Aurore et Aimée

Un conte pour voir le verre à moitié plein.

Ecrit par Madame Leprince de Beaumont, au XVIIIème siècle  

Nicoletta Ceccoli


Il y avait une fois une dame, qui avait deux filles. L’aînée, qui se nommait Aurore, était belle comme le jour, et elle avait un assez bon caractère.

La seconde, qui se nommait Aimée, était bien aussi belle que sa sœur, mais elle était maligne, et n’avait de l’esprit que pour faire du mal. La mère avait été aussi fort belle, mais elle commençait à n’être plus jeune, et cela lui donnait beaucoup de chagrin.


Aurore avait seize ans, et Aimée n’en avait que douze ; ainsi, la mère qui craignait de paraître vieille, quitta le pays où tout le monde la connaissait, et envoya sa fille aînée à la campagne, parce qu’elle ne voulait pas qu’on sût qu’elle avait une fille si âgée.

Elle garda la plus jeune auprès d’elle, et fut dans une autre ville, et elle disait à tout le monde qu’Aimée n’avait que dix ans, et qu’elle l’avait eue avant quinze ans.

Cependant, comme elle craignait qu’on ne découvrît sa tromperie, elle envoya Aurore dans un pays bien loin, et celui qui la conduisait la laissa dans un grand bois, où elle s’était endormie en se reposant.

Quand Aurore se réveilla, et qu’elle se vit toute seule dans ce bois, elle se mit à pleurer. Il était presque nuit, et s’étant levée, elle chercha à sortir de cette forêt ; mais au lieu de trouver son chemin, elle s’égara encore davantage.

Enfin, elle vit bien loin une lumière, et étant allée de ce côté-là elle trouva une petite maison. Aurore frappa à la porte, et une bergère vint lui ouvrir, et lui demanda ce qu’elle voulait.

–  Ma bonne mère, lui dit Aurore, je vous prie par charité, de me donner la permission de coucher dans votre maison, car si je reste dans le bois, je serais mangée des loups.

– De tout mon cœur , ma belle fille, lui répondit la bergère, mais dites-moi, pourquoi êtes-vous dans ce bois si tard ?  

Aurore lui raconta son histoire, et lui dit :
–  Ne suis-je pas bien malheureuse d’avoir une mère si cruelle ! et ne vaudrait-il pas mieux que je fusse morte en venant au monde, que de vivre pour être ainsi maltraitée ! Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour être si misérable ?

– Ma chère enfant, répliqua la bergère ; il ne faut jamais murmurer contre Dieu ; il est tout puissant, il est sage, il vous aime et vous devez croire qu’il n’a permis votre malheur que pour votre bien. Confiez-vous en lui, et mettez- vous bien dans la tête que Dieu protège les bons, et que les choses fâcheuses qui leur arrivent, ne sont pas malheurs : demeurez avec moi, je vous servirai de mère, et je vous aimerai comme ma fille.  

Aurore consentit à cette proposition, et le lendemain, la bergère lui dit :
–  Je vais vous donner un petit troupeau à conduire, mais j’ai peur que vous ne vous ennuyiez, ma belle fille ; ainsi, prenez une quenouille, et vous filerez, cela vous amusera.

– Ma mère, répondit Aurore, je suis une fille de qualité, ainsi je ne sais pas travailler.

– Prenez donc un livre, lui dit la bergère.

– Je n’aime pas la lecture, lui répondit Aurore  , en rougissant.

C’est qu’elle était honteuse d’avouer à la fée, qu’elle ne savait pas lire comme il faut. il fallut pourtant avouer la vérité : et elle dit à la bergère, qu’elle n’avait jamais voulu apprendre à lire quand elle était petite, et qu’elle n’en avait pas eu le temps quand elle était devenue grande.

–  Vous aviez donc de grandes affaires, lui dit la bergère.

– Oui, ma mère, répondit Aurore. J’allais me promener tous les matins avec mes bonnes amies ; après dîner je me coiffais ; le soir, je restais à notre assemblée, et puis j’allais à l’opéra, à la comédie, et la nuit, j’allais au bal.

– Véritablement, dit la bergère, vous aviez de grandes occupations, et sans doute, vous ne vous ennuyiez pas.

– Je vous demande pardon, ma mère, répondit Aurore. Quand j’étais un quart d’heure toute seule, ce qui m’arrivait quelquefois, je m’ennuyais à mourir : mais quand nous allions à la campagne, c’était bien pire, je passais toute la journée à me coiffer, et à me décoiffer, pour m’amuser.

– Vous n’étiez donc pas heureuse à la campagne, dit la bergère.

– Je ne l’étais pas à la ville non plus, répondit Aurore. Si je jouais, je perdais mon argent ; si j’étais dans une assemblée, je voyais mes compagnes mieux habillées que moi, et cela me chagrinait beaucoup ; si j’allais au bal, je n’étais occupée qu’à chercher des défauts à celles qui dansaient mieux que moi ; enfin, je n’ai jamais passé un jour sans avoir du chagrin.

Nicoletta Ceccoli



– Ne vous plaignez donc plus de la Providence, lui dit la bergère ; en vous conduisant dans cette solitude, elle vous a ôté plus de chagrins que de plaisirs ; mais ce n’est pas tout. Vous auriez été par la suite encore plus malheureuse ; car enfin, on n’est pas toujours jeune : le temps du bal et de la comédie passe ; quand on devient vieille, et qu’on veut toujours être dans les assemblées, les jeunes gens se moquent ; d’ailleurs, on ne peut plus danser, on n’oserait plus se coiffer ; il faut donc s’ennuyer à mourir, et être fort malheureuse.

– Mais, ma bonne mère, dit Aurore, on ne peut pourtant pas rester seule, la journée paraît longue comme un an, quand on n’a pas compagnie.

– Je vous demande pardon, ma chère, répondit la bergère : je suis seule ici, et les années me paraissent courtes comme les jours ; si vous voulez, je vous apprendrai le secret de ne vous ennuyer jamais.

– Je le veux bien, dit Aurore ; vous pouvez me gouverner comme vous le jugerez à propos, je veux vous obéir.  

La bergère, profitant de la bonne volonté d’Aurore, lui écrivit sur un papier tout ce qu’elle devait faire.

Toute la journée était partagée entre la prière, la lecture, le travail et la promenade. il n’y avait pas d’horloge dans ce bois, et Aurore ne savait pas quelle heure il était, mais la bergère connaissait l’heure par le soleil : elle dit à Aurore de venir dîner.

–  Ma mère, dit cette belle fille à la bergère, vous dînez de bonne heure, il n’y a pas longtemps que nous sommes levées.

– Il est pourtant deux heures, reprit la bergère en souriant, et nous sommes levées depuis cinq heures ; mais, ma fille, quand on s’occupe utilement, le temps passe bien vite, et jamais on ne s’ennuie.
 
Aurore, charmée de ne plus sentir l’ennui, s’appliqua de tout son cœur à la lecture et au travail ; et elle se trouvait mille fois plus heureuse, au milieu de ses occupations champêtres, qu’à la ville.

–  Je vois bien, disait-elle à la bergère, que Dieu fait tout pour notre bien. Si ma mère n’avait pas été injuste et cruelle à mon égard, je serais restée dans mon ignorance, et la vanité, l’oisiveté, le désir de plaire, m’auraient rendue méchante et malheureuse.
Il y avait un an qu’Aurore était chez la bergère, lorsque le frère du roi vint chasser dans le bois où elle gardait les moutons.
Il se nommait Ingénu, et c’était le meilleur prince du monde ; mais le roi, son frère, qui s’appelait Fourbin, ne lui ressemblait pas, car il n’avait de plaisir qu’à tromper ses voisins, et à maltraiter ses sujets.
Ingénu fut charmé de la beauté d’Aurore, et lui dit qu’il se croirait fort heureux, si elle voulait l’épouser. Aurore le trouvait fort aimable ; mais elle savait qu’une fille qui était sage, n’écoute point les hommes qui leur tiennent de pareils discours.

–  Monsieur, dit-elle à Ingénu, si ce que vous me dites est vrai, vous irez trouver ma mère, qui est une bergère ; elle demeure dans cette petite maison que vous voyez tout là-bas : si elle veut bien que vous soyez mon mari, je le voudrai bien aussi ; car elle est si sage et si raisonnable, que je ne lui désobéis jamais.

– Ma belle fille, reprit Ingénu, j’irai de tout mon cœur vous demander à votre mère ; mais je ne voudrais pas vous épouser malgré vous : si elle consent que vous soyez ma femme, cela peut-être vous donnera du chagrin, et j’aimerais mieux mourir, que de vous causer de la peine.

– Un homme qui pense comme cela a de la vertu, dit Aurore, et une fille ne peut être malheureuse avec un homme vertueux.  

Ingénu quitta Aurore, et fut trouver la bergère, qui connaissait sa vertu, et qui consentit de bon cœur à son mariage : il lui promit de revenir dans trois jours pour voir Aurore avec elle, et partit le plus content du monde, après lui avoir donné sa bague pour gage.

Nicoletta Ceccoli



Cependant Aurore avait beaucoup d’impatience de retourner à la petite maison ; Ingénu lui avait paru si aimable, qu’elle craignait que celle qu’elle appelait sa mère ne l’eût rebuté mais la bergère lui dit :

– Ce n’est pas parce qu’Ingénu est prince, que j’ai consenti à votre mariage avec lui ; mais parce qu’il est le plus honnête homme du monde.

Aurore attendait avec quelque impatience le retour du prince ; mais le second jour après son départ, comme elle ramenait son troupeau, elle se laissa tomber si malheureusement dans un buisson, qu’elle se déchira tout le visage.

Elle se regarda bien vite dans un ruisseau, et elle se fit peur ; car le sang lui coulait de tous les côtés.

–  Ne suis-je pas bien malheureuse, dit-elle à la bergère, en rentrant dans la maison ; Ingénu viendra demain matin, et il ne m’aimera plus, tant il me trouvera horrible.  

La bergère lui dit en souriant :
–  Puisque le bon Dieu a permis que vous soyez tombée, sans doute que c’est pour votre bien ; car vous savez qu’il vous aime, et qu’il sait mieux que vous ce qui vous est bon.  


Aurore reconnut sa faute, car c’en est une de murmurer contre la Providence, et elle dit en elle-même, si le prince Ingénu ne veut plus m’épouser, parce que je ne suis plus belle, apparemment que j’aurais été malheureuse avec lui.

Cependant la bergère lui lava le visage, et lui arracha plusieurs épines, qui étaient enfoncées dedans. Le lendemain matin, Aurore était effroyable, car son visage était horriblement enflé, et on ne lui voyait pas les yeux.

Sur les dix heures du matin, on entendit un carrosse s’arrêter devant la porte ; mais au lieu d’Ingénu, on en vit descendre le roi Fourbin : un des courtisans, qui étaient à la chasse avec le prince, avait dit au roi que son frère avait rencontré la plus belle fille du monde, et qu’il voulait l’épouser.

–  Vous êtes bien hardi de vouloir vous marier sans ma permission, dit Fourbin à son frère : pour vous punir, je veux épouser cette fille, si elle est aussi belle qu’on le dit.  

Fourbin, en entrant chez la bergère, lui demanda où était la fille.
–  La voici, répondit la bergère, en montrant Aurore.

– Quoi ! ce monstre-là, dit le roi, et n’avez-vous point une autre fille, à laquelle mon frère a donné sa bague ?

– La voici à mon doigt  , répondit Aurore.

A ces mots, le roi fit un grand éclat de rire, et dit :
–  Je ne croyais pas mon frère de si mauvais goût ; mais je suis charmé de pouvoir le punir.  

En même temps, il commanda à la bergère de mettre un voile sur la tête d’Aurore ; et ayant envoyé chercher le prince Ingénu, il lui dit :
–  Mon frère, puisque vous aimez la belle Aurore, je veux que vous l’épousiez tout à l’heure.

– Et moi, je ne veux tromper personne, dit Aurore, en arrachant son voile ; regardez mon visage, Ingénu, je suis devenue bien horrible depuis trois jours ; voulez-vous encore m’épouser ?

– Vous paraissez plus aimable que jamais à mes yeux, dit le prince ; car je reconnais que vous êtes plus vertueuse encore que je ne croyais.  

En même temps il lui donna la main, et Fourbin riait de tout son cœur. Il commanda donc qu’ils fussent mariés sur-le-champ ; mais ensuite il dit à Ingénu :
–  Comme je n’aime pas les monstres, vous pouvez demeurer avec votre femme dans cette cabane, je vous défends de l’amener à la cour.
 
En même temps, il remonta dans son carrosse, et laissa Ingénu transporté de joie.

–  Eh bien, dit la bergère à Aurore, croyez-vous encore être malheureuse d’avoir tombé ? Sans cet accident, le roi serait devenu amoureux de vous, et si vous n’aviez pas voulu l’épouser, il eût fait mourir Ingénu.

– Vous avez raison, ma mère, reprit Aurore mais pourtant je suis devenue laide à faire peur, et je crains que le prince n’ait du regret de m’avoir épousée.

– Non, je vous assure, reprit Ingénu : on s’accoutume au visage d’une laide, mais on ne peut s’accoutumer à un mauvais caractère.

– Je suis charmée de vos sentiments, dit la bergère ; mais Aurore sera encore belle, j’ai une eau qui guérira son visage.  

Effectivement, au bout de trois jours, le visage d’Aurore devint comme auparavant ; mais le prince la pria de porter toujours son voile ; car il avait peur que son méchant frère ne l’enlevât, s’il la voyait.


Cependant Fourbin, qui voulait se marier, fit partir plusieurs peintres pour lui apporter les portraits des plus belles filles.

Il fut enchanté de celui d’Aimée, sœur d’Aurore, et l’ayant fait venir à la cour, il l’épousa.

Aurore eut beaucoup d’inquiétude, quand elle sut que sa sœur était reine ; elle n’osait plus sortir, car elle savait combien cette sœur était méchante, et combien elle la haïssait.

Au bout d’un an, Aurore eut un fils qu’on nomma Beaujour, et elle l’aimait uniquement. Ce petit prince, lorsqu’il commença à parler, montra tant d’esprit, qu’il faisait tout le plaisir de ses parents.

Un jour qu’il était devant la porte avec sa mère, elle s’endormit, et quand elle se réveilla, elle ne trouva plus son fils.
Elle jeta de grands cris, et courut par toute la forêt pour le chercher.

La bergère avait beau la faire souvenir qu’il n’arrive rien que pour notre bien, elle eut toutes les peines du monde à la consoler ; mais le lendemain, elle fut contrainte d’avouer que la bergère avait raison.

Nicoletta Ceccoli


Fourbin et sa femme, enragés de n’avoir point d’enfants, envoyèrent des soldats pour tuer leur neveu ; et voyant qu’on ne pouvait le trouver, ils mirent Ingénu, sa femme et la bergère dans une barque, et les firent exposer sur la mer, afin qu’on entendît jamais parler d’eux.

Pour cette fois, Aurore crut qu’elle devait se croire fort malheureuse ; mais la bergère lui répétait toujours, que Dieu faisait tout pour le mieux.

Comme il faisait un très beau temps, la barque vogua tranquillement pendant trois jours, et aborda à une ville qui était sur le bord de la mer.

Le roi de cette ville avait une grande guerre, et les ennemis l’assiégèrent le lendemain. Ingénu, qui avait du courage, demanda quelques troupes au roi ; il fit plusieurs sorties, et il eut le bonheur de tuer l’ennemi qui assiégeait la ville.

Les soldats, ayant perdu leur commandant, s’enfuirent, et le roi, qui était assiégé, n’ayant point d’enfants, adopta Ingénu pour son fils, afin de lui marquer sa reconnaissance.

Quatre ans après, on apprit que Fourbin était mort de chagrin, d’avoir épousé une méchante femme, et le peuple qui la haïssait la chassa honteusement, et envoya des ambassadeurs à Ingénu, pour lui offrir la couronne.

Il s’embarqua avec sa femme et la bergère, mais une grande tempête étant survenue, ils firent naufrage et se trouvèrent dans une île déserte.

Aurore, devenue sage par tout ce qui lui était arrivé, ne s’affligea point, et pensa que c’était pour leur bien, que Dieu avait permis ce naufrage : ils mirent un grand bâton sur le rivage, et le tablier blanc de la bergère au haut de ce bâton, afin d’avertir les vaisseaux, qui passeraient par là, de venir à leur secours.

Sur le soir, ils virent venir une femme qui portait un petit enfant, et Aurore ne l’eut pas plutôt regardé, qu’elle reconnut son fils Beaujour.

Elle demanda à cette femme où elle avait pris cet enfant, et elle lui répondit que son mari, qui était un corsaire, l’avait enlevé ; mais qu’ayant fait naufrage, proche de cette île, elle s’était sauvée avec l’enfant qu’elle tenait alors dans ses bras.

Deux jours après, des vaisseaux qui cherchaient les corps d’Ingénu et d’Aurore, qu’on croyait péris, virent ce linge blanc, et étant venus dans l’île, ils menèrent leur roi et sa famille dans leur royaume.

Et quelque accident qui arrivât à Aurore, elle ne murmura jamais, parce qu’elle savait par son expérience, que les choses qui nous paraissent des malheurs sont souvent la cause de notre félicité.

Wes Anderson : Un peintre cinématographe – suite –

A l’inverse, cette image épurée, bleu, révèle les vertus apaisantes de cette couleur. Le bleu exprime la sérénité, le calme, il rassure et nous donne confiance. Il symbolise la liberté, et se révèle idéal pour la détente physique et mentale. 

L’esprit scientifique s’est penché sur cette inexplicable attirance de l’homme pour la couleur. Les neurosciences et la psychologie se sont alliées pour comprendre l’impact des couleurs sur les processus mentaux et particulièrement à travers l’émotion.

C’est le but de la psychologie de la couleur, une branche de la psychologie sociale expérimentale. Comprendre comment les couleurs sont capables d’évoquer des sensations de plaisir, de bien-être, d’inquiétude ou de vitalité qui sont profondément enracinées dans l’expérience personnelle, et de même faire ressurgir un symbolisme psychologique de l’inconscient collectif. Il est alors aisé de comprendre pourquoi les grandes entreprises comme Facebook ou Microsoft utilisent le bleu dans leur logo : ainsi, inconsciemment, ils associent leurs marques à l’émotion positive engendré par le bleu.

Ces études intéressent bien évidemment le neuromarketing (observer et mesurer les réactions du cerveau et du système nerveux face à différents stimuli à usage mercantile, publicitaire) ; comprendre de quelle manière le consommateur réagit (émotionnellement et efficacité émotionnelle) face à certaines stimulations chromatiques pour donner un indice qui favoriserait l’augmentation d’achats. Les résultats ne sont pas fiables à 100%, toutefois, ils éclairent sur les modèles de réaction.

Aujourd’hui, nous avons à faire face à une déclinaison de colories, fabriquée dans une visée mercantile, c’est-à-dire saturée et agressive pour attirer l’œil et exiger la consommation. Voire une colorimétrie acidulée rappelant les jouets d’enfants, qui d’une certaine façon infantilise.

Dans les multiples visions du monde, ce dernier est interprété d’un seul axe sociétal et j’aimerais ouvrir un autre axe de réflexion qui est celui de l’Art, et plus particulièrement de la théorie de la couleur de Kandinsky concernant l’effet physique de l’effet affectif des couleurs sur l’humain.

L’effet affectif est totalement subjectif et concerne ce que la sensation produit sur notre intériorité, sur nos sentiments et nos émotions. C’est un dialogue avec l’âme, une résonance intérieure qui ne peut se partager puisqu’elle concerne notre intime histoire personnelle. Il n’est plus question de cantonner la peinture à l’imitation de la Nature ni non plus de tomber dans la décadence de “l’art pour l’art”, c’est à dire privé l’art de son souffle spirituel. Mais bien de mettre l’Homme en mouvement par l’émotion. (du latin emovere : mettre en mouvement, provoquer, faire naître).

« La couleur est donc un moyen d’exercer une influence directe sur l’âme. La couleur est la touche. L’œil est le marteau. L’âme est le piano aux cordes nombreuses. » 

Wassily Kandinski : peintre russe et théoricien de l’art (1866-1944).

Kandinsky est un des fondateurs de l’art abstrait. Il a théorisé sous la forme de deux ouvrages, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier et Forme et ligne sur plan. L’art abstrait était pour lui le moyen de saisir une loi générale de l’univers, qui lierait le règne de la Nature et de l’Art (obéissant à des règles spécifiques) pour y faire une synthèse à la fois immanente et transcendante.

Il s’agit de créer une spirale qui s’agrandit, de dépasser l’émotion primaire, pour aller vers un plus grand raffinement. Car il y a une nécessité intérieure d’où naît la création de l’œuvre et qui se déploie de manière mystérieuse, mystique, acquiert ensuite sa propre autonomie pour se charger d’un souffle spirituel et se mettre à faire vibrer l’âme humaine.

La nécessite intérieure de créer un dialogue supra-sensible, de l’harmonie des formes et des couleurs qui dépasse le cadre des sensations, pour toucher aux affects, à l’émotion, au cœur.

Kandinsky distingue les couleurs par deux axes antagonistes :

  • Axe Chaud / Froid :

Le chaud est associé au jaune et le froid au bleu. Les deux forment un contraste dynamique. Le jaune possède un mouvement excentrique, il « sort du support » pour venir vers le spectateur. Il a une tendance au débordement, c’est à dire qu’il donne l’impression de “gonfler” et de s’étendre sur les zones environnantes.
Kandinsky qualifie le jaune de couleur terrestre, dont la violence peut être pénible voire agressive.

Le bleu quant à lui possède un mouvement concentrique, qui donne l’impression de s’enfoncer dans le support en s’éloignant du spectateur. Il a une tendance au repli, et semble se faire contaminer par les zones environnantes. Kandinsky qualifie le bleu de couleur céleste, qui évoque un calme profond.

Le mélange des deux donne une couleur parfaitement immobile et calme : le vert.

  • Axe Clarté/Obscurité :

La clarté est la tendance au blanc, tandis que l’obscurité est celle au noir.

Le noir/blanc est le second grand contraste statique, il évoque le vide.

Le blanc est ressenti comme un silence profond, apaisant et plein de possibilités tandis que le noir est un néant sans possibilité, il est ressenti comme un silence éternel et sans espérance.

En occident, dans notre culture, le noir est vu comme la mort, et toutes les autres couleurs résonnent ainsi avec force, lorsque qu’elles sont voisines avec lui.

Les œuvres de Kandinsky sont des symphonies qui permettent la mise en mouvement. La fiction est elle aussi un moyen de se mettre en mouvement par la projection, l’imagination, pour se réinventer et apprivoiser son cœur par les différentes aventures vécues par procuration mais réellement ressenties.  

Le cinéma dans son essence est une image littéralement en mouvement. Pour Wes Anderson, cinéaste, l’image sans cesse en mouvement véhicule son idée, d’un monde utopique et d’une réalité ré-enchantée : les couleurs ont un sens car projetées sur des objets clés de l’histoire et ayant un sens pour nous aussi. La peinture se transforme en matière tangible, à travers un objet manufacturé colorisé, véritable accessoire au service de l’image, de l’idée qui nous ancre dans le mouvement.

Wes Anderson insiste par cette avalanche de couleurs à venir chercher le cœur des choses et sublimer la vie. Quand on souhaite s’y plonger on découvre qu’il prône par le rire la dureté de la réalité. Il n’est pas question pour lui de reproduire la réalité, dans la vaine illusion qu’en s’y accrochant nous pourrions mieux la contrôler.

Il est au contraire une question vitale, une nécessité de la redessiner, d’user du médium du cinéma pour la transcender et véhiculer un message d’espoir. Tous nous éprouvons à un moment ou à un autre la difficulté, la dureté, la souffrance, ce sont les aléas de la vie. Et si la solution était de la magnifier, non pour la fuir mais pour élargir son spectre et laisser de la place à la douleur, tout en restant digne et droit, comme un rappel du refuge qu’offre à tout moment et pour tout être, la beauté au travers. Utiliser le cinéma pour user de ses artifices de couleurs, de mise en place de l’image et laisser émerger de lui-même, les instants de grâce qu’offre la vie.

Naturellement enthousiaste et non dépressive, je suis partisane du parti pris de l’humour, de l’élégance, des couleurs, du dynamisme d’une image ordonnée, rappelant les films de Buster Keaton.  

La vie est telle que je préfère la prendre dans sa dimension joyeuse, il y a une fin à tout et c’est le voyage qui compte, alors pour honorer chaque respiration qui est unique, je préfère y aller haut en couleurs.

« Wes Anderson appartient à la catégorie des cinéastes utopistes qui cherchent à composer des harmonies dont seul le cinéma est capable. Comme ses personnages, et comme dirait l’autre, il construit un monde s’accordant à ses désirs, et ne peut qu’agacer ceux qui croient encore en l’existence d’un seul monde, parfois vulgairement appelé « réalité » voire « réel ». Mais faut-il rappeler qu’une chanson des Kinks n’est pas moins une « réalité » qu’une flaque de boue ? Anderson pense, comme Oscar Wilde ou Witold Gombrowicz, que l’Homme est un être artificiel, et que ses artifices font sa grandeur. Une pose élégante, une jolie mélodie, une veste bien taillée ou une blague potache peuvent être des choses essentielles : elles peuvent aider à soutenir un corps ou une vie, ne serait-ce qu’une minute. Admettre cela exige sans doute une lucidité terrible, et les comédies de Anderson s’élèvent au-dessus d’une tenace mélancolie. »

Vous découvrirez dans l’article ci-dessous (lien), une analyse des personnages et des scénarios de Wes Anderson. C’est une autre de ces facettes dont l’article résume bien l’idée.

https://filmfilm.eu/post/89547333238/wes-anderson-la-politesse-du-d%C3%A9sespoir-par-marcos

Moonrise Kingdom, Wes Anderson

Wes Anderson : un peintre cinématographe

« Qu’est-ce que l’être face à la couleur du monde ? La couleur du monde est plus grande que le sentiment de l’homme. » – Juan Ramón Jimenez —

Lors de mon article sur une explication artistique de la voyance, j’ai présenté succinctement l’influence de Wes Anderson dans mon choix de carrière tendant à s’orienter vers la création cinématographique. J’aimerais donc ici revenir un peu plus longuement sur son travail et sur son parti pris, qui pour moi s’inscrit dans le champ du ré-enchantement du monde.

Il n’est pas si commun de voir au cinéma, autre que dans un film d’animation, un véritable parti pris sur la colorimétrie. J’ai trois exemples en tête, Minuit à Paris de Woody Allen (avec une accentuation jaune) ; Her de Spike Jones (tonalité de rose) et Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jeunet (dans des tons jaune et vert). L’usage spécifique d’une couleur donne une identité singulière à l’ambiance du film qui marque les mémoires. Wes Anderson, en plus de donner une palette de couleurs principales à ses films, travaille avec soin ses costumes comme partie intégrante du choix colorimétrique.

Minuit à Paris, Woody Allen
Her, Spike Jones
Amélie Poulain, Jeunet

Pour toute personne m’ayant déjà rencontré, un détail n’échappe pas quant à la présence de la couleur dans mes choix vestimentaires, qui sont pour moi une autre forme de peinture. Je suis passionnée par la haute couture, à laquelle je m’intéresse pour son esthétisme, ses défilés, et dont j’use des images (magazine Vogue particulièrement) en papier glacé pour mes créations d’images. Je considère la haute couture comme de l’art, certaines pièces sont de véritable œuvre d’art. L’effet du vêtement permettant une déstructuration de la forme humaine, cela apporte une réflexion sur le corps, l’impact émotionnel dégagée par certaine tenue amenant à une sorte de sacralité perdue. Je trouve que le corps de l’Humain y retrouve toute sa splendeur. Bien évidemment, je distingue l’art de la couture, du monde social de la mode avec ses codes et ses valeurs, dont je me tiens très éloignée.

Dans le quotidien, je transforme mon rapport au prêt à porter, j’ai par amour pour les vêtements appris à coudre, et les costumes pour mes projets cinématographiques ont une importance capitale. Un vêtement est une forme, une matière et une couleur qui viennent s’apposer au corps pour le sublimer. Certaines couleurs rehaussent le teint, certaines sont propices à l’hiver, d’autres à l’été. Une tenue s’intègre dans un paysage, dans un ciel, dans une température et dans un contexte. Chaque jour elle se redessine et il y a toujours une couleur qui entre en résonance en nous et qui ouvre une porte vers une nouvelle expression de soi pour un moment précis : le présent.

La couleur n’est pas réservée aux enfants, les couleurs n’existent que le jour, elles sont associées au Soleil, à sa lumière, sa chaleur et donc à la profusion de vie qui en découle. De plus, elles permettent de différencier les différentes formes qui nous entourent, contrairement à la nuit où tout est une variation de gris.

Les couleurs respectent des règles simples et intransigeantes. Tout d’abord, il y a peu de couleurs : on les appelle primaires car elles permettent un nuancier infini et ne sont pas « productibles » c’est-à-dire que nous devons les trouver ainsi dans la nature : il s’agit du bleu, du jaune et du rouge ; le noir et le blanc ne sont pas des « couleurs » techniquement. Sur le schéma ci-dessus, en traçant un triangle isocèle entres trois couleurs à partir de n’importe laquelle, leurs relations se révèlent.

Les couleurs primaires interagissent entres elles et en se mélangeant apportent d’autres propriétés et forment les groupes de couleurs secondaires (mélanges des couleurs primaires : orange ; vert ; violet) et tertiaires (mélange de plus de deux couleurs donnant une variété infinie de nuances de couleurs).

Le but est donc d’harmoniser les couleurs en fonction des contraintes et des idées que l’on a. « Les accords de couleur subjectifs sont un moyen de reconnaître les différents styles de pensée, de sentiment et d’action que l’on peut rencontrer chez les êtres humains » ; Johannes Itten. Cela s’entend quand cette perception des couleurs a été travaillée et affinée, comme chez les peintres ou les designers.

Les couleurs forment des contrastes qui répondent à deux tonalités : harmonie ou différenciation.

Pour harmoniser les couleurs il faut établir des camaïeux. Pour les contrastes il faut créer des juxtapositions de couleurs complémentaires : bleu et orange ; jaune et violet ; rouge et vert.

Palettes de la vie aquatique de Wes Anderson
Palette précise de La Vie Aquatique, Wes Anderson
Palettes des différents films

Les palettes utilisées par Wes Anderson sont limitées et harmonisées sur l’image en respectant scrupuleusement un usage des formes par la symétrie. Il compose des images dont les atmosphères rétro (que l’on retrouve sur les photos argentiques) suscitent un mélange de tendresse nostalgique et de divertissement aigre-doux.

Les palettes non réalistes contribuent à renforcer le pacte étroit avec le spectateur : elles l’avertissent que nous sommes au cinéma, pour y regarder de la fiction à l’état pur.

L’idée de Wes Anderson est non pas une reproduction fidèle du passé, mais  un « effet de passé », en paraphrasant l’impression de réel dont parle Roland Barthes : ce sont les détails qui pourraient paraître superflus et dépourvus de fonction narrative, comme le design de la couverture d’un livre (celui qui raconte l’histoire du Grand Budapest Hotel) ou un accessoire porté par un personnage (le bandeau d’un tennis des années 70, porté par Richie Tenenbaum), qui contribuent cependant à amplifier, avec les choix en matière de lumière et de couleur, cet effet de passé qui fascine les spectateurs, séduits par un monde qui n’est plus. 

« La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses. Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison. ». Pascal dans les pensées.

Comme nous l’avons vu avec Wes Anderson, le choix des couleurs véhiculent énormément d’informations et d’idées. Il ne faut pas surcharger le regard, trop d’informations établissent une sorte de chaos qui est plus stressant qu’autre chose.

On ne voit plus rien à la fin. 

Plage Anglaise, été 2020

Histoire de peinture – Daniel Arasse

Fascinée par le motif de l’ange de l’annonciation, qui représente l’instant où l’infini vient dans le fini, l’incommensurable dans la mesure (Saint Bernardin de Sienne), je me suis replongée avec délices dans les histoires de peinture, contées par l’historien Daniel Arasse.

L’importance de la vie psychique

« La vie intérieure fonctionne à bas bruit, elle est faite de tout ce qui spontanément n’attire pas notre attention. Cette discrétion vient de ce que, souvent, les choses importantes s’accomplissent dans le secret et le silence. Nous devrions faire plus souvent l’effort de distinguer l’urgent de l’important. » Christophe André

Christophe André est un psychiatre, grand nom connu en psychologie, que je connais depuis longtemps. Lorsque j’étais un tout nouvel apprenant, en questionnement avec mon temps, la psychologie se mêlait à un besoin d’ancrage, et représentait simultanément un questionnement et une recherche sur le bouddhisme.

Un des ouvrages de Christophe André en était la parfaite synthèse. J’ai donc, en 2011, lu et pratiqué « la méditation jour après jour ». Bien qu’ayant depuis évoluée sur le fil de ma pensée, il reste toujours un précieux guide dans les moments difficiles, car tel est son usage.

Depuis, la méditation est encore plus à la mode, et Christophe André en est devenu l’égérie car il occupe le terrain médiatique : Chroniques radios, conférences, interviews…

Nous restons dans un système social très préoccupé des questions économiques dont les choix découlent et dont le questionnement du sens, du spirituel, se conjuguent avec les euros.

Ce n’est ici pas mon propos.

Le sujet ici, l’importance de la vie psychique (interview assez longue), permet au psychiatre de développer, avec calme et bienveillance, l’utilité de la vie intérieure.

Je pense qu’un auteur n’a que peu d’idées fortes et qu’il les décline en fonction de leur affinement au fil de ses ouvrages. Pour moi, Christophe André alerte sur la facilité avec laquelle on balaye du revers de la main sa vie intérieure.

Il définit la vie intérieure par tout ce qui est vivant à l’intérieur de soi, tout ce qui est perceptible lorsque nous nous arrêtons quelques instants : les sensations corporelles, les ressentis émotionnels, les pensées, les impulsions, les envies, les inquiétudes, les peurs…c’est un flot ininterrompu de rumeurs perpétuelles.

La principale difficulté de la vie intérieure est qu’elle peut apparaître a priori moins intéressante, ou plus difficile, que ne l’est la vie extérieure et le rapport aux autres.

Toutefois, en faisant l’effort de l’explorer, par des méthodes douces, tel que la méditation, l’écriture d’un journal intime, la prière, l’introspection, propre et adapté à chacun, nous pouvons aller vers une recherche d’unité avec cette richesse intérieure, dans le but de se réaliser pleinement. Alors s’accroit ses chances d’être heureux et généreux. Car nous nous écoutons et prêtons intérêt aux autres.

La méditation souffre de son a priori sur l’arrêt des pensées, or la vie intérieure est  bien plus complexe qu’un système Pensée /Non Pensée, car la souffrance et la tristesse sont des émotions qui sont le pendant au bonheur. Sans elle, nous perdons une part d’humanité, il ne s’agit donc pas de vouloir supprimer les pensées tristes et nostalgiques, mais plutôt d’accepter de les héberger sans crainte, de prendre le temps de les observer et de trouver le meilleur usage à en faire. Alors, tranquillement, nous nous recentrons sur le moment présent, l’avenir et le passé sont des temporalités qui nous sont incertaines et lourdes d’émotions. Par un pas de légèreté, savourons le bonheur de l’instant, habitons pleinement notre quotidien, et réjouissons-nous d’être bien vivants.

Voici une interview de Christophe André, sur son dernier livre, « la vie intérieure ».

Qu’est ce que l’acte de création ?

Je mets ici, un lien vers une longue conférence de Gilles Deleuze, sur l’acte de création, particulièrement au cinéma.

C’est une vue de la pensée abstraite et philosophique sur la dimension toute aussi abstraite des idées. En allant bien plus loin, pour lui l’art est un acte de résistance, car créer, c’est résister à ce qui entend contrôler nos vies.

L’œuvre d’art n’est pas un instrument de communication. L’œuvre d’art n’a rien à faire avec la communication. L’œuvre d’art ne contient strictement pas la moindre information. Malraux développe un bon concept philosophique. Il dit une chose très simple sur l’art : «C’est la seule chose qui résiste à la mort.» 

Vertus thérapeutiques de l’écriture

Est-il vraiment si difficile de croire que les artistes mystiques et les penseurs visionnaires puissent avoir, à propos de la vie et de l’âme, des idées meilleures que les conclusions issues de la synthèse des données d’expériences menées dans les universités sur des échantillons choisis au hasard ? J’ai besoin de théories qui font bouger l’intellect, comme le peut faire l’art, non de théories qui figent nos intellects » (Hillman, 2005)

L’écriture est pour un moi un moyen simple, accessible pour tous ceux qui en ont la volonté, de toucher une part d’esthétique et de création agrandie à sa propre vie. Créer représente donc la restitution d’une manière originale, avec ce que l’on sent pour pouvoir rentrer en contact avec le monde externe.

La création à travers l’expérience esthétique représente un pont idéal entre nous et les autres. Paolo Quattrini. « Esthétique vient du grec aisthanomai, je sens. L’esthétique est la mesure de la qualité du ressenti, c’est la mesure du goût, et elle est donc indispensable à la qualité de la vie »

Ecrire devient alors un miroir aux multiples bienfaits, c’est une catharsis qui permet de déverser librement ses émotions sans jugement et sans autocensure, faisant un pont entre le conscient et l’inconscient. Puis le temps de la relecture ouvre vers une vision claire de son état émotionnel, et permet de s’en libérer. L’écriture est ici axée sur l’introspection et le questionnement intérieur. Elle permet de s’écouter et de laisser s’exprimer des parties inconscientes de soi.

On peut alors se servir de l’écriture pour :

  • Apaiser la souffrance morale ;
  • Diminuer l’anxiété et améliorer le sommeil ;
  • Raconter son histoire, partager avec les autres ;
  • Obtenir un dédommagement, une réparation ou une reconnaissance ;
  • Prendre du recul sur soi et comprendre ce qui ne va pas ;
  • Initier des changements dans son comportement ;
  • Développer sa créativité ;
  • Réaliser un projet.
Students with pointy noses. Leiden, University Library, MS BPL 6 C (13th century).

Différentes études scientifiques de psychologie ont démontré les différents impacts positifs de l’écriture.  

Notamment pour soulager les douleurs du corps, écrire régulièrement sur sa souffrance physique aide à se sentir mieux, à moins prendre de médicaments et moins voir le médecin. L’écriture expressive a un effet positif sur la tension artérielle et la fréquence cardiaque.

Cet effet positif se retrouve également sur les douleurs morales comme la dépression, écrire permet d’être attentif à ses émotions, de parvenir à les accueillir avec bienveillance avant de coucher sur le papier des événements durs, traumatisants, pour mieux les dépasser.

Les chercheurs supputent que « l’écriture de soi » favorise une forme de désinhibition individuelle et sociale. L’écriture permet de mettre des mots sur les émotions ressenties et modifie la mémoire de travail.

De plus, écrire permet de prendre du recul face aux stress du quotidien. L’écriture expressive permet d’améliorer la conscience et l’acceptation de soi, mais aussi de lutter contre les ruminations, les pensées négatives envahissantes, l’anxiété et les stratégies d’évitement (c’est-à-dire ces actions que nous mettons en place pour échapper aux facteurs de stress et qui peuvent considérablement compliquer nos vies). Cela permet de faire baisser la pression et renforce l’optimisme. 

Naturellement, apaiser les tensions favorise le sommeil, et aide donc à atteindre ses objectifs car noter est un premier pas, une forme d’engagement, parce que cela nous oblige à rationaliser, prioriser, et nous rappelle le point à atteindre.

Le point de vue des neurosciences 

Les études fonctionnelles cérébrales confirment l’étrange rapport des mots aux marques neurologiques des traumatismes émotionnels. Dans le cerveau de patients qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique, le souvenir de l’événement s’accompagne d’une activation du cortex visuel ( » l’image inoubliable « ), et des noyaux limbiques responsables des émotions et de leurs manifestations dans le corps. Simultanément, le centre de l’expression du langage – l’aire dite de Broca – est désactivé. Tout se passe comme si la nature physique des souvenirs traumatiques dans le cerveau était incompatible avec les mots ( » Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai vécu… « ). L’écriture modifie peut-être l’équilibre entre les différentes aires de représentation qui s’activent pour un souvenir donné. Redonner naissance aux mots semble aider les émotions bloquées à se diffuser et libérer les énergies intérieures.

Les bénéfices ne concernent pas seulement les individus dépressifs. Elle est aussi utile pour les troubles psychiatriques, au terme de leur thérapie. Cette fois-ci l’écriture prend le parti de se focaliser sur les aspects favorables de la vie quotidienne : les événements positifs ou les moments de bien-être, en mettant en évidence les compétences et les possibilités d’action du participant face à ces événements.

Les résultats mettent en évidence une atténuation significative de l’état dépressif. Il suffit pour les ex-patients de faire des exercices d’écriture d’une durée de 15 à 30 minutes, trois fois toutes les semaines, pendant quatre semaines, pour obtenir un résultat. De plus, les chercheurs ont confirmé que la pratique de l’écriture de soi permet de réguler plus efficacement les émotions. Le fait de devoir considérer les événements positifs récents permet d’élaborer des stratégies, de réévaluer des situations difficiles jugées autrefois particulièrement anxiogènes et insolubles.

Si le participant a recours à un grand nombre de stratégies pour résoudre un problème ou pour réagir face à une émotion intense, il sera en mesure d’identifier avec précision les différents facteurs de stress, et se montrera moins anxieux et moins agressif.

La pratique de l’écriture, orientée sur la reconnaissance et l’analyse des éléments positifs de sa vie, n’a pas que des avantages d’ordre strictement thérapeutiques. Elle peut être utile à tous.

Leiden, Universiteitsbibliotheek, BPL MS 111 I, 14th-century doodle.

La pratique du Carnet

Écrire et lire sont des activités de synthèse qui sont intimement liées et dans lesquelles la cognition et les émotions jouent un rôle important. Tenir un carnet est une véritable discipline. Et ceux qui s’y astreignent évitent de perdre le fil imprévisible des idées qui se présentent souvent de manière aléatoire et qui s’empressent de disparaître si elles ne sont pas notées.

Un carnet bien tenu risque de nous surprendre comme un creuset fertile duquel surgissent, s’il est bien nourri, des idées qui risquent de nous étonner. Un tel carnet recèle des solutions imprévues et insoupçonnées. Le carnet peut devenir le transcripteur de nos pensées. Et, comme on le sait, nous sommes constamment en dialogue avec nous-mêmes. Nous nous racontons des histoires.

Le carnet est un aide-mémoire, mais aussi un terrain pour revisiter nos idées, élaborer nos projets, confronter nos découvertes, dénicher de nouvelles idées ou simplement constater que ce que nous venons de réaliser n’est pas nouveau et fait écho à un concept que nous avions noté quelques mois, voire quelques années auparavant.

Car l’écriture est un fil de vie qui respire et bouge au fur et à mesure des évènements de la vie : les ruptures et les deuils sont des passages uniques et ils servent à changer de dimension, approchant des petites morts, ou des morts véritables. L’écriture en ce cas, serait de laisser filer ce qui vient, ce qui sort, un torrent de mots qui peuvent se dérégler, autant dans le vocabulaire que dans la syntaxe. Sans tomber dans l’écriture automatique, nous pouvons lever la censure du langage écrit et de ses codes. Nous pouvons laisser la rage, la colère, l’impuissance vivre son rythme et déformer, laisser déformer nos lettres.

Contes de fées versus les mythes

Que signifie les contes de fées ?

« Aujourd’hui comme jadis, l’esprit de la moyenne des enfants doués d’un esprit créatif peut s’ouvrir à la compréhension des plus grandes choses de la vie grâce aux contes de fées et de là, parvenir facilement à jouir des plus grandes œuvres de la littérature et de l’art ». Bruno Bettelheim : la psychanalyse des contes de fées

Les contes de fées ont une telle densité qu’ils sont une affaire infiniment plus solide que la plupart des romans réalistes, comme il en existe pléthore, et qui ont autant de densité que des ragots, c’est-à-dire, d’historiettes n’ayant d’importance que dans un contexte et un lieu défini, titillant la curiosité par une illusion de proximité.

Mircea Eliade (historien des religion, mythologue, philosophe et romancier) définit les histoires, comme « des modèles de comportement humain, ce qui permet de donner par le fait même un sens et une valeur à la vie »

La différence entre une historiette, un ragot, et une histoire c’est la quête de sens qui conduit inévitablement à grandir sa spiritualité. Ce sont différentes formes de sagesses, qui ont fournis des notions profondes soutenant l’humanité tout au long de son existence. Je pense que les mythes, les contes de fées, les textes religieux bibliques sont des histoires fondamentales pour exercer sa connaissance de soi.

L’astrologie que je côtoie est porté davantage sur le mythe : j’ancre ma pratique du Tarot, et les formes de l’écriture, davantage vers les contes (de fées). Les deux ont pour moi une grande importance complémentaire, toutefois, il est nécessaire de bien comprendre leurs dynamiques internes pour cerner leurs différences et leurs points communs.   

extrait photographique de Moon Rise Kingdom, Wes Anderson
Le point commun : le symbolisme d’une histoire accessible pour tous.

Les mythes et les contes de fées seraient des expressions symboliques de rites d’initiations ou autres rites de passage.

Le symbole met en relation des formes avec des sens, des significations, des schémas sémantiques.  Il est par excellence le langage de la nature et de l’inconscient, c’est un langage muet qui parle au travers des rêves, des images, des formes, des sonorités, des mouvements. Le symbolisme décrit une géographie du monde des sens, car sa fonction principale est de montrer le sens qui transparaît à travers la forme qui, elle-même, véhicule une information : par exemple la forme d’une Cellule impacte son fonctionnement, et donc ses propriétés.

Le corpus mythologique est comme un livre du monde des sens, qui se compose d’histoires racontées (les dieux qui vivent ensemble et qui ont décidé de le raconter) au travers des phrases (les aventures mythiques), composées de mots (les dieux) composé de lettres (les symboles). Il en est de même pour la construction des contes de fées.

Ces histoires sont l’héritage d’une sagesse révélée sous une forme simple, directe et accessible dès le plus jeune âge : les enfants sont très réceptifs et demandeurs d’histoires. Également, l’offre constante de films et de séries nous amène à penser que l’adulte en est, lui-aussi, plutôt friand.

 Kristina Makeeva 
La différence : le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide ?

La différence principale est qu’un mythe est pessimiste et un conte de fée optimiste.

Le mythe présente son thème de façon empathique, il est riche d’une force spirituelle ; le divin y est présent et se trouve incarné dans des héros surhumains, nommés et avec une personnalité propre, qui connaissent la transfiguration dans une vie éternelle céleste.

L’homme devient un surhomme, l’utilité du mythe est de former un surmoi (en conflit avec des actions motivées par le Ça et les désir d’auto conservation du Moi), mais les exigences qu’ils personnifient sont si rigoureuses qu’elles en sont décourageantes pour les tentatives d’un novice qui tenterait d’intégrer ce surmoi à sa personnalité.

Les contes de fée, eux, visent l’intégration du Moi qui permet une satisfaction convenable du Ça. En d’autres mots, les processus internes impliqués dans tout processus normal de croissance de l’individu sont extériorisés et deviennent compréhensibles parce qu’ils sont représentés par les personnages et les événements de l’histoire. De plus, l’anonymat du héros facilite les projections et les identifications.

Les vertus thérapeutiques du conte de fées viennent de ce que le patient trouve ses propres solutions en méditant ce que l’histoire donne à entendre sur lui-même et sur ses conflits internes à un moment précis de sa vie. Ils suggèrent avec beaucoup de subtilités comment il convient de résoudre ces conflits, et quelles sont les démarches qui peuvent nous conduire vers une humanité supérieure. L’auditeur n’est soumis à aucune exigence, ne ressent donc pas de sentiment d’infériorité, et garde espoir par la promesse d’une conclusion heureuse.

Lewis Caroll « Les contes de fées sont des explorations spirituelles, et partant les plus semblable à la vie, puisqu’ils révèlent la vie humaine comme si elle était contemplée, ressentie ou devinée de l’intérieur ». 

Voyance versus médium une explication artistique de la voyance PARTIE 3

l’intérêt de la Voyance ?

Le système de la Voyance régit pour moi la même dynamique des visionnaires et des médiums. Certains voyants sont des visionnaires, ils voient véritablement des images du futur, grâce à une capacité innée qui a par la suite été très travaillée. D’autres, une grande majorité, sont des médiums, qui ont un public restreint et un message à destination du présent. Ils sont aussi des acteurs culturels qui ré-enchantent le monde en y intégrant l’invisible. Pour cela nous devons les recompter parmi nous, les légitimer pour laisser une fenêtre moins grande au « charlatan », il y en a toujours eu, et il y en aura toujours. Un véritable médium adopte une attitude humble par la transmission d’un message qui nous indique la voie d’une vérité sienne et intime. L’un ne prévaut pas sur l’autre. Nous avons besoin des médiums, car ils véhiculent un message qui nous sera important pour notre vie individuelle. Les visionnaires, eux, partagent une vision avec le collectif. Le collectif est une somme d’individus, et les individus forment le collectif.

Comme dit précédemment, c’est au travers de la culture que nous pouvons construire une société qui s’humanise davantage. Il est question ici de la société que nous voulons construire, de la poursuite d’une humanité, la page d’un nouveau chapitre dont Nietzsche a essayé d’esquisser les premiers traits, celui de l’enfantement du surhumain.

La notion de « Dieu » tel que nous le concevions au Moyen Âge est morte. L’Homme de la Renaissance a déplacé quant à lui le curseur central de l’univers non plus sur Dieu, mais sur lui-même. Depuis, c’est l’agonie tragique de la spiritualité en Occident qui nous conduit à mendier celle encore un peu vivace de l’Orient. Du Mal de l’Occident, pourtant, viendra la source de la guérison, c’est cela que Nietzsche a essayé de démontrer au travers de son œuvre. Le concept fort du nihilisme qu’il y développe a souvent été présenté et compris comme une fin, quand il n’est qu’une étape morbide qui se doit d’être dépassée, surmontée, transcendée. Il est l’aboutissement logique de toutes les valeurs folles du modernisme, qui mènent à une amoralité par perte du sens des choses, et donc à un scepticisme général, sur tout et tout le monde. Le positivisme d’Auguste Comte en est le parfait exemple : pour lui, la nature intrinsèque des phénomènes n’importe tout simplement pas, seules les lois scientifiques sont légitimes pour les expliquer.

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Face à la mort de ce Dieu, ou plutôt de son concept (le « Grand Mystère »), éclot le Surhumain, l’humain en conscience, l’humain éclairé, celui qui a une véritable foi pleine d’amour, qui est emplit de responsabilité et d’espérance optimiste, et qui paradoxalement s’émancipe de Dieu pour s’ouvrir à une spiritualité plus mature.

En Occident, les polythéismes de l’Antiquité ont été remplacés par les monothéismes du Moyen-âge, puis les monothéismes du Moyen-âge ont été remplacés par le scientisme de l’ère Moderne (« tout ce qui n’est pas scientifiquement prouvé n’existe pas »). Or, aujourd’hui plus qu’au temps de Nietzsche car les atrocités belliqueuses du XXème siècle nous séparent, nous sommes confrontés à l’impasse de 400 ans d’anti-spiritualité et d’un anthropocentrisme forcené, qui nous laissent orphelins de Sens : sur ce plan, la Vie, au vu de la mélancolie ambiante et de l’égarement général, ne semble pas se suffire à elle-même.

Le « Surhumain enfanté » devra affronter ceux qui « de l’ancien monde renaissant » pensent que la mort de Dieu signifie le nihilisme (lire à ce propos Dostoïevski « Les Démons »). Nietzsche nous montre que c’est trop facile d’assassiner Dieu et de construire sur ses cendres un monde animé d’une nouvelle morale positiviste, dénuée de toute volonté de transcendance et donc résolument ancrée, arrimée, agrippée à la matérialité, comme nous pouvons le constater aujourd’hui dans la société moderne. Le surhumain de Nietzsche n’est donc pas un postmoderne mais un postindustriel, il s’émancipe de l’ère Moderne. Cette dernière se caractérise par le capitalisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, tendant vers un libéralisme où « le marché » et « l’économie » deviennent des entités de puissance qu’il ne faut pas « déranger », à qui il est nécessaire de faire des offrandes, des sacrifices, comme on en faisait aux Dieux sous l’Antiquité pour ne pas s’attirer leur courroux.

Le Surhumain est un franchiseur, un lutteur pour la terre, un être de volonté, un acte pur, une œuvre. C’est le guide vers une autre étape de l’histoire de l’humanité.

Forme d’un théorème de la Voyance

Je pense que nous sommes tous porteurs de message pour les uns et pour les autres, nous sommes tous reliés et en résonance. Je pense qu’il est aussi nécessaire d’être à sa juste place et de regarder avec les autres les visionnaires. Sachons aussi reconnaître une forte intuition qui nous placerait nous-même en tant que visionnaires pour les générations futures, avec des moyens qui sont propres à nos culture, époque et idée. En Art nous apprenons : l’idée impose le médium.

Pour ma part, je pense par exemple qu’un visionnaire aujourd’hui, ce n’est que mon avis de lectrice et de créatrice, se situe dans la science-fiction, le fantastique, la fantaisie. Et pour cela, je citerai un auteur qui est aussi important pour moi que Dostoïevski : Terry Pratchett. Cet auteur britannique mort il y a quelques années, au travers d’une série impressionnante de romans (les annales du Disques Monde), nous propose, avec humour et optimisme, une vision du monde réenchantée. À contre-courant d’un excès de naturalisme, la légèreté du fantastique, de la science-fiction et de la fantaisie semble superficielle. « Les derniers romans du Disque Monde ont abordé des thèmes tels que la nature de la foi, la politique, et même la liberté de la presse, mais parce que j’y ai glissé un dragon minable, on m’appelle « auteur de fantaisie » (Terry Pratchett) ».

Je pense au contraire que cette légèreté est une nécessité et n’est pas synonyme de superficialité. S’accrocher en excès à la réalité, à la matérialité, est une erreur qui amplifie la souffrance. Le monde est réduit à la société qui ramène tout à sa propre chronologie. Nous sommes inondés « d’histoires, de films, de séries » qui ne sont qu’une reproduction du drame sociétal. Pourtant, le succès de la série « Game of Thrones » dénote bien un besoin, chez beaucoup, d’évasion salutaire, pour stimuler une imagination permettant de se réinventer chaque jour.

Il est le propre des visionnaires de voir le futur et de paraître en décalage avec le présent. Aujourd’hui, la fantaisie et la science-fiction sont destinées à un public précis et réduit, mais l’Histoire nous dira si elle retiendra ces deux genres pour magnifier son passé et inspirer son présent et son futur.

Enfin, pour terminer sur une note personnelle, je suis une très grande lectrice et ce depuis mon premier mot déchiffré l’âge de 2 ans et demi. Bien que mon écriture soit lente et imparfaite, le langage est pour moi devenu une seconde nature. J’ai donc lu une quantité astronomique de livres, ayant eu la chance de vivre dans une ville-monde remplie de bibliothèques. Je suis certaine que la pratique de la lecture symbolique me place dans la catégorie des médiums, de « passeuse de message ». C’est ce que j’essayais de faire dans la peinture, mais le monde social l’entourant brouillait les ondes. À la façon des artistes, mon idée, réenchanter le monde, impose le médium, qui est pour moi l’écriture symbolique et les créatures peuplant les mondes invisibles.

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Voyant versus Médium : une explication artistique de la voyance. PARTIE 2

Les Visionnaires

Bien que la littérature se trouve à l’heure contemporaine dans une visée plus quantitative que qualitative, je suis sûre qu’elle reste un moteur dans notre humanité, qu’elle est la servante de cette nécessité du conte, de transmission d’une culture humaine. Elle est l’héritière d’une tradition orale qui servait à transmettre les légendes, les contes. Conter c’est transmettre en un acte intemporel, multidimensionnel, qui construit et reconstruit le tissu social. C’est donc par elle que je vais passer pour expliciter la notion de visionnaire.

Qu’est-ce qu’un Visionnaire ?

C’est un individu qui maîtrise un système dans son intégralité, et qui a les capacités à garder son ouverture d’esprit et d’initiative pour pouvoir imaginer des solutions viables. Pour se faire, il passe par 5 phases : la connaissance, l’incubation, l’intuition, la vérification, et l’innovation.

Un exemple : Georges Orwell (1903-1950), auteur britannique du célèbre roman « 1984 ». Nous pouvons diviser son œuvre en trois parties : anticolonialisme (une histoire birmane) ; antilibéralisme (dans la dèche de Paris à Londres) ; antimarxisme (la ferme des animaux)

1984 : dessine un monde totalitaire dans lequel les idéologies ont triomphé de l’individu, à l’aide de la novlangue et de l’inversion des valeurs. Karl Jaspers définit une idéologie comme « un complexe d’idées ou de représentations qui passe aux yeux du sujet pour une interprétation du monde ou de sa propre situation, qui lui représente la vérité absolue, mais sous la forme d’une illusion par quoi il se justifie, se dissimule, se dérobe d’une façon ou d’une autre, mais pour son avantage immédiat ».

Son ouvrage est vu comme intemporel, ce qui est le propre d’une œuvre d’art. Toutefois, il reste particulièrement significatif aujourd’hui, tant les points communs avec notre société contemporaine devraient nous mettre en alerte. « De même que la science ne peut constituer une menace en soi, elle ne peut, non plus, constituer une solution. Dans la mesure où l’idéologie ferait partie d’une forme de culture, notre problème serait d’ordre culturel. Pour pouvoir résoudre ce problème, il nous faut pouvoir communiquer ensemble. Dans ce sens, l’adoption d’une langue auxiliaire universelle partagée par toute l’humanité, en plus de la langue maternelle de tout un chacun, peut énormément aider à augmenter les échanges entre les diverses parties de l’humanité. Il s’agirait d’une langue avec des effets opposés à celui de la novlangue de 1984. La seconde étape consiste en la « définition » des concepts : démocratie, liberté, esclavage, savoir, ignorance, etc. Cette définition universelle et commune nous libérera du multiculturalisme, qui est l’un des maux les plus puissants de notre temps et qui bénéficie d’un appui des partisans du « politiquement correct ». Derrière ce concept trompeur, se cachent une hétérogénéité des définitions des concepts d’une part, et une impossibilité de coïncidence des cultures différentes d’autre part. »

Pour lire l’intégralité de l’analyse du roman : http://www.crsdd.uqam.ca/pages/docs/R%C3%A9sum%C3%A9FicheLecture1984_FINAL.pdf

Cette critique contemporaine est prise à son propre jeu : celui d’une pensée anglo-saxonne dominante, qui tend à vouloir être expansionniste, car 1984 se retrouve cité comme une justification du « globish » et de l’émergence d’un ordre mondial qui mettrait toutes les cultures d’accord, en prônant une réalité commune et absolue qui voudrait effacer la notion de vérité.

Car la vérité est par définition absolue, commune. Elle permet de dépasser la seule intimité de notre réalité vécue à échelle individuelle.  La vérité peut être ressentie intimement, mais il faut pour cela partir dans une quête profonde et intime et partir de cette expérience touchée à l’universel, absolue de la vérité. Cela est bien évidemment au-delà des capacités humaines, car un individu ne peut gérer un contact plus ou moins proche (c’est-à-dire un contact où il peut faire preuve de confiance à autrui sans besoin d’une hiérarchie) qu’avec un nombre restreint d’individus (entre 100 et 230 avec une valeur pratique de 150, communément appelé « nombre Dunbar »), cela dans un rayon d’environ une centaine de km autour de lui. De plus, la langue elle-même se transforme à partir de 1 000 individus. Il est donc impossible de faire une planète à l’image d’une culture, cela serait nier l’impact de l’environnement et du paysage, très diversifiés à travers le monde, qui forment des habitudes, des pensées, et donc une culture propre.

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