Travailler son imagination dans le processus créatif

Je vous présente ici une série de vidéos réaliser par un peintre sur le thème de l’imagination dans le processus de création. J’ai trouvé cette série très pertinente et pouvant s’adapter aux différents médiums artistiques.

L’imagination ne s’exerce indépendamment de toute mémoire que lorsqu’elle s’efforce de nous représenter quelque chose que nous n’avons jamais vu…

L’imagination créative produit des images contenantes et transformatrices de l’expérience. Elle favorise un mouvement de séparation et aide aussi à maîtriser les pertes quand elle est associée au champ du langage.

L’activité imaginaire n’est pas sans destinataire. Elle s’adresse à l’Autre. Elle est donc aussi une demande sur les origines, sur ses origines, sur sa provenance, sur le « quoi en son comment » : elle porte sur les désirs de l’autre, les images manquantes, les formes incomplètes, la fonction d’origine. L’imagination est à penser dans ce jeu avec l’absence, dans son rapport à l’inconnu. Elle vise l’autre de la représentation. L’énigme excite l’imagination qui devient en ce sens une réponse du sujet au réel. L’imagination est ici nécessaire à l’invention du roman privé, intime, pour « reconstruire ainsi la vie et les pensées des siens, leurs amours, leurs entreprises, leurs bonheurs réels ou rêvés, leurs déceptions, leurs projets inavoués ou inassouvis, leurs échecs, leurs jugements sur moi, sur eux (…) La vie autre de moi-même, la vie autre des autres » (Anzieu).

L’imagination qui comprend en elle les expériences du rêve et de la création, transforme ainsi ce à quoi elle est confrontée : elle traite, lie, socialise les excitations et sensations originaires ; elle donne sens aux expériences et rend possible la création de symboles.

Sorcière qui es-tu ?

Si je lis le Tarot en regardant les étoiles, buvant ma tisane aux herbes, suis-je une sorcière ?

Dans la culture populaire, le parcours de sorcière est un combat féministe. Si je ne fais pas la sorcière, je ne suis pas féministe. Suis-je obligée d’être une sorcière pour être féministe ? Une féministe est-elle une sorcière ?

En quelques années, la sorcellerie est devenue une pratique spirituelle, un acte de résistance politique, une mode, puis un business rentable, véritable « filon commercial » comme le décrit Mona Chollet dans Sorcières. « Avec son insistance sur la pensée positive et ses invitations à “découvrir sa déesse intérieure”, la vogue de la sorcellerie forme aussi un sous-genre à part entière dans le développement personnel ».

Cette mode connaît aujourd’hui un essor sans précédent sur Internet, Instagram en tête. En témoignent les hashtags #witchesofinstagram (plus de 6 millions de publications), #witch ou encore #witchy (respectivement 14 millions et 3 millions d’occurrences).

Sur internet, le Witch Casket, un abonnement de boite mensuelle (environ 40 euros), propose d’envoyer régulièrement le nécessaire pour se faire son propre petit kit de sorcière domestique, tout cela saupoudré d’une légère dose de véganisme. Ce kit est notamment plébiscité par une communauté de « sorcières-youtubeuses », qui dévoilent chaque mois face caméra le contenu de ces fameuses boites. Les produits-phares sont les cristaux, l’encens et les herbes. La clientèle cible est la jeune femme entre 18 et 30 ans. 

Nous pouvons aussi noter Etsy, la plateforme de vente en ligne d’objets faits-main ou vintage. La recherche du mot-clé « sorcellerie » fait ainsi remonter plus de 160 000 occurrences.

Sorcière d’où vient tu ?

La figure de la sorcière ressurgit dans la culture par une réminiscence régulière (et magique ?) tous les 20 ans (pensons aux séries comme Sabrina des années 90, remises au gout du jour). Je me suis appuyée sur deux auteurs, Markale « les mystères de la sorcellerie » et Freud « Totem et Tabou », pour l’étudier.

Qu’est-ce que la sorcellerie ?

La sorcellerie est une tentative de s’approprier en tant qu’humain des pouvoirs sensés appartenir à des entités invisibles, ombres symboliques renvoyant à l’énergie cosmique vitale qui anime les êtres et les choses.

Définition de la Sorcière

Dans la langue française, la sorcière est une humaine qui cherche à connaître le sort des individus qui l’entourent et qui, le cas échéant, prétend le modifier par ses sortilèges et envoûtements. Elle influe de la sorte les êtres humains, les animaux, les lieux eux-mêmes, voire de simples objets qui, alors, servent d’intermédiaires et de « charges », ces fameux « voults » dont la tradition populaire est si riche d’exemples variés, allant de la plume « travaillée » dispersée dans un oreiller à la poupée de cire percée d’épingles, le tout pour le plus grand malheur de la personne visée, et le plus grand bénéfice des commanditaires de l’opération.

Au contraire de la fée, déesse ravalée au rang d’humaine mais ayant gardé des caractéristiques divines, la sorcière n’est qu’une femme, mortelle, qui tend à s’emparer des pouvoir jadis dévolus à la divinité.

Et l’on a peut-être raison de représenter, très souvent, la sorcière comme une vieille femme laide et repoussante, alors que la fée est magnifiée, parée de vêtements étincelants, et bien entendu radieuse et très belle. Ces symboles, bien qu’habituels, n’en demeurent pas moins important dans l’imaginaire collectif. Ainsi, celle qui défie les lois du divin se voit contraint de payer dans ses chairs la cupidité d’un pouvoir réservé normalement à une entité non-humaine.

Également, on pourrait supposer que cette déformation du corps est une nécessité pour atteindre des états de conscience différents, pensons aux Chamanes qui se détruisent la santé par l’usage de drogues, ou aux saintes qui torturent leur corps dans le vivant pour se magnifier dans la mort.

De plus, la sorcellerie ne peut être l’activité isolée d’un individu, c’est un phénomène purement collectif, et le Sorcier ne peut avoir d’existence en dehors de la société à laquelle il appartient, même de façon secrète et marginale, car il fait ses sorts pour ceux qui viennent lui quémander.

La différence entre la Magie et la Sorcellerie

La Magie est un authentique système philosophique concernant la causalité et la finalité de l’univers, tandis que la sorcellerie n’est qu’un ensemble de pratiques soi-disant efficaces, mais limitées à des buts immédiats, sans aucune référence à un ordre cosmique.

Si le magicien s’efforce de comprendre et d’expliquer l’univers pour influer sur lui, le Sorcier se borne à utiliser des forces invisibles, en lui ou en dehors de lui, afin d’aboutir à un résultat précis, généralement très matériel.

Certes, la Sorcellerie est constituée, comme la Magie, de nombreux rituels, souvent caricaturaux (formules répétées systématiquement, breuvages ou pommades relevant davantage de la médecine populaire que du « supranormal »), mais comme la magie se décompose en « magie blanche » (bénéfique) et en « magie noire » (maléfique), la frontière entre les deux disciplines est souvent imprécise, tandis que la Sorcellerie se veut exclusivement maléfique. Les gentilles sorcières, comme les gentils vampires, n’existent que dans notre culture contemporaine anachronique.

Les Sorciers ne seraient-ils pas des Magiciens dégénérés, ou n’ayant point franchi toutes les étapes d’une initiation intégrale nécessaire ?

Pensons à Harry Potter, dont l’initiation se fait à travers une éducation pour maitriser ses pouvoirs, et où la répétition des sorts s’apparente beaucoup à une technique. Dans cet univers, Dumbledore n’est-il pas considéré comme le plus grand mage de tous les temps ? Voldemort, restant un sorcier, est marginalisé, alors que Dumbledore occupe un poste prestigieux, qui lui permet d’exercer une véritable influence sur le monde par l’éducation ?

Au-delà de la fiction, comme ancrer dans notre temporalité cette composante mystérieuse ?

La voyante est-elle une sorcière ou une magicienne ?

Le médium (ou le clairvoyant), en abolissant le temps, en pénétrant dans le domaine du surnaturel, voire de la Mystique Religieuse, atteignent franchement l’irrationnel, tout au moins ce qui ne s’explique pas par une logique conventionnelle. Pénétrer le passé pré-utérin d’un individu, comme le prétendent les médiums, est un acte irrationnel au regard du réalisme dans lequel se sont construites les sociétés humaines dites civilisées. Il en est de même pour les prophètes qui, si on les croit, sillonnent en tous sens un temps linéaire ayant un début et une fin. Mais l’expérience des clairvoyants, des médiums et des prophètes est strictement individuelle et n’obéit à aucune règle fixée d’avance, à aucun rituel particulier, à aucun dogme préétabli, contrairement à ce qui se passe pour la Magie et la Sorcellerie, quand les gestes et les paroles deviennent contraignant.

Comment marche la Magie ?

Il me semble utile, pour comprendre les origines de la magie, de faire appel à un texte de Freud sur l’animisme. Le principe qui régit la magie, la technique du mode de pensée animiste, est celui de la toute-puissance des idées.

De tous les systèmes, l’animisme est peut-être le plus logique et le plus complet, celui qui explique l’essence du monde, sans rien laisser dans l’ombre. Or, cette première conception du monde par l’humanité est une théorie psychologique.

Qu’est-ce que l’animisme ?

L’animisme est la théorie des représentations concernant l’âme ; au sens large du terme, la théorie des êtres spirituels en général.

Ces représentations sont les produits psychologiques nécessaire à la conscience créatrice des mythes. L’animisme primitif doit être considéré comme l’expression spirituelle de l’état naturel de l’humanité, dans la mesure ou cet état est accessible à notre observation.

L’animisme est un système intellectuel qui permet de concevoir le monde comme un vaste ensemble à partir d’un point donné. L’humanité aurait, au cours des temps, connu successivement trois systèmes intellectuels, trois grandes conceptions du monde : conception animiste (mythologique), conception religieuse et conception scientifique.

Nous avons recours en l’animisme, qui est un système bien plus ancré et solide que ceux qui lui ont succédés (à savoir la religion et la science), quand nous doutons. Ce qui nous laisse une certaine plasticité, une souplesse. Être un roseau en cas de tempête car les certitudes sont parfois plus nocives que le doute. Ce n’est pas l’hésitation, l’incertitude, l’indécision, qui conduit à la folie, c’est de trop savoir, ou de trop croire qu’on sait, d’être sûr de savoir au point de ne plus douter du tout…
Bref, comme le dit Nietzsche, ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou.

Dans « Le Gai Savoir », Nietzsche parle des « dangereux peut-être » qui constituent le moteur de la recherche philosophique. Précisément parce que l’incertitude ou l’absence de réponse rend fou l’animal humain. Il faut combler cette ignorance, et ce que dit Nietzsche, c’est que la connaissance est une conséquence de la protection : le premier moteur de la connaissance c’est la crainte (de ne pas savoir, du lendemain…). On veut connaître parce qu’on a peur.

Le deuxième est celui de la volonté de maîtrise. Connaître, c’est s’approprier le monde de telle sorte que nous ayons un rapport viable au monde.

Cette viabilité passe par des falsifications qui font que notre point de vue sur le monde est toujours utilitariste, jusqu’à la logique, jusqu’aux sciences. Il y va de la survie psychique, l’homme est un animal inquiet de son destin, et la religion est l’exemple même d’une vérité destinée à apaiser la crainte.            

La Magie, la Voyance et l’Art ?

Le seul lien entre clairvoyance, médiumnité et prophétisme paraît être l’irrationnel : comme la poésie, la peinture, ou la musique, cela se sent, mais ne s’explique pas, et l’expérience individuelle ne peut en aucun cas, même au prix des pires méthodes inductives, devenir une expérience collective. Or, les sorciers et les Sorcières, appliquant une tradition recueillie et transmise, font œuvre commune, réduisant du même coup leur discipline à une véritable technologie acquise au cours d’une initiation, c’est-à-dire d’un apprentissage analogue à celui de tous les métiers passés, présents et à venir.

Le médium se rapproche de l’artiste, car ces deux disciplines poussées très loin dans l’expérience, transcendent les frontières du quotidien, donnant à l’homme une vision libérée de sa vie, loin des contraintes, comme le temps, comme le sens, qui forgent l’état de l’homme.

L’Art est le seul domaine ou la toute-puissance des idées se soit maintenue jusqu’à nos jours. Dans l’art seulement, il arrive encore qu’un homme, tourmenté par des désirs, fasse quelque chose qui ressemble à une satisfaction. Grâce à l’illusion artistique (c’est-à-dire que pour un temps donné, il « échappe » à sa condition, comme dans un rêve éveillé où tout devient possible), ce jeu produit les mêmes effets affectifs que s’il s’agissait de quelque chose de réel. C’est pour cela que l’on parle de magie de l’art.

Ce que nous projetons dans la réalité extérieure ne peut guère être autre chose que la connaissance que nous avons qu’à côté d’un état dans lequel la chose est perçue par les sens et par la conscience, il existe un autre état dans lequel cette même chose n’est que latente, tout en pouvant redevenir présente. Autrement dit, nous projetons notre connaissance de la perception et du souvenir où, pour nous exprimer d’une manière plus générale, notre connaissance de l’existence de processus psychique inconscient se trouve à côté de processus conscients.

On pourrait dire que l’esprit d’une personne ou d’une chose se réduit en dernière analyse à la propriété que possède cette personne ou cette chose d’être l’objet d’un souvenir ou d’une représentation, lorsqu’elle échappe à la perception directe.

L’âme animiste réunit plutôt les propriétés du conscient et de l’inconscient. Sa fluidité et sa mobilité, le pouvoir qu’elle possède d’abandonner le corps et de prendre possession, d’une façon permanente ou passagère, d’un autre corps, sont autant de caractères qui rappellent ceux de la conscience. Toutefois, la façon dont elle se tient dissimulée derrière les manifestations de la personnalité fait songer à l’inconscient ; aujourd’hui encore, nous n’attribuons pas l’immuabilité et l’indestructibilité aux processus inconscients, que nous considérons pourtant comme de véritables porteurs de l’activité psychique.  

Conclusion :

Je trouve qu’il est douteux d’associer la sorcière au combat féministe, transformer en « gentille » la sorcière revient à une inversion des valeurs. Une femme qui s’émancipe doit donc être « démoniaque et laide » ? Ou peut-être n’est-il pas besoin de véritablement sacrifier son apparence, la magie fait de la magie en elle-même, il n’y a donc pas de travail à fournir ?

Quand on ambitionne quelque chose d’aussi grand que maîtriser des natures non-humaines, il y a un prix à payer, comme dans toute quête. Cela ne laisse pas indifférent, l’esprit est reflété dans le corps.

Je ne suis personnellement pas prête à renoncer à mon rouge à lèvre et mes robes hautes en couleurs afin de convenir à une image plus « féministe ». Je ne suis pas chaman ou sainte, je ne suis pas intégrée dans la société par ce rôle-là. Mes transformations sont invisibles car mentales. Dans une société aussi demandeuse d’une réponse intellectuelle mais aussi poussée sur le plan sanitaire, il me semble que la définition de la magie devient un processus invisible.

Je m’identifie alors à la figure du mage, car ce qui m’importe avant tout est une compréhension de l’univers, une quête de savoir qui doit trouver sa place dans la société.

Dans la modernité, le sorcier serait l’ingénieur qui nous impressionne par ses prouesses, mais le mage serait le scientifique ou l’artiste, sans cesse à la recherche d’un futur qu’il explique au présent.

Alors, pour répondre à mes questions d’introduction, si être féministe équivaut à être une sorcière, alors je ne suis pas féministe. Je ne suis pas dans la suprématie des femmes sur les hommes, car c’est faire l’inverse exacte d’une réalité subie, et cela mène dans le mur.

Je suis une mage « I » sienne, féminine dans la recherche d’un équilibre des polarités masculine et féminine. Je cherche à faire un enchantement du monde, de l’Homme en qui je crois.

John Baldessari – l’appropriation en Art


Il est difficile de faire une présentation exhaustive de John Baldessari, c’est pourquoi j’ai choisi de parler, par son exemple de l’appropriation en art :

Quelle est la différence entre référence, appropriation et vol ?

C’est trois idées se côtoient pour donner vie à la création. En Art, on se positionne toujours dans la ligne chronologique : Qui a fait naître l’idée ? Qu’a-t-elle déclenché en nous ? Qu’en faisons-nous ?  

Quand je prends un pinceau, je me place dans la ligne des peintres, le choix de mon motif et même de ma technique dépendra de ceux dont j’ai étudié l’œuvre et qui ont réussi, par-delà la mort, à toucher les profondeurs de mon être pour y déclencher une action en lien avec mon expérience de vie. 

SI référence est un point de départ, la question est simple : Qui est ton maître ?

La référence peut rester là, sans aller plus loin que ce rappel, indiquant qu’une chaîne d’individus nous a précédé, en rendant vivant une nouvelle fois une œuvre qui nous a marqués. Cela permet da le transmettre à un autre, dire « cette idée vaut le coup d’être entendu une deuxième fois. »

De loin on dirait du vol, de près on y voit un affinement de l’idée par le prisme d’un autre être vivant.

Voler pour voler, sans toucher à l’œuvre, est malhonnête, déposséder quelqu’un de son bien a quelque chose de l’ordre de la violence et de la rupture de la confiance envers le genre humain. Nous pourrions dire que c’est une leçon difficile du lâcher prise, car elle oblige à faire le deuil et nous rend à notre propre mortalité. A notre mort aussi, des voleurs prendrons nos objets, le temps emporte avec lui nos pensées.

Que faire pour inscrire, pour planter un drapeau sur le sol lunaire de la temporalité ?

S’inspirer ! Inspirer c’est prendre de l’oxygène qui est déjà là, le prendre pour ces bons nutriments et la rejeter en dioxyde de carbone, pour qu’il soit assimilé par les plantes et transformé à nouveau en oxygène, s’inscrivant ainsi dans le cycle du vivant.

S’approprier, c’est continuer le fil de la pensée de l’auteur, attraper le reste de l’étoile filante, continuer sur le sentier de la beauté et le voir à travers ses propres lunettes.

Un travail d’héritage, qui permet de « faire » sous l’aile protectrice d’un mentor, pour devenir à notre tour un mentor.

L’appropriation permet de côtoyer le JE, d’aller au-delà de l’admiration pour le maitre, et de révéler une part qui émerge de la pénombre.

John Baldessari

John Baldessari est pour moi un des exemples de l’appropriation. Californien, décédé en 2020, il est l’un des artistes les plus influents de sa génération. Véritable pionnier de l’art conceptuel dans les années 1960, alliant à la fois texte, peinture et photographie.

Passant tout d’abord par la peinture, il a ensuite tourné son attention vers la photographie en incorporant souvent des images de films et des matériaux récupérés à partir desquels il créé ses célèbres “tableaux de photographies”.

Son intérêt prononcé pour le langage, écrit et visuel, a été à la source de son art et de son enseignement, à travers lesquels, depuis plus de trente ans, il a nourri et influencé des générations d’artistes dont, entre autres, Cindy Sherman, David Salle, et Barbara Kruger.

S’approprier c’est alors créer de nouveau, peaufiner une idée, rajouter, perfectionner, une des étapes qui nous conduirons vers une création aux références de plus en plus invisibles tant elles seront plus fines que l’épaisseur d’un cheveu.

La création commence par la référence, se continue par l’appropriation avant d’éclore sur son idée maîtresse.

J’encourage à s’approprier les images et les textes, à les détourner pour en découvrir le cœur de l’interrogation, la petite étincelle qui nourrira des grands feux.

Je vous invite à en savoir plus sur l’appropriation en Art sur cet article :

http://rhizomesonore.free.fr/contents/les-appropriations-dans-l-art.html

Voyant versus Médium : une explication artistique de la voyance. PARTIE 1

Vers une humanité réenchantée

Je vous propose de regarder d’un œil neuf, sans tomber dans un hermétisme mystique, les « médiums » et les « voyants : (clairvoyance, clair audience…) » à l’aube de la post-industrialisation.

La post-industrialisation, comme son nom l’indique, implique un monde après l’industrialisation, que nous imaginons en nous projetant dans une époque au-delà de la modernité, construisant au présent un avenir en regardant devant nous et non pas derrière nous.

Je suis sceptique quant à une marche du monde qui continue vers le libéralisme, s’engonçant dans la poursuite d’un monde désenchanté. Nous traversons différentes crises qui nous montrent un système à bout de souffle dont les valeurs sont dépassées. L’histoire de l’Homme sédentarisé s’étend sur 10 000 ans : au regard de l’âge planétaire, c’est peu. Nous pensons toujours être à la pointe du progrès, mais nous ne savons en réalité rien de l’évolution de l’humanité.

L’Homme se métamorphosera, comme il l’a toujours fait depuis l’apparition des premières formes humanoïdes il y a trois millions d’années, en fonction des aléas de la vie terrestre. Nous avons la même constitution que l’homme de Cro-Magnon. Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite, et soigner ce que nous avons à explorer au-dedans avant de se précipiter au dehors. Nous ne savons pas tout du mystérieux, de l’origine des choses, et je pense qu’il ne faut pas renier cette ignorance, mais l’embrasser.

Ce que je propose au travers de ce blog va bien au-delà de la simple voyance par un tirage de cartes ou des prévisions astrales. J’espère aller vers une humanité réenchantée, et non rester désenchantée. Je mets mon savoir et ma pensée intellectuelle au service d’une dimension qui se base sur l’intuitif pour la valoriser et l’ancrer dans le tangible.

Magritte : La clairvoyance 1936

Pour expliciter la voyance et son fonctionnement, je suis partie de cette question simple : quelle est la différence entre un médium et un (clair)voyant ?

En déplaçant sous le prisme de l’art la sémantique du mot « médium » pour mieux saisir sa signification, j’ai ensuite défini sous l’angle de la littérature les visionnaires (clairvoyants), pour dans une troisième partie aller plus loin sur l’intérêt de la voyance, et enfin conclure avec un schéma de mon idée.

Partie 1 : les médiums

L’Histoire retient les visionnaires, l’histoire retient les médiums. Car l’Histoire est une retranscription de la vie du Collectif, alors que l’histoire est une retranscription de la vie individuelle.

Les mediums s’adressent donc à tout un chacun dans sa spécificité individuelle.

Pour en arriver à prendre la forme que je vous présente, j’ai arpenté d’autres sentiers, et c’est d’abord sous le filtre de la peinture que j’ai défini le mot « médium ».

En peinture, le medium est avant tout un liant ; c’est lui qui permet à la peinture de passer de l’état de poudre à l’état de pâte. C’est lui qui permet une osmose qui engage vers un autre chemin. La peinture à l’état de pâte permet d’entrer dans la création de l’image. De tangible nous passons à la réalisation d’une image qui n’a d’utilité que pour les yeux, les mains et le tactile qui l’ont formé sont devenues obsolètes.

Si j’étire cette définition dans le contexte de la Voyance, un Médium (du latin milieu/centre) est un outil, un canal qui diffuse une idée de manière claire et tangible, il incarne l’idée à qui elle est destinée pour faire sens à son récepteur.

Je pense que nous rencontrons des médiums tous les jours, sous forme de « signes ». Des phrases ou des gestes qui font résonance et qui nous changent complètement une idée. Quand on part à sa rencontre, l’œuvre d’art est particulièrement propice à ce genre de phénomènes car nous percevons, dans notre sensibilité, les messages dont nous avons besoin à l’instant T.

Goya, le Colosse 1808-1812

L’Art n’est pas une chose obscure, cachée dans les musées ou les galeries d’art des métropoles qui font des transactions financières dont le but est le placement d’un capital. L’Art est une expression de l’Homme conduisant vers la magnificence du « vivant », de l’être qui vit et qui en a conscience. L’Art n’a pas d’utilité, c’est exactement pour cela qu’il est utile. Il nous permet de ne pas rentrer dans une dynamique uniquement utilitariste, mais nous rappelle l’insoutenable légèreté de l’être (lire le livre éponyme de Kundera).

L’art est un médium vers la transcendance. L’art nous permet d’être notre propre prophète, l’art nous permet de nous guider vers notre singularité en exprimant notre moi créateur.

Le but de l’artiste est de nous guider, au travers de son expérience, vers une conscience d’un sujet plus qu’un autre. C’est un éclaireur poétique qui nous détache un instant de nos préoccupations matérielles pour nous emmener vers l’important, pour ne pas renoncer à notre humanité. À nous de recevoir cette expérience, de l’intégrer et d’apporter un peu de pétillant dans notre vie, un peu de beauté, un peu d’invisible qui soigne l’âme humaine dans sa parfaite imperfection.

Tête de Taureau (selle de bicyclette en cuir et guidon rouillé) Picasso

Pour l’appliquer à un exemple concret, en l’occurrence mon individualité, je vous partage ici mon propre parcours en art qui condense une dizaine d’années d’expériences et de cheminements. Les messages que j’ai perçu dans les œuvres d’art ont éclairé mon chemin de vie en s’incarnant dans ma production, l’un se distinguant toutefois de l’autre. Il n’est pas nécessaire d’avoir la vocation d’artiste pour entrevoir ces messages, ils s’adressent à tout un chacun désireux d’entrer en contact avec sa profondeur et son moi créateur.

Lors de mon premier cours de peinture, on m’a prophétisé qu’il fallait 10 ans pour réellement maîtriser la peinture, comme je pense bon nombre de techniques. Effectivement au bout de 10 ans d’un dur labeur, j’ai répondu à mes questions fondamentales : Que m’apporte la peinture ? Quelle peintre suis-je ?  Pourquoi fais-je de la peinture ?

J’ai beaucoup peint et dessiné, et durant ces moments d’expression artistique, la question qui se posait était : la création du motif est-elle une nécessité ? Pour moi c’est non. Le dessin et la peinture sont des outils qui aident à connaître l’image pour composer une image. Mais voir l’image comme la représentation littérale d’une pensée qui se retrouve explicitée par une figure que l’on reconnaît est pour moi anachronique, inefficiente et juste une valorisation de l’ego de la technique.


 Nazanin Pouyandeh, J’ai été chassée du paradis, 2019, huile sur toile, 160 x 200 cm


Sophie Kuijken, S.I.H., 2019, huile et acrylique sur panneau de bois contreplaqué, 200 × 70 × 5 cm

Par exemple ; ci-dessus des peintures sont ici un objet de représentation, figuratif pourquoi pas mais surtout littéralement illustratif et non une exploration à travers l’image pour qu’elle devienne autre chose, par exemple un questionnement.

Il ne faut pas limiter la peinture à un aspect littéral, la peinture (au sens de l’œuvre) doit être indépendante pour devenir universelle.

Nous ne pouvons pas nier les méthodes de production d’images réalistes comme la photographie et le cinéma mais les condamner, comme la peinture, à une simple reproduction les ampute de leurs possibilités. Un peintre moderne est pour moi Wes Anderson, car la peinture ici se transfigure dans le cinéma, où la création d’images en mouvement est au service d’une histoire, qui est elle-même est au service d’une idée à transmettre. Il y a une adéquation entre le fond et la forme. Le cinéma apparaît alors pour moi comme une réinvention de la peinture, et donc un lieu de création qui me fut soudain peut-être plus approprié.

Autre artiste que je salue, John Baldessari. Il est connu pour son travail conceptuel d’appropriation des images, dans une époque qui en fabrique en quantité astronomique. Ce qui peut paraître évident aujourd’hui est pourtant le fruit d’un long travail de l’image. La peinture, notamment, s’explore par ce biais, jusqu’à en connaître les règles picturales et en éprouver les limites pour aller vers une structure de l’image qui permet une créativité et une pensée exponentielle. Le message que j’ai perçu de son travail était cette déculpabilisation à utiliser les images déjà faites, car j’ai perçu l’idée que « nous ne sommes propriétaires de rien donc propriétaires de tout », et qu’il faut avant tout s’amuser « I’ll not make anymore boring art ».

Vidéo de Baldessari, copiant « ses lignes » Je ne ferais plus d’art ennuyeux

Aujourd’hui, j’ai un savoir-faire professionnel, je peux enseigner le dessin et la peinture et les transfigurer en les mettant au service de mon sujet, au service des « mondes invisibles ». J’ai dépassé l’objet peinture pour créer picturalement avec les outils de mon époque. Je dessine mon tarot et je me tourne de plus en plus vers l’animation, pour ma chaine YouTube, avec un usage diversifié des images, pour être toujours au service de l’histoire. J’utilise et je valorise mes banques d’images, qui sont faites et refaites, et dont vous pouvez voir l’aperçu dans mon Pinterest et dans mon Instagram. J’élargis l’image, je joue avec, et suis très à l’aise avec cela. Ces images « déformées » me servent ensuite à imaginer mes propres images dans mes projets cinématographiques, pour développer et inscrire « une patte ».

Cet immense travail ne s’est pas fait seul, j’ai été très entourée par les vivants comme par les morts, chacun m’apportant le message dont j’avais besoin à l’instant T.

Baldessari 1971

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