables.

Bien que la moindre allusion un peu ésotérique sur le sujet semble être jugée instantanément comme de la fumisterie, la culture anglo-saxonne, qui est dominante, n’a jamais mis au banc « Le petit Peuple » (nom donné à toute les créatures magiques, comme les elfes, les fées, les gnomes…), en témoigne aujourd’hui les succès mondiaux des œuvres tels que Game of Thrones, le seigneur des anneaux, ou encore Harry Potter.

Cette vivacité témoigne de l’importance des fées et des différents esprits, car ils représentent le principe de la vie et de la créativité à l’état brut.

Pour mieux cerner ces deux dynamiques, et en particulier celle de la créativité à l’état brut, j’introduis ici une notion de psychologie positive. Cette branche de la discipline s’intéresse surtout à ce qui rend l’humain heureux, l’hypothèse prenant à contre-pied l’habituelle dynamique en étudiant non pas les psychopathologies mais les capacités de résilience de certains, pour trouver les moyens de développer ces qualités chez tout à un chacun.

Pour avoir personnellement expérimenté la créativité au travers de l’art, l’énergie de cette dernière à l’état brut m’a fait penser au « flow ».  Csikszentmihalyi, son auteur, le définit en 1975 comme « un état d’activation optimale dans lequel le sujet est complètement immergé dans l’activité. L’expérience trouve sa fin en elle-même ». Les indicateurs qui indiquent l’expérience sont :

  • Une perception d’un équilibre entre ses compétences personnelles et le défi à relever ;
  • Une centration de l’attention sur l’action en cours ; sens du contrôle, perte de conscience de soi
  • Des feedback clairs et instantanés ; clarté du but.
  • Des sensations de contrôle sur les actions réalisées et sur l’environnement ;
  • L’absence de stress, d’anxiété et d’ennui ainsi que la perception d’émotions positives (comme le bien-être, le plaisir).

La psychologie, encore une fois, est le langage moderne des anciennes idées, mais il me semble pertinent de bien décrire cet état que nous retrouvons parfois, pour nous guider vers un meilleur accomplissement de soi.

Dans les contes, les fées sont bien plus que les productrices d’un simple état psychologique : elles sont des appuis spirituels, elles ont un corps et une action dans les contes. Elles ne servent pas l’ambition, le pouvoir ou la richesse matérielle, elles nous aident à devenir nous-même.

Les fées sont les héroïnes des légendes et contes qui, reliés à la grande tradition originelle, forment une voie d’initiation, un savoir ésotérique puissant voilé par un propos enfantin pour nous être accessible dès le plus jeune âge, afin que s’ancrent des mécanismes qui nous seront utiles lors de nos futures traversées du désert (qui ne manqueront pas d’arriver).

En lien, je vous laisse découvrir des contes norvégiens, afin qu’inédits ils puissent vous transporter dans un monde merveilleux qui change de l’ordinaire.  

Sources :

Je m’appuie ici sur le livre d’Edouard Brasey « Enquête sur l’existence des fées et des esprits de la nature » paru en 1996, ce livre reprend ce qui était déjà formulé, dès les années 70, comme critique du monde rationaliste et de la tournure libérale que prenait le Monde, puis sur un article scientifique publié sur le site de base de données scientifique Cairn.fr : Le concept de « flow » ou « état psychologique optimal » : état de la question appliquée au sport Pascale Demontrond et Patrick Gaudreau Dans Staps 2008/1 (n° 79), pages 9 à 21.

Pour en savoir plus sur la créativité je vous invite à lire : La créativité de Mihaly Csikszentmihalyi, ed Robert Laffon, 2009.

Et enfin, un ouvrage référent pour moi : Jung, les racines de la conscience, ed Buchet/Chastel Paris 1971.